«Dire je suis femme de ce peuple aimé
dans les mémoires dombre oser lécrire
les monuments de feuilles meurent
gravées quand même
les monuments sans socle
à nulle gloire promise
au bout du chemin long
dire je suis dun voyage
revenue
au bout du chemin long
dire les revenants
parlés et vus.»
Chant pour un Québec lointain, page 57.
«Bois des berceaux, voix des revanches» page 60
«les monuments de feuilles meurent»
graver quand même
les monuments sans socle» page 57
«histoire telle falaise gravie» page 99
«De sang je signe et dhéritage» page 93.
«Puis, il a des retours, des adieux, des testaments, parfois la partance est pour de bon.»
page 13
Mais ces mêmes propos parlent également despoir.
«Il y a des planètes remplies doreilles luxées
Mais aussi des planètes qui ont une bouche, des lèvres et un ventre qui donne la vie.»
page 19
Chant pour un Québec lointain parle de l'histoire du peuple québécois et de cette terre par nous habitée, fait une allégorie sur notre présent indécis et anxieux et formule des souhaits pour l'avenir d'un peuple car:
«Bois des berceaux, voix des revanches
moi je vous pleure et chante
si ce pays ne meurt
la terre entière respire
et demeure
lhumanité sappauvrit quand un peuple meurt.
La survie et lavenir passent encore par les mains et les ventres puissants des femmes,
des mères qui rêvent et rient les mots,
et nous les donnent avec le lait»
page 30
«est-ce le chant
lhistoire récitée
tout chute et pourtant veille
étrange éden ou noces soudain
chant du Québec proche et lointain».
page 103
Critique:
«Ce livre superbe de Madeleine Gagnon risque l'ellipse dans l'épopée, provoque la mémoire contre l'histoire, inscrit son destin de femme dans le poème. Ici la poésie se réapproprie une histoire de femme délestée des pays, des livres et des solitudes des autres. Poursuivant sa quête des origines, Madeleine Gagnon, dans Chant pour un Québec lointain, réinvente son «archéographie vive du dedans où ça se greffe seule». Ainsi la femme retrouvera-t-elle ce «Québec lointain» qui lui appartient autant que le silence dans lequel on l'a tenue. Elle retrouve pour elle-même mystères et songes, rituels et fables jusqu'aux silences de la mémoire et de ses travaux, jusqu'à son propre chant au bord de l'adieu. Le Québec, comme un ailleurs nouveau, lui sera proche et lointain comme l'infime et sans nostalgie. Ce parcours tient de l'époée et s'écrit dans une sorte de contre-lyrisme où le vers cherche l'équilibre entre la pensée et la musique d'un destin de femme, entre la mémoire historique et la poésie. Le chant de Madeleine Gagnon, c'est «l'histoire récitée» et sa patrie, son «Québec lointain», c'est la poésie.» Jean Royer, Le Devoir, samedi 10 juin 1990