Autopsie d'un cri
Editions Glanures, 1999,
Nouvelles
Description :
Normande Élie est originaire de la Mauricie, mais elle habite maintenant Sherbrooke. Autopsie d'un cri constitue sa sixième oeuvre. Alice Parizeau, dans un commentaire sur les ouvrages de madame Élie, soulignait que l'auteure traite dans ses romans de thèmes qui reflètent le désarroi de la société québécoise qui ne respecte plus les tabous d'autrefois : « l'amour, la haine et la liberté, cette liberté de la femme qui complique et change les enjeux. »
Dans ce recueil de nouvelles, elle aborde de façon originale la thématique du cri, celui qui naît de la douleur, de l'injustice, d'une violence souterraine ou de la folie. Ces éclats de voix, qui témoignent avec force du ressenti humain, nous atteignent jusqu'à nos fibres obscures. Les nouvelles sont viscérales, touchantes, mais débouchent sur une esquisse d'espoir. Une belle invitation à parcourir les émotions et le coeur de la condition humaine.
Obsédée. Je suis obsédée. Je sens les limites de mon courage. Des digues de venin ont noyé mes misérables efforts. Je suis à bout. Je caresse la texture de mon dessein lâche. J'écoute l'écho de mon remords. Un remords recouvert de fine jouissance. L'impasse s'élargit. Mon quotidien m'enterre dans une cacophonie absurde. Des étincelles de feu consument la chair de ma respectabilité, m'encerclent dans une ceinture infranchissable. Bientôt, si je ne réalise pas mon projet adéquatement, les lambeaux noircis de ma dégénérescence se détacheront de moi.
Quatrième de couverture
Extrait :
LE SOLEIL DE L'AMOUR
Le chalet gisait le long de la rivière. Le linceul de glace refoulait à peine les eaux déchaînées. La berge inondée portait le deuil. Les corps d'un homme et d'une femme avait été emportés par la rivière en folie sous les yeux horrifiés d'un témoin et sous la plainte désespérée d'une chienne âgée.
Ce matin-là, le soleil puissant de mars invitait à devancer les étapes, donnait des goûts d'été, des goûts de bière en flûte, de hamburgers et de patates chips. Depuis deux jours, les médias ne parlaient plus que des prévisions inquiétantes de la rivière Saint-François qui voulait sortir de son lit. Même l'eau se sentait emportée par des pulsions de délinquance... Dans la grande véranda chauffée du chalet des Martin, un couple d'amoureux dînait. Des gens optimistes jusqu'à la témérité. Le soleil les avait rendus un peu fou.
La bière qui pétille, la folie du printemps qui invite à se dépouiller des pelisses, le soleil qui danse sur les eaux furieuses laissant échapper un bruit de plus en plus impressionnant, énergisent les deux curieux fêtards se prélassant sur les chaises longues. Délaissant leurs rires et leur pique-nique pour jeter un coup d'oeil au monstre chantant, les tourtereaux s'enlacent. La sensation du danger les rapproche. L'ivresse du désir les court-circuite. L'homme contemple la femme de sa vie. Dans ses yeux roule toute la fièvre d'une passion incommensurable.
Le drame éclate. Les eaux glacées de la rivière prennent de la vitesse, les glaces montent et envahissent la grève, fracassant tout sur leur passage, figeant à jamais deux sourires. L'homme et la femme ont été engloutis. La chienne a hurlé désespérément.
Et le noyé ne sut jamais que la noyée ne l'aimait pas d'amour...
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Oeuvres de Normande Élie
Références sur l'auteure