Blandine Campion, le Devoir, juillet 1998 |
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page 9
Je l'avoue, encore et toujours, je suis cassé.
Chiffon, larve et moelle sans les os, je survis, mais par ta voix, ton odeur, tes lèvres et tes caresses.
Sans ton coeur, mon Nord, je divaguerais.
Qu'avais-je à faire de cette manie d'autos en ligne, de cette grisaille, de cette paperasse?
Ma vie repose dans le lit d'une rivière furibonde.
Ma vie se passe au nord des aurores dérivant d'est en ouest, transportée dans le cerveau des plus délicates folies.
J'ai peur de la cendre sur mon visage. J'ai peur de la friction des atomes de mon coeur. J'ai peur du sang qui pue dans mes pieds, de mes oreilles qui éclatent de bruit. J'ai peur de la maison des morts d'à côté, de l'infini ramené à la dimension d'un croquis.
Ensanglanté de soleil, je cherche la lumière au risque d'être aveuglé. Hanté par la faute de quelques religions, je reste démuni devant l'azur, sans foi ni avenir, avec un grand rêve qui vient de s'écrouler.
Et comme j'ai peur du temps qui court à sa perte, je marche sur les coudes en plein noir vers tous les froids où j'ai envie de chanter..
pp. 13-14
Notice
biographique de Jean Désy
Oeuvres de Jean
Désy
Références sur Jean
Désy