Sud

Publié aux Éditions de la Pleine Lune, Lachine, 1995.

Description:

Ce roman fascine, déroute et bouscule.

Blessés par la passion, Job, Bo et Temple sont marqués à l'âme. La narration de leur dérive et de leurs fuites prend la couleur d'une musique noire où chaque instrument ramène la mesure. Avec eux, nous partons sur les routes de l'Amérique, à la recherche de ce Nouveau Monde, cette humanité toujours hantée par l'utopie, le désir d'aller au-delà de la raison et de la folie. Le risque est grand mais nécessaire. Le Nord encore une fois part à la recherche du Sud.

Humblement, patiemment, Alain Gagnon est à constituer une oeuvre extrêmement originale, en marge des grands courants et des modes. Sa production, romanesque ou poétique, tente de cerner la vie, la mort, le bien et le mal, le visible et l'invisible, le vrai et le faux. Il ne connaît pas les réponses mais il a compris que l'univers tient par ses contraires.

Si les oeuvres fortes sont celles qui soulèvent des questions, Alain Gagnon signe avec Sud, un roman troublant.

 

Extrait:

Et il n'y a rien là de très extraordinaire. J'aurais pu m'en rendre compte à l'Île-des-Soeurs ou à Pointe-aux-Trembles: dans le fond, nous ne sommes de nulle part. Nous ne sommes nouveaux venus nulle part. Nous appartenons à la terre et au ciel, et à ces multitudes de planètes vagabondes à soleils fous qui dansent au-delà même de la puissance de nos plus puissants télescopes. Nous sommes de toutes les humanités. Nous baignons dans la vie universelle et dans ces trains d'ondes qui font de nous des êtres pensants, les mailles d'une chaîne sans fin qui dansent, dansent et dansent... Nous sommes de tous et pour tous, sans effort, sans ascétisme, sans volonté, par la seule nature des choses. Les livres de ce sol m'ont appris cela et me l'apprennent encore. L'humanité sans frontières, océanique. S'y baigner nu, sa vraie patrie. Ni père, ni mère, no frères, ni soeurs, ni voisins, ni amis; le premier homme ou la première femme... La troisième à gauche de l'arrêt, de l'autre côté de la rue, tenez, l'Hispanique: traverser et lui dire: «Ça va aujourd'hui? Tu m'as manqué jusqu'à aujourd'hui; je ne te connaissais pas... Et le mari? Et les enfants?» Et puis pourquoi ne pas retraverser la rue ensemble? Arrêter un passant au hasard? Effectuer un prélèvement d'humanité, comme le biologiste dans son étang, et lui dire, à ce prélèvement: «Dis donc, frère, on est deux, et on voudrait être trois. Tu t'appelles? Viens, on t'offre une bière ou un scotch ou une limonade. Non, tu ne nous connais pas. Et, à bien y penser, on ne te dira pas nos noms; ce ne sont que des accidents: l'état civil. Le tien ne nous intéresse pas non plus. Mais, toi, tu nous intéresses. Ne résiste pas comme ça, voyons! Je t'assure, nous ne sommes ni pervers ni voyous; on ne cherche pas à organiser une partouze. On n'attend rien de toi. On t'adresse la parole parce que t'es humain, comme nous, et comme on ne peut pas parler à tout le monde, alors on t'a choisi.» Et l'homme traverserait la rue, suivant ses nouveaux amis, et on irait prendre un verre à une terrasse. Jusqu'à ce qu'on arrête un quatrième passant, au hasard, et qu'on lui dise: «Salut! On est trois et on voudrait bien être quatre. Tu te joins à nous?» Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on se ramasse en une confrérie. À minuit, on se dirait:«Bonsoir, bonsoir!» Et tout le monde irait se coucher, chacun de son bord: personne n'attendait rien de personne. Et le lendemain, dès les aurores, on recommencerait... Et on s'augmenterait ainsi chaque jour d'humanité. Ce serait ça, vivre en humanité. Ni anges ni bêtes. Hommes et femmes: maillons d'une chaîne, fils et filles de la Mère et du Créateur, crêtes d'une vague sur un golfe de lumière.

Pages 18 et 19

 

Critiques:

"Car Sud est à la mesure de son titre : évocateur, péremptoire, chaud et lascif. Aux hivers glauques de Montréal se substitue la Géorgie, nouvelle patrie de Job qui fuit la métropole pour un vieux crime, lieu de naissance de Temple, la bien nommée, elle-même refuge de Bo, le riche sidatique."
"Ce roman propose une réflexion douloureuse sur la mort, celle qu'on anticipe, celle qu'on provoque, celle qu'on subit à petit feu dans l'enfermement de la pensée. Symbolique, le texte va constamment au-delà de la phrase pour faire déborder la poésie de ce Sud au charme dangereux qui n'est plus joliment exotique mais simplement réel."

Lucie Joubert, Le Devoir.
SPIRALE septembre-octobre 1996

"Sud - Un immense roman: réunissez à Atlanta une prostituée du Sud, un milliardaire yankee et un chauffeur de taxi montréalais; vous aurez là une improbable rencontre. La première est d'une terrifiante beauté, le deuxième est torturé par une vague culpabilité, le troisième supporte assez bien un crime ancien. En créant ce trio, M. Alain Gagnon a enfin trouvé son écriture. Jamais, dans ce que j'ai lu de lui depuis vingt-cinq ans (plusieurs de ses dix-neuf titres), il n'était allé au delà d'histoires convenues, écrites dans le dénuement stylistique le plus total.
Voici enfin, et il valait la peine d'attendre, un bon livre, un beau livre, un grand livre.
N'y cherchons pas le héros, il n'y en pas. Que des personnages réunis par le hasard d'abord, puis par la passion de Bo, le richissime industriel, pour Temple, la hautaine et distante prostituée de la sinistre banlieue. Job, le Québécois, est le chauffeur, le confident, le factotum, l'ami un peu de Bo, de Temple aussi. C'est à lui que nous devons, dans la fiction, le choix du décor. Un décor? Plus que cela: un personnage, Job a découvert le Sud des États-Unis dans un roman oublié sur la banquette de sa voiture-taxi; ensuite, il a lu tous les auteurs américains qui ont écrit sur ce Sud; enfin, il a décidé d'émigrer, avec sa femme, à Atlanta."

Réginald Martel, La Presse
Montréal, du 22 octobre 1995


"Sud - Une oeuvre qui mérite qu'on y porte attention."

Raymond Bertin, dans l'hebdomadaire Voir
semaine du 14 au 20 novembre 1995

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Oeuvres d'Alain Gagnon