La folle allure
Lorsqu'on a des choses à dire, des choses jugées importantes, il faut prendre son courage à deux mains gantées et les dire.
Il y a de cela une semaine, peut-être deux, j'étais debout dans l'autobus, moi une vieille indigne, les cheveux tout blancs. Je me tenais à la barre de peine et de misère emportée par le courant. Pas un petit morveux n'aurait offert son siège. L'autre, assis en face de moi me pète sa gomme-balloune sur mon corsage des dimanches. Tu parles si je m'suis tue!
- "Aye-toi mon p'tit jeune, tu m'passerais pas ta gomme-balloune que j'massois un
peu?"
...ça riait mes amis.
C'est comme pour les refus. J'ai frappé à mille portes pour qu'on m'entende, pardon
pour qu'on me lise.
"Il me reste la rue que je m'suis dis. Là, la police peut pas m'arrêter si je
circule même s'il y a des stops. La rue c'est un no man's land.
"Coudon qu'est-ce que j'ai à parler en anglais quand je veux m'affirmer? On va
régler ça tout de suite ton verbe en technicolor!" Ce que je veux dire est ceci :
la rue est la voie Royale pour prendre le plancher et c'est pas vrai qu'elle appartient
juste aux riches et aux plus instuits. À preuve, tu vois... moi!
De toutes manières, tu le sais comme moi, les instruits ils battent-tu assez les pavés pour se trouver un emploi par les temps qui courent?