Mon cheminement vers l'écriture
Je suis originaire de la région de Charlevoix, plus précisément de La Malbaie et d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé lire et écrire. À quatre ans, je lisais déjà et je racontais avec l'aide des images, et gestes à l'appui, les bandes dessinées de "La Presse" et de " La Patrie " à tous ceux qui voulaient bien m'écouter... ce qui faisait rire les adultes. J'affectionnais particulièrement deux de mes livres de contes: "Le Petit Poucet" et "Cendrillon ".À l'école, dès le cours primaire, je fus fascinée par le français : grammaire, dictées, rédactions étaient mon fort.
Adolescente, j'y ajoutai : littérature, études d'auteurs, analyses littéraires, longues compositions, narrations et poèmes. Lorsque j'avais un beau sujet à traiter, j'en rêvais.
Chez-nous, les enfants allaient au lit assez tôt, durant l'année scolaire. J'écrivais alors en cachette et souvent sous mes couvertures, avec une lampe de poche, pour avancer mon travail.
J'avais toujours un papier et un crayon sur ma table de chevet. À mon réveil, les idées m'envahissaient, alors fiévreusement, je prenais des notes quitte à les développer par la suite, cela m'emballait.Longtemps j'ai rédigé mon journal. Habituellement ce dernier était un cadeau reçu à Noël ou à mon anniversaire. Ce merveilleux petit cahier était mon trésor caché. Je le revois en pensée. Il avait une couverture en cuirette colorée et j 'étais convaincue que l'écriture du titre sur la couverture, ainsi que la serrure et la clé étaient en or...
En fait de succès scolaires, loin de moi l'idée de me vanter, mais je dois dire que j'étais première de classe. Je suis sûre que c'était, outre ma mémoire, mon amour de l'étude, et surtout du français, qui me valaient ce privilège. Ma piètre performance en mathématiques me faisait bûcher avec rage pour parvenir à me tenir au niveau des autres élèves afin de ne pas baisser ma moyenne, mais je croyais que tout cela était du temps perdu.
J'ai eu l'avantage de vivre dans un centre où se rencontraient des intellectuels de marque : écrivains, poètes, pamphlétaires, peintres, folkloristes, etc.Dans ma paroisse, la maison de mon père était séparée du presbytère par une immense pelouse. Je la franchissais souvent pour aller retrouver mon grand ami-écrivain, Félix-Antoine Savard, que nous avions alors comme curé de notre paroisse. C'est incroyable les gens de lettres qui venaient le visiter.
A cette époque de ma vie, ce jeune curé travaillait à la rédaction de son premier volume : Menaud maître-draveur.Souvent, il m'en lisait des passages et aussi des poèmes qu'il écrivait pour se délasser de son manuscrit. Inutile de dire que j'avais pour lui une admiration sans bornes. Quand je le quittais, j'avais les bras chargés de livres qu'il choisissait pour moi dans sa bibliothèque. Ainsi je dévorais de grands auteurs, poètes, historiens, etc. Parfois c'était des livres beaucoup trop savants pour moi, qu'importe, je les lisais quand même.
Mes frères étaient pensionnaires au Séminaire de Chicoutimi pour leurs études classiques. Sachant que cela me plaisait maman me confiait le soin de la correspondance. Je leur rédigeais un vrai journal avec force détails, ce qui les aidait à chasser leur ennui.
Je correspondais aussi avec des missionnaires dans des pays éloignés, tout cela parce que j'adorais écrire et raconter des choses. Et le temps passa...
Durant mon cours d'infirmière, j'ai laissé tomber l'écriture car le temps me manquait; mais j'ai continué à lire malgré tout mon travail auprès des malades et mes études en plus.Mariée plus tard à un homme merveilleux qui partageait mes goûts dans ce domaine, nous en avons fait bénéficier nos enfants qui ont ce virus eux aussi. Ils sont devenus brillants très jeunes et ils ont continué, ce qui nous a ravis.
Depuis ma retraite, je me suis replongée dans mon passe-temps préféré. Par moments, il m'isole du monde extérieur. Tous les événements de la vie sont pour moi, prétextes à écrire : mes joies, mes peines, mes angoisses, mes ambitions, mes succès, etc.
Je fais partie de Sociétés littéraires, je fréquente les Salons du livre, les librairies et les bibliothèques. Pendant deux ans, j'ai suivi des cours de français avancé de l'Université de Montréal, pour vérifier la qualité de mon français actuel. Je les ai beaucoup appréciés même si les examens étaient fort difficiles. J'ai obtenu d'excellentes notes, ce qui m'a encouragée. Quand l'opportunité de suivre des ateliers d'écriture se présenta à moi, je fus emballée. Je me suis inscrite à plusieurs reprises à l'Université Laval et je l'ai jamais regretté. En mes professeurs, j'ai rencontré mes goûts; ils m'ont beaucoup aidée et m'ont fait découvrir des trucs qui me font travailler plus facilement.
De toute façon, écrire, pour moi, c'est un loisir que j'aime et je continuerai sûrement. Déjà j'ai rédigé un petit bouquin sur mes parents, ma famille ainsi que d'autres petites brochures pour la Société historique de Charlevoix, ce coin qui m'a vue naître. Je publie occasionnellement des articles ou des poèmes dans des revues comme "Charlevoix", "Autrement dit", "Femmes chrétiennes", "Le Bel âge" et dans quelques revues littéraires locales ou autres. Quand on m'y invite, je fais aussi des lectures de poèmes dans les bibliothèques.
Mon mari m'ayant toujours encouragée, après son décès, j'ai fait éditer un recueil de poèmes dédié à mes enfants, recueil qui fut ensuite destiné au public. Son tirage s'étant épuisé rapidement, j'ai osé produire deux autres recueils qui s'écoulent fort bien depuis.
Voilà, en résumé, l'histoire de mon cheminement dans les sentiers de l'écriture et en terminant, je peux réellement assurer que ce simple mot et tout ce qu'il comporte a vraiment embelli ma vie.