La terre est remplie de langage
Poèmes, VLB éditeur, 1993.

Description :



Dans ce livre de poésie, une quête est inlassablement poursuivie: celle de l'adéquation entre le sujet qui s'écrit et le monde par les mots du poème. La terre est remplie de langage est le dernier chapitre du livre multiple amorcé ave Antre (1978) et risque un Art poétique au bout du chemin.


Cette sagesse ancienne ne s'est pas oubliée
elle dormait telle l'enfance
seule l'éveille à présent
l'encre
souffle liquide
(c'est la matière qui pense)

Madeleine Gagnon

Extraits:

Mais nous avons la musique!
Nous avons inventé une langue qui traverse
toutes les autres; qui, même, éclaire les
autres. «Hé, les choses, nous avons
inventé la musique! Nous avons crée une
langue capable de franchir tous les
territoires, entendue par tous les êtres. Sans
traduction... Hé, les choses, réalisez-vous
notre force, notre puissance démesurée?»

p. 61


L'univers entend alors le cri désolé des poètes
qui reçoivent, pour toute réponse, son écho:

«Hé, les choses! Partez pas, on ne vous
entend plus. Vous voit-on seulement?
C'est loin d'être évident...
Hé, les choses, on est là!
Hé, les choses...»

p. 73

Critique:

«(...) Ce langage peut effectivement être celui de la terre et des objets qui s'y déposent. Le poète doit d'abord devenir oreille avant de se faire voix. Le grand mal qui ronge notre époque serait celui de la surdité aux choses: «Vous dites toujours à ceux qui murmurent (...) de parler plus fort. Jamais n'osez-vous dire aux durs d'oreille d'entendre plus fort».

(...) Dans «Hé, les choses», les véritables inquiétudes philosophiques de l'auteure éclatent de manière plus nette, se dégageant peu à peu de la rumeur sensorielle. Cette section présente un dialogue entre «les êtres» et «les choses» dans une forme tout à fait dynamique, la plus originale du livre, certainement.

(...) L'espace manque pour insister sur d'autres aspects de ce recueil riche, dense, où il est aussi question de temps et de musique. (...) la démarche de pensée s'enracine dans l'affectivité, procurent aux lecteurs une satisfaction très rare: des moments d'émotion véritable: «Elles sont géantes, les brisures. Jamais toutes les phrases ne pourrront en tracer la figure».

Lucie Bourassa, Le Devoir, les samedi 22 et 23 mai 1993

Notice biographique de Madeleine Gagnon
Oeuvres de Madeleine Gagnon
Références sur Madeleine Gagnon