Éolia princesse de lumière

Publié chez Arion, Québec, 1995.

Le narrateur, le roi de NÉNUCIE, raconte à son peuple (et à nous) la vie secrète de la princesse Éolia, sa soeur aînée décédée d'une leucémie à l'âge de quatorze ans alors que lui-même n'était qu'un jeune adolescent.

C'est aussi le récit d'une enfance en deçà des sentiers battus: mystique, tendre, déchirante.

La narration dresse un portrait inédit des biographes modernes, tout en images et en suggestions, de la petite princesse dont la courte existence semble n'avoir eu qu'un seul but, L'INITIATION de son royal frère à des vertus telles que la patience, la tolérance, la confiance en soi, l'humilité et la générosité.

«Lia ne faisait jamais de prêchi-prêcha, nous dit le roi. Elle démontrait ses dires par l'exemple et me plaçait souvent dans des situations telles que je ne pouvais qu'apprendre ma leçon ou bien la décevoir cruellement. Ce que je ne souhaitais pour rien au monde.»

La dernière initiation nous entraîne dans un univers aux limites du nôtre et d'où nous parvient le dernier message de cette princesse de lumière:

«Les épreuves de la vie sont un merveilleux cadeau: ne nous forcent-elles pas à grandir?»

 

EXTRAITS DE L'OEUVRE

 

(...) Éolia trempa son mouchoir dans l'eau, s'approcha de moi. Je sentis monter une vague froide sur mon visage tuméfié. J'en avais bien besoin! Elle me prit par les épaules et à bout de bras, me contempla comme un peintre contemple sa dernière toile. Son sourire bizarre découvrait ses dents de devant, puissantes et espacées. Une seconde, elle me laissa entrevoir toute la tristesse de ses yeux. Puis elle alla s'asseoir sur une souche recouverte de mousse. (...) Les mille et une facettes de ses yeux me montrèrent alors une joie sans borne. Un bonheur ultime intensément ressenti. Je la vis frissonner. Non de froid. Bien qu'il fasse plus frais. L'énergie dans l'air me communiqua sa joie. Ce fut un frisson partagé. Cela n'avait plus aucune importance maintenant d'être pris et ramenés au château. Elle avait secoué ses chaînes avec une telle violence, un tel brio, que tous les sermons du monde, toutes les privations de ce monde, ne pourraient plus l'atteindre. (...) Lia disait qu'il fallait aux hommes beaucoup de belles images dans leur coeur pour vaincre la laideur de leur société. Et que pour améliorer leur société il leur faudrait cultiver ces belles images afin qu'elles puissent se matérialiser un jour autour d'eux. C`est l'image totale de ce paysage tendre, de ce clair obscur enchanteur, de ce lac aux remous invisibles, de ce ciel de flammes mourantes. C'est cette image que je garde en tête dans les moments difficiles de mon existence.

(...) À partir de ce moment-là, j'ai commencé à m'intéresser d'un peu plus près aux jeux de Lia; à en prendre une conscience plus aiguë. Avant, je subissais. À l'avenir je me jurai bien d'y participer avec plus d'enthousiasme. Après tout, la vie elle-même n'est-elle pas qu'un immense jeu de rôles? Un voyage à la recherche d'un vieil ami. Nous-mêmes. Hélas! le temps, ce monstre sans coeur nous était compté. J'ai perdu beaucoup de mes illusions assis devant ces photos. Lia perdit davantage. Simplement elle n'en laissa rien paraître. Pas devant moi. Pas déjà.

(...) Une interrogation lancinante m'envahit l'esprit. Le germe de sa maladie avait-il toujours vécu dans son organisme pour ne s'éveiller qu'à l'heure prévue par le Destin? Ou bien s'était-il insinué sournoisement au cours de notre bain planifié par Lia dans les eaux glaciales des souterrains du château d'Acrynoss? Comment le savoir? Je m'endormis avec l'intime conviction que le sort ou peut-être ce jeu subtil des choix libres, une fois de plus, la préférait à moi qui, comme des milliards d'autres, dois rester, vivre et apprendre toujours plus, afin de devenir meilleur.

(...) — Tu sais, c'est si beau là-bas!
— Je sais.
— Ne sois pas triste, ne sois pas inquiet.
— Non, non.
— Il ne faut pas pleurer. Tout est toujours bien.

Puis ce fut le silence. Je n'avais pas le droit de pleurer aussi. Cela restait son privilège. Je respirais sa peau. Par-delà l'emprise terrible de la maladie, je reconnaissais son odeur douce de fleur sauvage, de fleur rebelle, de fleur inaccessible. C'est à cet instant que je l'ai comprise. Enfin. Totalement. Je l'ai serrée comme jamais je n'ai serré. Comme jamais je ne serrerai. Au matin, je ne serrais plus qu'une poupée glacée.

(...) «Tout homme est un roi. Toute femme est une reine. Ce sont ce roi et cette reine qu'à travers toutes les joies, toutes les épreuves de ce monde, nous devons tous redécouvrir, quelque part dans notre for intérieur.»

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Oeuvres de Fredrick D'Anterny