À double sens. Échanges sur quelques pratiques modernes

Essai
en collaboration avec Normand de Bellefeuille
Éditions Les Herbes Rouges, Montréal, 1986

Description :

Forme, sens, désir, perte, modernité, mort, rythme... Dans À double sens, tous les paramètres d'une écriture qu'il faut bien encore dire moderne sont questionnés, repensés à la lumière de la pratique qu'en ont les deux auteurs, après plus de quinze ans de pratique. Essai par lettres, ce livre dynamique remet en question les poncifs sur diverses notions classiques et modernes. Voici un livre qui ne craint ni le paradoxe ni le doute. Un échange rigoureux, parfois radical mais toujours complice et conscient des limites de toute volonté théorique.

Extrait :

«Et le délire, le sens de ces désordres de la pensée, tels, qu'on enferme parfois celui ou celle qui «pense» de travers, qui dit des choses qui n'ont pas de sens. Ou encore, les orientations, les guides ou codes de la route : oh, ces critiques! Mise au point de la pensée - retard du rêve éveillé - folie douce des mots justes, avant le sommeil - délire (délice) parfois sur la page (ou ailleurs), là étendu, rêvant que l'ironie vagabonde et les images et les paysages et les désirs désordonnés fassent quelque chose, en quelque sorte le compte de nos repos. Pour quelle raison désirez-vous?»
Critique :

À double sens, c'est aussi l'histoire d'un texte, d'un livre qui advient. Quel titre lui donner ? Que dirais-tu, demande l'un, de «ruines, pratiques du chiffre et de la perte» ? Ou bien, répond l'autre, «pertes, pratiques du chiffre et de l'échange» ? Justement, l'échange marque tout le livre. à peine l'un a-t-il formulé une idée que l'autre s'en empare et l'examine sous toutes les coutures. Ainsi résonne le «double sens», la double voix.» (Lori Saint-Martin, «La modernité québécoise «pure laine», Le Devoir, samedi 9 mai 1987)

Les Chevaux de Malaparte

Roman
Éditions Les Herbes Rouges, Montréal, 1988

Description :

Violence et passion, telle est l'atmosphère qui se dégage des Chevaux de Malaparte. L'érotisme exacerbé des personnages - une femme (Lama) et deux hommes (John et Peter) - , nous entraîne dans leur purgatoire quotidien à travers une série de dédoublements imaginaires, les inquiétudes de la jalousie, leurs amants de passage, la présence troublante d'un cadavre et l'obsession de la vengeance. À la fois réaliste et onirique, ce roman fonctionne comme une enquête policière. Rarement aura-t-on lu une prose aussi exigeante qui, sous le signe de la psychanalyse, organise la matière de ce roman selon un travail de fragmentation et de recomposition du réel dans le langage de la fiction. Quant à la logique de l'écriture qui sous-tend Les Chevaux de Malaparte, Hugues Corriveau l'expose dans un essai, Écrire un roman, qui est paru simultanément chez le même éditeur.

Extrait :

«C'est peut-être parce qu'ils se sont donné des personnages qu'ils jouent si bien. Ce tâtonnement, cette indécision, comme si tout allait de soi. Et cette manière de tourner le regard en pleine rue comme au beau milieu de la maison. Le centre de tout. Ils s'amusent par contre à ses dépens. Un peu plus subtilement depuis qu'ils savent. Peter et Lama. Le spectacle est beau. Il se prépare, contre lui ou malgré lui, une manière de complot. Cette hypothèse ne fait pas de doute. Ils ont trop nommé le paysage ce soir. Beaucoup trop. Il a suffi que Lama se trouve un double à Paris pour qu'il comprenne.»

Critique :

Les Chevaux de Malaparte nous invite à prendre part à l'étrange jeu de fuites et de poursuites érotiques auquel se livrent deux hommes et une femme conscients de «l'émiettement de leur vie» et qui tentent d'abolir, par les jeux du désir, la distance qui s'instaure entre les êtres comme «une exclusion où l'homme s'anéantit». Cette distance, chacun la vit comme un drame du langage : leurs mots sont ici proférés, du bout des lèvres, comme des aveux ; ils ne servent pas à communiquer mais à indiquer la mesure du non-dit.
Ce qui intéresse le romancier ici, c'est de proposer au lecteur une expérience de lecture qui lui donnera à ressentir l'inexprimable. Il s'agit de communiquer au lecteur, par le truchement du courant symbolique qui traverse l'écriture, ce que les mots sont si impuissants à transmettre : l'expérience de la perte.» (Guy Cloutier, Les Chevaux de Malaparte de Hugues Corriveau - Un roman ardu pour lecteurs avertis seulement», Le Soleil, samedi 21 jaunvier 1969).

