Ils dansent dans la tempête
Roman
Publié en 1994 aux Éditions Québec/Amérique.
Description:
Dernier tome de la trilogie de Marie Lune, suite d'Un hiver dans la tourmente et Les grands sapins ne meurent pas, ils dansent dans la tempête nous présente une Marie Lune désespérée suite au suicide d'Antoine. Après avoir vu mourir sa mère, donné naissance à un fils qu'elle a placé en adoption, la voilà de nouveau confrontée à la mort, imbécile, absurde du père de son fils. Depuis longtemps entourée d'adultes inconséquents, confrontée trop jeune à des réalités et des décisions trop grandes pour elle, elle se fissure. Elle quitte Montréal pour se rendre, en vélo, jusqu'au lac Supérieur où elle veut se réfugier, crier sa rage, sa révolte.
Elle ne tiendra pas le coup face au ressac de souffrance qui l'envahira et près des chutes de la Boulée, on la trouvera gisante. Ce sont des soeurs cloîtrées qui la recueilleront, permettant à la jeune femme de refaire ses forces et de faire face à ses monstres du placard. Confrontée à la foi de ces femmes, à la lumière qui émane de ces femmes, appelées vers une passion qu'elle ne connaît ni ne comprend, Marie Lune va très loin en son âme. Marie Lune n'est pas croyante, mais elle apprendra au contact de ces femmes à faire confiance, à croire en l'autre, en elle-même, à se centrer sur ce qu'elle désire, ce qui la passionne, ce qui la fait vibrer.
Elle cessera d'attendre que viennent des autres l'amour, la conscience de sa valeur, la marche à suivre : elle les trouvera en elle. Elle saura enfin s'abandonner devant l'amour, devant le bonheur, capable de donner plutôt que d'être immobilisée par l'attente de l'autre nourricier. La lumière, qu'elle quelle soit, d'où qu'elle vienne, habite maintenant Marie Lune. Cette soif d'absolu, cette quête qui la tourmentait sera apaisée, se terminera par la prise en charge de la jeune fille de sa propre vie : elle sait maintenant où elle va et pourquoi.
Extrait:
«J’ai tressailli en reconnaissant l'écriture d'Antoine. À notre dernière rencontre, trois ans plus tôt, j’étais enceinte du moustique. Depuis, Antoine ne m’avait jamais écrit.
Mes doigts ont caressé les signes. J’avais peur d’aller plus loin. J’ai déchiré un coin de l’enveloppe en tremblant comme les feuilles des bouleaux lorsque le vent se lève à l’approche d’une tempête. Quoi que dissent ces mots, je ne me sentais pas la force de les lire.
J’ai déplié lentement les deux pages. Il avait pris le temps de tracer soigneusement la date le : 1 juillet. C’était deux semaines auparavant.
Ce jour-là, notre fils avait eu trois ans. J’aurais pu deviner les premiers mots. Chère Marie-Lune, Je t’aime. Il y avait tant de certitude dans cette phrase. Tant de détresse et de douleur aussi. Mais ce qui suivait, jamais , dans mes pires cauchemars, je n’aurais pu l’imaginer.
Il existe des mots dévastateurs qui rasent tout sur leur passage.Comme les tornades, les ouragans. Bien sûr, on voudrait rester droit, mais on ne peut résister. C'est impossible. Ces mots peuvent faucher des montagnes. Ils nous foudroient. On ne sent presque rien. Mais après, ça ne vaut même plus la peine de faire semblant d'être vivant. On n'existe plus.
ANTOINE! Dans l'infernale tourmente que charriait cette lettre, je l'ai revu comme au premier jour. Il sentait l'automne et les feuilles mouillées.
ANTOINE! J'imaginais le soleil dans la forêt de ses yeux.
Alors, j'ai crié à pleins poumons. ANTOINE! ANTOINE! ANTOINE!
Comme si les mots gémis pouvaient effacer ceux qui étaient écrits. Mais les vents ameutés enterraient déjà ma voix.
Alors, j'ai attendu un peu. Puis, j'ai pris mon porte-documents caché entre mes deux matelas et je l'ai fourré dans un sac à dos. J'ai dévalé l'escalier jusqu'au sous-sol de l'édifice et j'ai décroché mon vélo suspendu à un gros crochet.
Cette fois, je ne fuyais pas. Je savais où j'allais. Et pourquoi.»
Pages 33-35
Critiques:
«Je suis étonnée de voir qu'on ne parle pas de la foi aux adolescents, à une période de leur vie où ils se demandent justement d'où ils viennent et où ils vont. On refuse de leur parler de spiritualité, peut-être parce qu'on ne sait pas quoi dire. On est flottant.En cette période de crise des valeurs morales et spirituelles, Dominique Demers aborde avec simplicité et subtilité la question de la foi, sans donner de réponse ni de message. Elle décrit le cheminement intérieur de son personnage, Marie-lune, devenu, en l'espace de deux livres, un personnage-vedette pour des milliers d'adolescents québécois.»
- Tiré d'un article de la Presse Canadienne, publié dans La Presse du mardi 29 mars 1994.
«Bravo à Dominique Demers d'avoir eu le courage, la volonté et la délicatesse nécessaires pour l'aborder de front. Elle l'a fait avec retenue et sobriété, en marchant sur la ligne fine entre la foi religieuse et l'appel de l'absolu, en prenant les deux versants de l'âme sans se prononcer pour l'un ou l'autre. La liberté du jeune lecteur y est préservée, tout en faisant en sorte qu'il reconnaisse tous les élans de son âme, ses confrontations, ses interrogations et ses propres choix.»
- Louise Blanchard, Le Journal de Montréal, 26 mars 1994
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Oeuvres de Dominique Demers
Références sur Dominique Demers