Description :
Blandine Campion, Le Devoir 7 et 8 mars 1998.
Extraits:
«Il y a des suicides - pas tous heureusement! - qui sont des meurtres. Comment peut-on remercier un meurtrier qui s'est choisi comme sa propre victime et qui, comme souvent, en inclut d'autres dans son choix?» p. 58
«Nous sommes demain, j'y suis allée. Son nom, c'est le col du Cou. Tout en haut des falaises tournait l'aigle royal. Et nous, au bord du lac, si petits, si humbles entre les parois d'une cathédrale sauvage, avons adressé une prière à nos morts, à toi bien sûr aussi, car en ces lieux de magnificience, d'étrangeté souveraine, en nous une voix venue tout droit du fond des âges ne cesse de dire «on ne sait pas». Dans l'absolu dénuement et dans l'incertitude, la voix se fait offrande.» pp. 110-111
«Aujourd'hui je t'entends clairement dire ta dernière phrase audible, l'avant-veille de ta mort: «Maintenant , je vais aller planter des étoiles.» Tu étais passée un peu déjà de l'autre côté. Toi qui avais planté sur terre arbustes de fleurs et de fruits - et assisté, toujours heureuse, à la plantation de nombreux arbres - , c'était maintenant en plein ciel que tu t'apprêtais à oeuvrer.» p. 132
«Le soleil s'est couché. Le soleil tombe si tôt en ce mois dit des morts. Il est dix-sept heures. Le temps demeure doux. La ville est allumée. La ville est un jardin d'étoiles qui recouvre l'autre que l'on devine au-dessus du voile de tulle émanant des lumières. Les yeux de l'univers que sont tous les soleils et toutes les étoiles, pour l'heure disparus dans le noir, est-ce vrai qu'ils veillent, comme on le croit dans plusieurs cultures, sur l'âme des morts et l'esprit des vivants? Tant de peuples poètes ont-ils imaginé cela pour consoler en eux l'absence et le manque des êtres chers en allés?» p. 151
Critiques:
«Un texte touchant d'humanité, sans enflure, sans pathos, qui montre au mieux ce lien profond qui se tisse en nous entre les morts et les mots».Jean Fugère, Radio-Canada
«Pour apprécier tout le charme et la profondeur de l'ouvrage de Madeleine Gagnon, il faut accepter de se laisser porter par ces récits poétiques...».Critique à lire:Blandine Campion, Le Devoir
LE DEVOIR 7 et 8 mars 1998, Blandine Campion, p. D-4
Titre : La mort majuscule entre lucidité et pudeur, Madeleine Gagnon rend hommage à ses absents.