Autour des gares

Nouvelles
Prix Adrienne-Choquette
Nomination au prix Québec-Paris 1992 et Alfred-DesRochers 1991
Éditions L'Instant même, Québec, 1995 (1991)

Description :

Trouver mille trésors, enrobés de crainte et de désir, de tentation et de remords, voilà ce à quoi convie Autour des gares, livre qui a valu à Hugues Corriveau le prix Adrienne-Choquette de la nouvelle en 1991. En compagnie de Marcel Proust, cité dans chacune des cent nouvelles du recueil, Corriveau retrouve le temps du chemin de fer, quand le bout du monde était de l'autre côté du dangereux pont ferroviaire qu'il faudrait un jour traverser par bravade, quand dans la salle des pas perdus s'énervaient les voyageurs en partance, quand les senteurs du buffet le cédaient à l'odeur incomparable du voyage.

Extrait :

«Sorti de l'enfance, j'ai eu un camarade fort curieux qui n'aimait rien tant que de découvrir ce qui se cachait dans les entrailles des wagons de marchandises. Combien de fois refusa-t-il des jeux d'équipe qu'on se proposait de commencer pour supplier qu'on aille voir, tous ensemble, s'il n'y aurait pas du nouveau en provenance du bout du monde. Le jeu, entre autres, consistait à y supposer mille trésors, à prendre surtout le risque de partir inopinément, prisonniers d'un wagon.»
Critique :

«Le premier recueil, Autour des gares, paru en 1991 à l'Instant même, lui avait valu le prix Adrienne-Choquette et surtout, un large succès auprès d'un plus vaste public. L'hebdomadaire Voir avait même classé ce recueil d'une centaine de nouvelles contenant toutes une citation de Marcel Proust parmi les 25 meilleurs livres québécois, toutes époques et toutes catégories confondues.» (Pierre Cayouette, «L'écriture jubilante», Le Devoir, les samedi 2 et dimanche 3 avril 1994).

La Maison rouge du bord de mer

(roman, prix Alfred-DesRochers 1992)
Éditions XYZ, coll. «Romanichels», Montréal, 1992

Description :

Deux enfants s'aiment. Ils ont douze ans. Ils se désirent. Ils tremblent. Ils se lient, apprennent le sens de chaque geste qui les mène à eux-mêmes, de chaque mot qui leur fait saisir l'intimité du paysage. Tout basculera à cause d'un horrible gémissement. La tendresse qui les avait soudés se teinte alors de violence. Leurs caresses n'ont plus la même volupté. Elles crissent sur la peau, la déchirent. Et voilà qu'elles libèrent cette insoutenable plainte qu'ils ont ouïe derrière les murs de la maison rouge. Que reste-t-il de possible quand l'enfance n'est plus capable de saisir ce que la vie révèle? Que peuvent faire Yachar et Ismïa devant la fièvre, le trouble, le déchirement? Pendant trois jours, deux enfants apprennent l'amour au bord de la mer, et la violence à cause d'un couple d'adultes pervers et sadomasochistes qui va leur apprendre la terreur.

Extrait :

«Yachar la voit étendue, endormie juste au bord de la plage. Elle a douze ans et elle est nue. Yachar aime Ismïa au point que son trouble se voit à travers le pantalon de toile blanche et sous la grande blouse amarante qu'il porte depuis l'aube. Elle est assoupie, toute donnée à sa beauté d'enfance. Yachar découvre que son ventre palpite, que quelque chose de nouveau y agit. Il perçoit la sueur lourde de la nuit qui descend le long de son cou, l'esprit embrumé par des rêves insolites, encore fragile au bord de refaire le jour à sa mesure, au bord de dire oui à l'aube, au recommencement blanc du matin. Il se tourne vers la brillance exaltée du soleil, regarde le jaune ombreux, le ciel imprenable, et hume la mer. Il parvient à se réinventer, à se plonger au creux du réel qui recommence.»
Critique :

