Ce roman raconte l'histoire des Indiens des origines jusqu'à aujourd'hui dans une forme romanesque où s'entremêlent la légende et la poésie. C'est en quelque sorte l'histoire de l'âme indienne et de sa dissolution.
(Édition épuisée, mais le livre se retrouve encore dans plusieurs bibliothèques).
"William marcha dans la ville de Wasihu. C'était bien inventé, cette ville. Wasihu avait pensé à tout : des rues, des parcs, des garages. Un petit espace servait également aux piétons. C'est là que William marchait. D'un côté les voitures le frôlaient en soufflant sur lui leur haleine d'essence, pendant que de l'autre, hommes et femmes de plâtre le regardaient passer sans bouger. William marcha jusqu'à ce que l'oeil rouge de Wasihu lui commandât d'arrêter, et il recommença à marcher seulement quand son oeil vert lui eut permis de continuer. Wasihu avait des yeux partout dans la ville. Ils commandaient, et si on ne les écoutait pas, on mourrait; ou du moins, on s'en sortait très mal en point. Aussi, William surveilla l'oeil de Wasihu et lui obéit, par crainte. Mais il ne se sentait pas à son aise. Pourtant il marcha quand même pour voir où menait le couloir. Il découvrit qu'il menait à un autre couloir et que cet autre conduisait à un troisième, puis à un quatrième et ainsi de suite; William n'avait donc pu apercevoir ce qu'il était venu chercher : un arbre.
Alors il allait revenir sur ses pas, déçu de n'avoir pas découvert la seule chose qu'aujourd'hui il avait souhaité admirer, quand, en face de lui, dans une vitrine, il aperçut une vingtaine de paysages. Mais si réduits, que l'eau de leurs rivières réunies n'aurait pas pu étancher sa soif; pas plus que le feu de leurs forêts n'aurait suffi à cuire son repas, ou leurs minuscules ciels, à remplir sa fenêtre! Vraiment, Wasihu était formidable. Il avait réussi, non pas à rapetisser les têtes, mais la nature entière. Cela donnait soif à William, cette puissance effrayante de Wasihu. Qui pouvait bien se mettre à vouloir rapetisser William aussi! afin qu'il s'emboîte dans ses paysages réduits."
p. 37
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