Le ramasseur de souffle

Nouvelles
Nominations au prix du Gouverneur général du Canada et Alfred-DesRochers
Publié par les éditions L'Instant même, Québec, 1999

Description :

La découverte de l'obsession d'une femme depuis longtemps disparue est une expérience perturbante pour le ramasseur de souffle. Sa propre entreprise s'entrouvre remise en question, l'équilibre de sa vie, menacé. À l'instar de ce pathétique monomaniaque, les personnages du quatrième recueil de nouvelles de Hugues Corriveau sont la proie de passions insensées qui trouvent à s'exercer aussi bien dans le champ de la gastronomie que dans celui de la peinture. Car l'acte créateur lui-même n'est-il pas proche parent de l'obsession ? Les lecteurs retrouveront cette écriture placée sous le signe des pleins et déliés, ces personnages qui ne se résolvent pas facilement à ce que la phrase s'interrompe. Une jeune fille reste anorexique après avoir été l'objet du désir du père, une autre reçoit de son père un testament troublant, une autre encore peint avec sa chevelure ou collectionne des objet d'un étrange érotisme. Ce recueil est divisé en cinq parties de trois nouvelles chacune, à savoir « Tableaux », « Meurtres », « Disparitions », « Gastronomies » et « Éros ».

Extrait :

« Voilà, j'ai trouvé !
Pancrace resplendit. L'eurêka, la révélation ! Ciel qu'il avait cherché, qu'il s'était trituré les méninges. Imaginez ! Il a deux soeurs et un frère. Et il les reçoit encore. Encore une autre maudite fois. Marie-Ange, dite Marie-Ange-des-Saints-Anges est « soeur grise », l'autre n'est rien d'autre que sa soeur Murielle, quant à son frère Théocrite, dit frère Théocrite, il est frère des Écoles chrétiennes depuis l'ère romaine et chrétienne. La soixantaine sonnée. Tous quatre. Les deux frères et les deux soeurs, ronds et vaguement gagas, sauf lui, Pancrace, évidemment.
Bref, il les reçoit. Il a cherché tant et plus quoi leur présenter de différent. Quarante-cinq ans à leur servir et resservir son maudit roast-beef au jus, les dimanches de fête, les jours fériés - et les tristes, parfois. Bref, il a trouvé le parangon de l'originalité. À tout crin, à toute vapeur lui est venue l'idée ! : Des coeurs farcis aux couilles ! » (« Le coeur aux couilles »)
Critiques :

« Les lieux, peut-être autant que leur auteur, signent les nouvelles de Hugues Corriveau. S'il doit à ceux-là quelque chose, notre dette va plutôt envers cet artiste étonnant, capable d'enfermer le Bien et le Mal, couple bagarreur, au coeur même de la conscience de ses personnages. On l'a vu dans le terrible roman Parc univers (XYZ, 1998), on le voit encore dans Le ramasseur de souffle [...] Le nouvelliste, une fois encore, ne déçoit pas. [...] (Réginald Martel, « Le Bien et le Mal, ce couple bagarreur », La Presse, dimanche 18 avril 1999, p. B 4).
« D'une écriture élégante, ramassée, enlevante, forte, au vocabulaire riche et à l'imagination débordante, les textes du Ramasseur de souffle nous prennent à la gorge dès le premier récit et ne nous lâchent plus jusqu'à la dernière ligne. Le tour de force de Corriveau est de construire des univers d'allure romanesque dans ses nouvelles. [...] C'est un livre qu'il faut lire avec un peu de temps devant soi, non pas le temps chronologique de la lecture uniquement, mais celui des mots et du « ramasseur de souffle », pour que s'instaure la cérémonie, pour ne pas résister « à s'y mettre tout entier, non plus souffle abstrait, mais corps et opacité ». (Claudine Potvin, « Il faut du souffle pour écrire », Lettres québécoises, no 95, automne 1999, p. 33-34).

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Oeuvres de Hugues Corriveau