Les cathédrales sauvages
Récits, VLB éditeur, 1994.

Description :

Trames d'écrits. Strates de vie. De tous les voyages littéraires, l'autobiographie est sans doute le plus risqué. Incertaine promenade où les chemins empruntés pour saisir l'histoire d'une vie se révèlent les mêmes par lesquels, à chaque pas, l'autobiographe découvre le brouillage constant des pistes qui semblaient promettre la reconstitution de sa vie. Celle-ci s'invente donc à chaque tournant: surgissent des récits ne lui appartenant pas, des personnages entrevus, aussitôt disparus dans les miroirs d'abîmes, les mirages de parcours ou démultipliés dans les leurres fictifs. Tant qu'à ne rien trouver de stable et de définitif, aussi bien rêver le livre comme on rêve sa vie.

Madeleine Gagnon (Quatrième de couverture)

 

Extrait :

(...)

Toute cette histoire, dieu sait si je n'ai pas couru après, est arrivée totale, du début à la fin, et dans l'instant. Voilà, aussi bien le dire tout  de suite: c'est ce fameux manuscrit perdu que j'ai trouvé. Fameux pour moi, en tout cas. L'objet perdu a le don de devenir immédiatement propriété de qui le trouve. C'est comme un cadeau. Du seul fait qu'il passe d'une main à l'autre, il change de propriétaire. Ce cahier trouvé est un cadeau. Cadeau pour moi, en tout cas. Si je ne l'avais pas trouvé, je n'aurais jamais commencé ce roman. J'aurais poursuivi bien entendu, écrit des poèmes ou d'autres récits, mais j'eusse écrit autrement. Et d'écrire autrement, c'est toujours un cadeau.

D'emblée, je fus prise par l'intrigue, le suspense. Sans même le lire, je fus captée par le mystère de ce manuscrit. Qui avait laissé là, laissé tomber ce lourd cahier (je n'entrerai pas dans la description physique de l'objet, il était plutôt neutre, noir et gris, avec des pages non lignées remplies de soulignages, noirs aussi)? Qui l'avait donc perdu et donné? Et pourquoi là, à cet endroit précis, là où je marchais encore rêveuse, à trois heures de l'après-midi, en plein soleil sur la neige sèche et noire - un lundi neutre comme tous les lundis?

Il me faudrait partir du lieu pour remonter à la source, c'est ce que je m'étais dis: l'auteur, sa vie, son œuvre ou quelque chose comme ça. Peut-être que cette vie d'œuvre ne se réduisait qu'à ce manuscrit ou peut-être encore que ce manuscrit fut un pur accident dans cette vie-là, mais y a-t-il des accidents purs de tout? Au hasard des questions posées, les mains sur le cahier à peine détrempé, je le pris tout de même, l'ouvris, le feuilletai du début à la fin, le refermai et décidai de l'emporter avec moi, dans ma maison.

Mais avant, je n'oublierai pas la rue qui, d'un coup, s'était vidée, ni le trafic d'humains et d'autos qui s'était arrêté net, comme une bobine de film qui se serait cassée; éclipsés, immobilisés, tous. Puis disparus.

(...)

Pages 44-45

Notice biographique de Madeleine Gagnon
Oeuvres de Madeleine Gagnon
Références sur Madeleine Gagnon