Comme une chienne à la mort

poésie
Éditions du remue-ménage, coll. «Connivences», Montréal, 1987.

Description :

De longs textes de prose poétique pénètrent ici dans l'accablement mortuaire des femmes, cherchent à dégager de l'Histoire une leçon lyrique, chantée, de ce que les femmes disent dans leur corps, de ce que les femmes ressentent dans leur corps, dans la maladie du corps, dans la terreur d'exister au coeur d'un monde qui ne semble pas fait pour elles. Ce recueil d'une rare intensité fouille sans ménagement la souffrance, et sa voix atteint par moment à la plus pure tragédie. Voici un recueil qui marque de façon majeure les années quatre-vingt, une parole résolument féministe qui ne renie jamais sa dimension poétique.

Extrait :

«Après tant de jours gris, le ciel se décourage, pâleur tavelée. Elle sort de cet univers comateux, la voix adoucie et tiède, marche avec prudence hors de ce temps. Cette femme découvre comme il est simple de ne pas s'embourber dans l'inquiétude. Il suffit de ne pas prendre la terreur avec soi. Ne jamais abolir l'étonnement.»

Critique :

«Louise Cotnoir offre ici une méditation sur l'Histoire, sur le frayage du corps politique (européen, 1939-45, mais autre aussi, les effets de guerre entre l'hier et l'aujourd'hui, les configurations de ses effets sur les femmes, des retables de la Renaissance à l'enlèvement des Sabines et jusqu'à Shoah). Le pari était certainement risqué. Composer dans le transculturel requiert une précision d'équilibre et une justesse par rapport au «locus» dont peu d'entre nous sauraient s'acquitter avec grâce (ou dans un état de grâce, ce qui revient presque au même). [...] Comment s'acquitter de l'Histoire des autres et comment réussir - dans le creuset de l'écriture - à la faire sienne ? Louise Cotnoir a choisi l'ancrage d'une seule subjectivité : le rêve intérieur d'une femme adolescente, adulte, enfant, adulte encore et, à partir de ce regard, les failles et les accidents infinis de l'Histoire.» (Caroline Bayard, «Regard à rebours sur l'histoire», Lettres québécoises, no 50, été 1988, p. 43).

Des rêves pour cervelles humaines

Dans La Théorie un dimanche
essai
en collaboration avec Louky Bersianik, Nicole Brossard, Louise Dupré, Gail Scott et France Théoret
Éditions du remue-ménage, coll. «Itinéraires féministes», Montréal, 1988.

Description :

Qu'est-ce qui est incontournable dans le féminisme ? Voilà une question particulièrement importante à un moment où le mot postféminisme revient dans les écrits de façon régulière. Six écrivaines explorent ici un aspect de la question, chacune faisant le point sur une problématique qui la touche de près. La femme comme sujet, la mémoire, la motivation, l'écriture, la critique, la culture sont autant de thèmes autour desquels s'articule leur réflexion. Ce livre fait suite à des rencontres et à des discussions : depuis 1983 jusqu'à 1988, le dimanche est devenu pour elles le jour de la théorie.

Extrait :

«Vouloir un sujet-femme, c'est se situer dans un état constant de provocation et d'agression ; c'est parler au futur parce que le présent tue réellement. Pour plusieures qui échappent au massacre, l'alternative dans l'ordre patriarcal a tout de la prison ou de l'exil. Le bannissement a «force de loi». La visibilité des femmes passe par un engagement envers elles-mêmes, envers les autres femmes. Pour agiter le corps social de la langue, il ne peut pas en être autrement. Les parenthèses qui m'inscrivent timidement me renvoient inévitablement aux forceps. Des cervelles cerclées. Comment alors parvenir à une identité plausible dans ce complot permanent où je suis en quête d'une réalité qui m'autoriserait «femme» ? Je suis sans preuve. Mise en procès bien que victime, il me faut utiliser la synthèse de réfutation ou plaider le doute.

