TOUT CLÉMENCE, TOME 1
Publié chez VLB éditeur, Montréal, 1993


Ce premier tome de près de 400 pages rassemble ses quatre premiers ouvrages: Le monde sont drôles, Sur un radeau d'enfant, La grosse tête, et J'ai des p'tites nouvelles pour vous autres.

En quatrième de couverture, il est mentionné que "Clémence a été une pionnière. ...Elle a inventé ce qu'il convient d'appeler le monologue social". Peu de sujets sont tabous pour l'humoriste. Tout est prétexte pour faire passer un message. Son écriture est sensible et truffée de poésie.

Sur plus de 35 pages, dans La ville depuis...lettres à T., elle nous fait partager son quotidien à travers des lettres s'échelonnant sur 8 mois, lettres qu'elle adresse "à quelqu'un qui s'est éloigné si brusquement qu'il me fallait, à moi, un semblant de suite. Je les ai écrites en même temps que je les vivais. Ce ne sont plus des monologues, des nouvelles, c'est moi qui parle avec lui. Lui , que vous ne connaissez pas, lui qui n'en saura rien. Et vous saurez tout. Je m'expose à la première personne cette fois sans éclairage, sans robe de scène. Avec lui, je pourrais encore me souvenir de maman. Car d'elle, j'ai parlé si peu...Parce que la douleur me dépassait, parce que je ne voulais pas y croire, parce que je ne pouvais pas écrire la mort. J'avais peur et j'ai peur encore... "
"Demain, j'irai au chalet. J'ai acheté des fleurs pour semer. Depuis que tu as mis fin à notre...enfin je ne sais pas quel mot employer. De toute façon, je m'occupe, je me garroche dans toutes sortes d'activités. Il faut tuer l'amour, il faut oublier. J'ai rencontré des gens aimables aujourd'hui Chez Eaton, la femme qui m'a vendu un tapis pour le chalet, et l'homme qui l'a porté dans l'auto. J'ai eu tout ce que je désirais, grâce à ces gens, une table, des chaises, le tapis. Demain nous déménagerons au chalet à huit heures. J'ai loué un camion. Je suis la femme active, tu vois et je charrie la pensée de toi avec moi." p. 66

"Toi qui venais jouer aux cartes avec elle. Maman est retounée à l'hôpital. Je n'ai plus le goût de te raconter. Je te fais mes adieux littéraires, cher ami. Huit mois maintenant. Je suis passée par tous les états d'âme, par toi, pour toi, malgré toi, grâce à toi, à cause de toi, etc. Quand on n'a plus rien à dire , on se tait. Maman est morte dimanche soir passé." p. 95

Et quelle présence!

Dans ce roman, nous sommes dans la clarté, dans l'intensité. Et dans la fragilité. Ce livre à part, c'est aussi l'infinie douceur du regard. Moments de grâce, d'abandon, d'extase.

Il y a bien un roman dans le roman. L'auteur joue à confondre les identités: identité de celle qui raconte et de celle qui est racontée.

"D'où venait donc ce besoin contemporain d'aller là, en pleine fiction, se faire voir et participer à l'action?"
Et plus loin:
"Le temps double s'est dissipé. Je suis redevenue ce que j'ai toujours été: seule".

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Oeuvres de Clémence DesRochers