«Après des études à l'Université Laval, à l'Université de Montréal, à la Sorbonne, après quarante années dans l'enseignement et l'administration, Paul Damien aurait pu goûter un repos bien mérité. Il a toutefois choisi d'être membre actif au sein d'atelier de création littéraire dont le mien.
L'oeil mi-rieur, mi-sérieux, la volonté fervente, l'âme à vif, il s'est voué pleinement à sa passion de toujours, la poésie. Jamais las, les heures de travail ont passé jusqu'à ce jour où il nous offre en partage ses cris du regard.
À la fine pointe du coeur et de la plume s'inscrit son ardent besoin de crier la vie, le verbe, l'être. Des yeux qui fouillent et devinent, des mots qui forment et colorent, des rythmes qui scandent et modulent le trop longtemps retenu.
À chacun et chacune, maintenant, d'entrer dans la vision du poète, d'effectuer sous l'envoûtement sa propre descente en soi, là où il est enfin possible de donner la parole aux Silences blancs.»

D'un mot sonore naît une note
Son sourd du sol
Cri plaintif d'oiselet
Et c'est ouverture en ré mineur
De ma symphonie orante
Sur une page blanche.
Je cherche les mots mûris
De ma chanson
Dans les masques troués
Du quotidien
Mots épris de son
Pour noce et danse.
J'effeuille ma folle fleur
Jusqu'à la folie
Pour que se marie
Ma frêle phrase musicale
Au sanctuaire sacré
Du Verbe vernal.
J'apprends à élargir
Le champ de mes envolées
Sur mer trop vaste
À me larguer au gré des vents
Je prends le flot des mots
Calmé par le Capitaine
Et le place sur ma portée.
Alors je reprends ma plume
Pour le chant de vie
Goût de mort sur ma langue
Je crache mes cris
Sur toute souffrance
Toute blessure
Souffle ma prière
Au plus haut du Mystère
Au-delà des frontières
Du temps et de l'espace
Quant tout est consommé.
Aux confins du temps
Où va mourir le jour
Paraît son soleil
Dans son hublot de givre
Et des rayons de fée
Transforment la cabine
En chambre d'orchestre
Où le Maître de céans
Dirige la symphonie
De mes instruments de bord.
Cris du regard, page 14

Lames étriquées
De faux semblants
Ruisseaux d'argent
Aux sons disséqués
Mille menus mots
Allumés entre mes doigts
Serrant la fausse plume
Aux accents de Paris.
J'entends alors les cris
Des blessures rupestres
Aux rivages ringardés
De mon pays
Incertain.
Parodie d'oncle Sam
Aux cous des femmes
Pleines de passions stériles
Bijouteries futiles
Pour les âmes créatrices
Laissant voir
Les vaines cicatrices
Du devoir.
Je rassemble en mes mains
Vos perles éplorées
Aux éclats chancelants
Et je communie
Aux creux de vos peines
En ces matins ténébreux.
Surgit alors un vif désir
De viol d'espace
De main rougie d'encre
Sous le signe des apocopes
Au soir de nos batailles
Communes.
Cris du regard, page 24
Symphonie de mystères
Résolus par les rumeurs
Du babil intérieur.
Regardez sa trace
Dans la forêt des tracas
Le long des ruisseaux
Aux éclaircies du coeur.