Critique :

«La Théorie un dimanche confirme une fois de plus le besoin des auteures féministes les plus connues et les plus prolifiques du Québec de se pencher sur le contexte social et idéologique de leur écriture et de lier leur écriture à un contexte théorique. Dépassant le joyeux mélange de la théorie-fiction, chacune d'elles nous présente deux textes, l'un de réflexion, l'autre de création.» (Sherry Simon, «La Théorie un dimanche», Spirale, no 81, septembre 1988, p. 8).

Asiles


poésie
Éditions du remue-ménage, coll. «Connivences», Montréal, 1991

Description :

Ce recueil de poésie est prémonitoire de ce que sera le recueil de nouvelles, La Déconvenue, que Louise Cotnoir fera paraître en 1993. Ici, la femme cherche, en prose et en vers libres, un lieu de recueillement, fuit aussi la concentration. Recueillement dans l'«asile» de soi, coeur possible de la parole, mais aussi fuite loin de l'«asile» d'enfermement, de la folie à laquelle la femme, trop souvent, est confinée. Double regard sur le monde intérieur et dangereux de la vie des femmes, ce recueil de poésie en prose creuse au plus profond du coeur féminin pour en approcher une certaine liberté, une certaine manière d'avenir adéquat.

Extrait :

«Que cherche-t-elle au milieu des mouettes ? Elle agite les bras et veut s'envoler. L'injure haut criée, superbe son oeil de folle ! La nuit tremble sur ses os. Oui, folle d'amour et de colère. Une odeur de soufre dans les plis de sa robe à fleurs. Elle dérive sur la mer.»

Critique :

«Pour écrire ce qui n'a pas de nom, Louise Cotnoir compose une sorte de cantate à deux voix ; l'une coupante, pétrie de violence et de vitalité, jette en avant ses phrases aiguës comme on lancerait des flèches («Je ne suis pas douée pour les massacres mais tout s'apprend»), tandis que l'autre, plus distendue, creusée d'espaces blancs, d'arrêts, plus interrogative, laisse mûrir le voyage immobile et s'ouvre à l'apaisement.» (Hélène Thibaux, «Asiles», Estuaire, no 64, été 1992).

La Déconvenue


nouvelles
Mention spéciale du Jury au Grand prix de la nouvelle, France, Salon du livre du Mans 1993
Éditions L'Instant même, Québec, 1993

Description :

Dire des personnages de Louise Cotnoir qu'ils se livrent, c'est plonger dans l'aventure complexe du terme, dans ce qui tient de la confession avec ou sans témoin, du secret murmuré, de l'abandon amoureux et d'une captivité ancienne et inoubliable dans les camps de la mort. À travers des figures de femmes inoubliables, une intense écriture de la conscience d'être, ces nouvelles parlent de l'existence solitaire, obligée et difficile de toute femme qui décide de dire oui à son propre nom, à sa propre vie dans la ville, sous les regards et les tensions sous-jacentes.

Extrait :

«Elle cherche avec eux une manière de se remettre des désenchantements. Elle se jure d'aller courir les rues, demain, se promet de contrarier le sort, de faire la peau aux accidents. Ses pleurs ne réparent rien. Ils manifestent tout au plus la déception imparable. Elle regarde le soir qui tombe dans l'éblouissement des couleurs.»

Critique :

«Essayons de définir, de manière intuitive, le travail de Mme Cotnoir. Il s'agirait d'une écriture qui essaie sans cesse de corriger, par ajustements à peine perceptibles, l'impression première qu'une observation passive ou spontanée - celle de n'importe qui - a suscitée. C'est un jeu, bien sûr, mais il est très habilement mené à son terme. Un monde fictif vient d'apparaître et va disparaître, mais il a frôlé de tellement près, dès le départ, le monde banal et réel, qu'il a acquis en quelque sorte sa crédibilité. La mémoire du lecteur parfois retiendra, parfois oubliera l'histoire, mais elle conservera la vérité de la fiction.
La carrière à ce jour de Mme Louise Cotnoir était limitée au domaine de la poésie ; La Déconvenue serait donc, sauf erreur, son premier ouvrage d'imagination en prose. Le passage s'est fait semble-t-il sans effort. En prose, la clarté de l'expression est une exigence absolue, tandis qu'une certaine poésie se permet tous les jours de révolutionner le langage. Pas de flou poétisant dans les nouvelles de Mme Cotnoir. Un propos clair [...]» (Réginald Martel, «La nouvelle, c'est sérieux», La Presse, dimanche 30 mai 1993).

