Description :Laurent Laplante, Nuit Blanche, août 1994 |
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Nous atteignons son campement vers midi trente. Il fait grand soleil et le temps s'est réchauffé : -23°. De toute évidence, cette tente fut montée assez tôt en automne, car une épaisse croûte en recouvre le toit. Escaladant les bancs de neige le long des murs, Robert déblaie la toile. Nous pénétrons dans une espèce de sas, petite pièce de quelques mètres carrés, après avoir franchi une première porte qui se rabat lourdement ; un billot d'épinette, attaché au battant, empêche qu'elle ne soit soulevée par le vent. Dans une semi-obscurité, le poêle à bois, fabriqué à partir d'un fût d'essence couché sur le côté, est mis en marche. Bientôt, l'eau bout dans un vieux chaudron taché de suie. Les troncs d'arbres sur lesquels repose la tente dégagent une agréable odeur de résine. Les Cris, qui grignotent de la viande séchée et des sandwiches, s'intéressent à la nourriture contenue dans nos emballages d'aluminium. Ils y goûtent, demandent où ils pourraient s'en procurer. Étendus sur des matelas de sapinage, ils discutent entre eux dans une langue aux inflexions douces, parfaitement incompréhensible à nos oreilles, mais tout à fait appropriée au calme de cet abri. Après notre folle cavalcade, c'est le calme, le grand calme. Il existe un beau désordre ici. Le plancher est jonché de sacs de couchage, de contenants de nourriture, de vêtements de rechange. Je comprends maintenant pourquoi nos guides transportaient si peu de choses. Que pensent-ils des futurs aménagements qu'Hydro-Québec prévoit entreprendre dans la région ? Timidement, je tente d'amorcer le débat . "Les Blancs qui viennent ici ne s'intéressent pas aux idées des Cris", lance Abraham, coupant court à toute discussion.
Nous repartons. Passé 14 heures, le ski de mon qamutiik devient fou ; les deux boulons restants ont lâché. Je dois me délester de tout le bagage. Les Cris, impassibles, me regardent transborder le matériel dans le traîneau de Jean-Benoît. Ce damné qamutiik aux skis plats n'étaient évidemment pas conçu pour un terrain pareil ; John l'avait prédit. Par contre, les traîneaux indiens, construits sur de forts madriers d'épinette, paraissent indestructibles.. pp.76-77
J 'écris dans un petit journal de bord pour dire que j'aime vivre chaque minute, au-delà des maux de bras et des gélivures aux mains, par-delà les grands frissons et la vision des croupes de caribou dévorées par les loups. J'écris pour dire l'infinité qui me captive, pour chanter le blanc luminescent d 'une contrée qui m'éblouit, pour exprimer la nuit dure et les soleils fardés.
(page 189)
Notice
biographique de Jean Désy
Oeuvres de Jean
Désy
Références sur Jean
Désy