Un hiver de tourmente
Roman
Publié en 1992 aux Éditions La courte échelle.

Description:

Le roman de Dominique Demers, Un hiver de tourmente est paru au printemps 1992 aux Éditions La courte échelle. Dans ce roman, l'auteur nous montre que l'adolescence n'est pas toujours rose. Elle croit que les jeunes vivent, eux aussi, toutes sortes de drames et que ça peut les réconforter un peu d'être témoin de ceux des autres.

Par ses références à la réalité, l'auteure vient chercher nos émotions profondes reliées autant à l'amour qu'à la peur, l'angoisse et la souffrance qu'on peut ressentir face à la mort ou tout simplement face à la vie elle-même.

L'histoire commence lors d'une party d'Halloween, quand Marie Lune regarde danser Nathalie et Antoine. Elle éprouve des sentiments étranges, tristes et heureux en même temps. Soudain, elle est surprise par Antoine, il lui demande : "Tu danses ?" Elle accepta en le suivant. Elle trouvait qu'il sentait l'automne et elle a toujours aimé l'automne. Il l'a embrassée sur les lèvres, tout doucement.

Arrivée à la maison, Marie Lune raconte à sa mère l'extraordinaire baiser d'Antoine, mais celle-ci se fâche. Quelle déception pour l'adolescente ! Malgré tout, elle continue de voir Antoine à l'école. Pour pouvoir passer un peu de temps avec Antoine, elle va mentir à ses parents ; elle leur dit qu'elle va garder, mais, en réalité, elle va chez Antoine. Chez celui-ci, ils s'embrassent et il commence à la caresser, à la déshabiller et lorsqu'il lui dit : "je t'aime", elle panique et se sauve. Son père, qui avait deviné son petit jeu, l'attend dans la rue, il est furieux.

Par la suite, lors de la fête surprise pour l'anniversaire de Marie Lune, tout le monde est présent, même Antoine. Elle est tellement heureuse, qu'elle pleure de joie. Ils sortent, elle et Antoine et il lui remet son cadeau, puis ils s'embrassent ; c'est alors que sa mère arrive pour souhaiter bonne fête à sa fille (quelle déception). La querelle qui suivit fut vraiment pénible pour les deux. Le lendemain, à son retour de l'école, la mère de Marie Lune n'est plus là, elle est hospitalisée. Marie Lune veut aller la voir, mais son père refuse.

Quelques jours passèrent sans que Marie Lune puisse aller voir sa mère, puis, celle-ci meurt. Marie Lune se sent terriblement responsable de la mort de sa mère, en plus, elle fait l'amour avec Antoine pour la première fois, elle est complètement déroutée ; elle tente de mourir. Un sauveteur lui sauvera la vie. Elle sera hospitalisée. Sur son lit d'hôpital, elle reçoit des lettres que sa mère lui avait écrites avant de mourir, cela lui permet de comprendre certaines choses et la délivre de sa culpabilité. On l'avait tenu dans l'ignorance de la maladie de sa mère. Malgré tout, elle se sentira coupable d'avoir gâché les derniers instants de celle-ci à la maison.


Extrait:

23 novembre 1976

À Marie-Lune,

Tu es née ce matin, ma belle.
Je voudrais te dire tant de choses. Mais je suis fatiguée et je ne suis pas très douée pour l'écriture.
J'aimerais que tu lises cette lettre dans vingt ans. Ou quand tu auras des enfants. On verra.
Je ne sais pas du tout ce qui va nous arriver. Qui je vais devenir ni qui tu seras. Mais c'est le plus beau jour de ma vie.
Ça fait mal accoucher. Je ne pensais pas que ça faisait aussi mal. Dans les cours prénatals, on nous enseigne qu'en respirant bien, c'est possible de contrôler la douleur.
C'était atroce. Pourtant, je respirais exactement comme on me l'avait enseigné. Il y a eu des secondes, des minutes peut-être, où j'ai presque regretté de t'avoir fabriquée.
Je me demandais dans quelle galère je m'étais embarquée. J'avais l'impression que mon ventre allait éclater.
Pauvre Léandre -- c'est ton père ça --, chaque fois que je criais, il pâlissait. Si tu n'étais pas sortie, je pense qu'il serait devenu transparent.
J'ai repris courage quand ils m'ont annoncé qu'ils voyaient tes cheveux. Tu t'en venais! Je ne savais pas si tu étais une fille ou un garçon. Ça ne me dérangeait pas. Du moment que tu étais là.
Je savais que tu n'aurais probablement pas de frère ni de soeur. C'était déjà un petit miracle que tu sois là. Je te raconterai ça une autre fois...
Mais ma petite bonjour, tu me faisais mal en creusant ton chemin. À un moment donné, le Dr Lazure a lancé; «Arrêtez de pousser, Fernande.» Je l'aurais étripé! C'est facile à dire, ça: «Arrêtez de pousser.» Mais ce n'était pas moi, c'était toi qui poussais. Tu étaits déjà toute là. Avec ton petit caractère, tes désirs et tes idées.
Je me suis dit: «Au diable le beau docteur. Elle veut sortir, elle va sortir.» Je t'ai aidée. J'ai pris une grande respiration et j'ai poussé comme si j'avais une montagne à déplacer.
Soudain, je t'ai entendue. Tu n'étais pas grosse, mais tu en faisais, du vacarme! Tu ne pleurais pas, tu beuglais. Ça me faisait peur. J'ai pensé que quelque chose n'allait pas.
Tu avais peut-être un cordon enroulé trois fois autour du cou. Je n'avais pas le courage de regarder.
L'infirmière a crié: «C'est une belle fille!»
Au ton de sa voix, je savais que tout était parfait.
Mais les bébés, moi, je ne connaissais pas ça. Tu étais toute rouge et tu hurlais. J'ai cru que je ne saurais jamais comment faire. Trouver les bons gestes, les bons mots. Qu'est-ce qu'on fait avec un petit paquet de chair qui hurle à ébranler les maisons?
Ils t'ont déposée sur mon ventre mou. J'ai failli crier: Non! Attendez! Montrez-moi comment faire avant.
Tu étais encore gluante. Mais tu avais un nez mignon, une belle petite bouche et deux grands yeux qui me regardaient comme s'ils me connaissaient. Tu étais toute chaude. Moi aussi. On avait fait tout un marathon ensemble.
C'est là que je me suis aperçue que tu ne pleurais plus. Depuis que nos corps s'étaient touchés. Un vrai miracle.
Tu ressemblais à un petit oiseau affamé avec ton bec qui cherchait mes seins. Je t'ai aidée. Tu faisais presque pitié, tellement tu avais faim. Déjà. Ou peur. Je ne sais pas.
Pendant que tu tétais, je ronronnais.
C'est à ce moment-là que j'ai compris qu'on était unies pour la vie. Ce qu'il y avait entre nous, c'était déjà plus fort que tout.
Je ne sais pas ce qu'on va devenir, Marie-Lune. J'espère que je serai une bonne mère.
Quand je ne saurai plus, tu m'aideras. Mais je serai toujours là. C'est sûr.
Je t'aime, Marie-Lune.
Bonne vie!

Ta mère»

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