Des nuits qui créent le déluge

poésie
Éditions de l'Hexagone, coll. «Poésie», Montréal, 1994.

Description :

Ce recueil nous propose une expression simple et tout à fait actuelle de l'existence. Pas de lyrisme, et pourtant l'émotion, maîtrisée mais réelle, est là. Voilà une voix empreinte de maturité, qui sait faire sa part au corps, au sexe, au plaisir mais aussi à la souffrance, et mettre tout cela en équilibre. Une sagesse secrète se dégage de ces poèmes.

Extrait :

«Il y a des nuits
Qui créent le déluge
Des corps
Et détournent le danger palpable.
Les eaux premières
Ou la fin du monde.
Quand la vulve se creuse,
Fosse abyssale
Des marées.»

Critique :

«Une narratrice sensible aux gestes du réel et présente au coeur de l'expérience. Présente non d'une présence totale, mais d'une présence spontanée, pleine d'énergie et d'un sensualisme qui évolue au rythme d'une danse charnelle qui va dévoiler l'être tout en accordant au corps la primauté dans la connaissance. Ici, la parole résolument frénétique de Cotnoir choisit de respirer l'émotion sans que la conscience cesse pour autant d'agiter le texte. Il faut du «courage, pour revoir le monde / Sa splendeur», écrit-elle. (p. 26)
Des nuits qui créent le déluge, en plus de s'attacher au rôle corporel du langage, pense «l'immuable absurdité» (p. 46) du monde dont vient témoigner en filigrane l'évocation du massacre des étudiants chinois sur la place Tiananmen, en juin 1989. (Jocelyne Felx, «Quand le corps devient monde», Lettres québécoises, no 75, automne 1994, p. 53).

Dis-moi que j'imagine

poésie
nomination au prix de poésie du Gouverneur général du Canada 1996
publié aux Éditions du Noroît, Montréal, 1996.

Description :

Prose et vers libres se conjuguent ici pour donner une force remarquable à cette parole poétique qui ne renonce jamais à prendre les femmes comme sujets de paroles, comme source d'inspiration. Il faut lire les remarquables «Stabat Mater» qui, en une forme qui respecte le texte originel de Jacopone da Todi, revisitent les lieux de douleur et d'existence des femmes renonçant pour exister à l'image mortifaire de la croix. Recueil qui joue autour des arts (peinture, musique et poésie), recueil accompli qui donne à penser que la femme s'imagine autrement.

Extrait :

«Dis-moi que j'imagine
Dans la béance
De l'art monstrueux
Musées et pavanes
Aux figures fabuleuses
Des femmes
Qui me ressemblent

Dis-moi
Que j'imagine
Tes yeux »

Critique :

«Avec Dis-moi que j'imagine, Louise Cotnoir réussit à traduire sa vérité de femme directement, simplement, sans complaisance, de façon retenue. Le recueil témoigne aussi de la maturité de l'auteure, de son écriture forte et dépouillée où la forme s'adapte merveilleusement bien à l'émotion, à l'ironie corrosive, à l'intention poétique : «dire l'irréparable dans le ventre des femmes.» (Louise Desjardins, Raymond Guy LeBlanc et Renaud Longchamps, «Texte du jury du prix de poésie du Gouverneur général du Canada 1996», Conseil des Arts du Canada)

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Oeuvres de Louise Cotnoir