Le chasseur de vent

Roman
Les Éditions Septentrion, 1999.

Description :

«Nom : Abeille
Profession : fabricante de cire et de miel
Études : a fréquenté les 5000 trèfles du champ voisin
Oeuvres charitables : a assisté aux funérailles de 10 000 soeurs ouvrières
Boisson favorite : le nectar de la belle-de-jour
Musique préférée : le tintement des campanules aux pieds de la chèvre
Dernier domicile connu : le rucher au fond du verger
Décédée ce matin à la suite d'une longue maladie à l'âge vénérable de 30 jours. »  

Comme son père qui, après la moisson, parcourait les champs pour ramasser « les glaines» - les épis demeurés sur le chaume -, Laurent Dubé a réuni les tableaux qui se bousculaient dans sa tête depuis plus de quarante ans. Dans cette gerbe de contes, de fables et de fariboles, on retrouve à la fois l'écho de son Bas-du-Fleuve natal, la sagesse du juge et le charme de l'Île d'Orléans dont il est fils adoptif.

Quatrième de couverture


Extrait :

FARIBOLES

MINIMES
Le silence de la nature est apaisant, celui de l'homme est inquiétant.

*

J'aime toutes les questions. Je me méfie de toutes les réponses.

*

La démocratie unanime côtoie la dictature.

*

L'espace entre les deux plus beaux cris du monde: neuf mois.

*

Dieu n'existe peut-être pas. Mais il est essentiel d'y croire.

*

Ce n'est pas parce qu'on est rendu au bout qu'on ne peut pas aller plus loin.

*

Quand je t'ai vue avec des fleurs, j'ai eu peur. Car les fleurs, c'est soit l'amour, soit la mort.

*

Pour s'endormir, les petits moutons comptent-ils des bergers?

*

Quand un avion s'écrase, le président descend aussi vite que le balayeur.

*

Il y aura des guerres tant et aussi longtemps que nous applaudirons les vainqueurs.

*

La liberté qu'on achète devient vite une cage : celle qu'on se fabrique, un cerf-volant.

*

Dans l'arène, le plus fauve tient le bâton.

*

Tu peux couper tes racines si elles t'embarassent, mais ne dis plus que tu es un arbre.

*

Les roses de papier n'ont ni épines ni parfum.

*

Les choses les plus importantes se chuchotent à l'oreille.

*

Si un vendeur te montre le chemin, fais demi-tour et enfonce-toi dans la brousse.

*

Mieux vaut son grain de blé à soi que le grenier des autres.

*

Grande gueule, petites oreilles.

*

Le philanthrope fait la charité avec l'argent des autres.

*

Quand on s'observe, on se voit plus grand que nature. Le regard des autres sur soi rétablit rapidement la juste mesure.

*

Le miroir est plus raisonnable que l'homme, il réfléchit toujours.

*

La jurisprudence rabâche ce que les autres ont dit. La poésie se contente d'inventer ce qui n'a jamais été dit.

*

Plus tu avances, plus tu t'éloignes de quelque chose.

*

La liberté, ce n'est pas tant la possibilité de dire oui que la capacité de dire non.

*

Ce milliers de verts dans la nature s'affadiront, s'uniformiseront avec l'été puis, en septembre, brilleront de mille couleurs.

*

Ne dis rien pendant quelques secondes et écoute: c'est étonnant tout ce qu'on peut apprendre de ses propres silences.

*

Tu dis que tu ne te trompes jamais: c'est là ta plus grande erreur.

*

Quand les animaux se sont mis à vivre en société, on a dit qu'ils étaient des hommes. C'est sans doute pour cela que, laissé à lui-même, l'homme peut devenir si bête.

*

Le livre le plus savant est sous l'aile du papillon; la plus belle symphonie, dans l'orchestre des grillons.

Pages 167 à 169



Critique :

« (...) Son recueil de onze contes, de 28 fables et d'une vingtaine de fariboles, couronnés de plus de 200 maximes qu'il appelle minimes et de quelques poésies dédiées à ses enfants, est manifestement le fruit de longues années de réflexion sur la vie et de contemplation de la nature. Car celle-ci y est omniprésente.

L'écrivain met en scène «la fourmi attelée à un brin d'herbe qui fait trois fois sa taille», «un vieux loup aux entrailles tiraillées par la faim», l'épi de blé «qui rêvait de célébrité», l'orchidée sauvage consultant le chardon qui «connaît le secret de la jeunesse», la belette voulant s'initier aux «astuces de la chasse» auprès d'un hibou, la linotte «paradant toute la matinée devant les peupliers», en somme tout un aéropage d'animaux, de plantes et d'humbles travailleurs de la campagne. À travers eux, comme le fabuliste Lafontaine, l'auteur expose des leçons de choses et une philosophie de la vie empreinte d'humour. Son Ion-positif «condamné pour délit d'insubordination», son Nounours l'acrobate, «reclus dans sa cage noire» et rêvant des «cabrioles de Joue-Noire (sa compagne d'enfance) parmi les bleuets et les framboises», son Chasseur de vent qui apprend au fils du bedeau à «attraper le vent et à le garotter aux falaises de la rivière», etc., sont tout autant de personnages par qui s'exprime la sagesse. Tout est dit dans une langue claire, chargée d'images, où les mots justes décrivent si bien la faune et la flore du Bas Saint-Laurent. Une oeuvre fascinante pour qui aime la poésie et l'envol de l'imagination.

Charles-Henri Dubé, Le Bé, journal de l'association des Dubé d'Amérique, avril 2000

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