Poésies - extraits de Mémoire et de L'ailleurs
Mémoire
- "Ceci n'est pas à vendre", dit l'homme, "je l'ai reçu disons de manière fortuite... enfin il n'est pas question d'y mettre un prix", reprit-il, la voix sévère. Le débat est clos.
Vous êtes chez l'antiquaire. Vous cherchez l'objet rare. De petites choses insignifiantes ici et là vous semble-t-il. Au premier abord vous les regardez avec un sentiment d'indifférence. Elles ont été léguées dans le bric-à-brac d'un héritage. Vous les mettez de côté. Faces-à-main au verre dépoli. Bague d'enfant avec lettre gravée, montre de gilet et sa chaîne, lettres jaunies. Ces menus objets ont trempé dans l'histoire de votre vie, de votre pays. Avec les années ils sont devenus des objets d'art. Mais vous n'en savez rien. Vous n'avez pas la mire. Vous ne savez pas poser le regard avec perspective. Dévoré par l'ambition votre esprit est ailleurs prisonnier d'une civilisation de prêt-à-porter. Un univers plastifié. Mais il est des matériaux qui ont la vie dure, qui ne veulent pas mourir.
Sans vergogne vous balayez du revers de la main toutes choses qui n'ont pas d'utilités immédiates, l'éclat du jour ou la brillance on ne peut plus éphémère.
- "Ceci n'est pas à vendre, répéta l'antiquaire, il s'agit d'un souvenir...
pieux".
L'autre complètement hébété le regarda sans comprendre... Vraiment d'un autre âge,
pensa-t-il...
L'ailleurs
S'accrocher à une étoile.
Sur la terre comme aux cieux.
Je n'entendais ni ses frissons d'aurore
Ni sa moindre mélopée.
Là-haut
Dans ses atours
Elle scintillait vêtue de peu.
J'étais perdue dans quelque stratosphère
Constellée par mon chagrin
Je marchais en diagonale
Ignorée
Happée par l'insignifiance
Torturée de l'obscurantisme et de ma condition.
Le regard de l'étoile me guidait
À ses feux
Insensible
J'étais
Ailleurs
Dans un envers
Dans un endroit
Saurais-je le dire
S'accrocher. S'accrocher.
À la bouche, je n'avais que ce mot.