Ô Nord, mon Amour

Poésie, Éd. Le Loup de Gouttière, 1998

Description :

«Décrire, dépeindre, raconter, rêver: toutes les facettes du langage, de l'imagination, de la pensée de cet écrivain sont mises au service de cet espace multiple dont il tente de dire la beauté et la majesté, auquel il entreprend de donner corps par l'écriture, comme il l'exprime lui-même dans son dernier recueil de poèmes intitulé Ô Nord, mon Amour : «Et dans l'espoir d'une terre d'ailleurs, d'un pays qui sent le givre et le thé, je donne naissance à des fables, des sourires, des animaux et des anges»»

Blandine Campion, le Devoir, juillet 1998

 

Extraits :

Ô Nord, mon Amour, je veux t 'aimer par-delà les fatigues de la plaine inespérée.

Je veux te regarder de ce regard aveugle qui voit par-dessus les collines, dans l'autre-vie.

Au nord mon amour, mon soleil tendre sur l'horizon, ma revanche sur un Sud revêche, ma poudrerie en septembre, je veux t 'aimer, te prendre comme un lichen qu 'on chérit entre ses doigts.

page 9


Comment crier son amour sans le réduire en mille miettes?

Je l'avoue, encore et toujours, je suis cassé.

Chiffon, larve et moelle sans les os, je survis, mais par ta voix, ton odeur, tes lèvres et tes caresses.

Sans ton coeur, mon Nord, je divaguerais.

Qu'avais-je à faire de cette manie d'autos en ligne, de cette grisaille, de cette paperasse?

Ma vie repose dans le lit d'une rivière furibonde.

Ma vie se passe au nord des aurores dérivant d'est en ouest, transportée dans le cerveau des plus délicates folies.

J'ai peur de la cendre sur mon visage. J'ai peur de la friction des atomes de mon coeur. J'ai peur du sang qui pue dans mes pieds, de mes oreilles qui éclatent de bruit. J'ai peur de la maison des morts d'à côté, de l'infini ramené à la dimension d'un croquis.

Ensanglanté de soleil, je cherche la lumière au risque d'être aveuglé. Hanté par la faute de quelques religions, je reste démuni devant l'azur, sans foi ni avenir, avec un grand rêve qui vient de s'écrouler.

Et comme j'ai peur du temps qui court à sa perte, je marche sur les coudes en plein noir vers tous les froids où j'ai envie de chanter..

pp. 13-14

Notice biographique de Jean Désy
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