«Avec son dernier roman, La Maison rouge du bord de mer, Hugues Corriveau apporte une contribution magistrale au répertoire de la littérature érotique. [...] La Maison rouge du bord de mer, éminemment «lisible», d'un propos fort recueilli, tout autant que peut l'être le Cantique des cantiques, unit ses thèmes de prédilection (amour, désir, blessure et mort) [...] La réussite de Corriveau tient à l'élaboration lente et patiente d'un espace sensuel (voir, toucher, sentir, goûter sont les verbes les plus récurrents) et à la narration itérative où se resserre la description de scènes érotiques invariablement mises en alternance avec une pléthore d'images relatives à la faune (aviaire, surtout), la flore et l'environnement africains.» (Claude Sabourin, Université du Québec à Montréal, «La Maison rouge du bord de mer de Hugues Corriveau : la blessure du désir», dans Voix et Images, vol. XVIII, no 1, automne 1992).

L'Enfance

Poésie
Éditions Le Noroît, Montréal et Éditions Phi, Luxembourg, coll. «Résonance», 1994.

Description :

Dans la suite de son roman La Maison rouge du bord de mer, Hugues Corriveau poursuit sa quête de l'enfance à travers une poésie en prose très dense, sensuelle et dynamique. Corriveau relance ici sa recherche du recueil de poésie unifié, projet de livre en soit, cohérent et condensé. Rien à voir avec le collage de textes, L'Enfance se veut une reprise des sens et de la mémoire à travers les quatre parties qui le constituent, à savoir «dans les rêves», «même ailleurs», «malgré la peur», «à travers les jeux», «et le vocabulaire».

Extrait :

«Le poème est une pensée d'enfance.
Aussi grave que la découverte des étangs habités par le roi des aulnes, que la mer qui file entre les doigts, que la terre qui n'a pas de fond, de dimensions magiques.
Dans la boule de neige, il reconnaît des nez et des oeufs de serpent.
L'écoulement du temps n'est rien d'autre que du sable qui fuit entre les orteils.
L'enfant se tient debout sur la clôture pour se prouver que la gravité n'existe pas, comme s'il s'en allait vivre.»
Critique :
«Pour qui connaît déjà la prose précise de Hugues Corriveau, son goût des scènes et des structures à la fois fermes et mobiles (Corriveau a depuis longtemps donné sa préférence à cette conjonction alliant maîtrise et jeu, contraintes et points de fuite : on pensera à son recueil de nouvelles, très réussi à cet égard, Auteur des gares), ce dernier ouvrage ne déroutera pas complètement, le lecteur retrouvant dans L'Enfance la même attention aux détails (c'est le lieu, la perception, l'affect, l'heure, la couleur de ce jour-là qui doit être restitué), de même que l'érotisme un peu cruel qui marque les autres textes de l'auteur (La Maison rouge du bord de mer, par exemple, où se révélait déjà la fascination croissante de Corriveau pour le monde de l'enfance.) Une grande importance est accordée aux sensations qui constituent la forme même du savoir de l'enfant [...] on ne s'étonnera pas que celles consacrées à la peur et au langage - au langage comme ultime peur? - soient les plus convaincantes, comme ce fragment par exemple : «Passe sur sa main un insecte inconnu en griffonnant des frissons. Rien ne peut être dit de l'objet qui marche près de son ongle sinon qu'il a peur, atrocement peur que cela pique. Si l'enfance ne retenait que ce petit bruit de pattes passant sur la peau, l'univers conserverait le sens de l'écriture.» Dans ces fragments et plusieurs autres, Hugues Corriveau montre qu'il a retenu l'essentiel de la leçon donnée par l'enfance, et si bien formulée par Lyotard : «Nul ne sait écrire. Chacun, le plus ''grand'' surtout, écrit pour attraper par et dans le texte quelque chose qu'il ne sait pas écrire. Qui ne se laissera pas écrire, il le sait». (Ginette Michaud, «Leçons d'enfance», dans Spirale, no 136, octobre 1994).

Courants dangereux

(nouvelles, grand prix littéraire 1996 de la Ville de Sherbrooke)
Éditions L'Instant même, Québec, 1994.

Description :

La réussite d'Autour des gares (prix Adrienne-Choquette en 1991), première incursion dans le champ de la nouvelle du poète, essayiste et romancier Hugues Corriveau, appelait un second recueil. Courants dangereux explore des voies qui déjà y étaient esquissées, peuplées de personnages complexes, mus par des passions hors du commun. La chair est vive, crue, à la fois matériau et blessure, génératrice de vie et de mort. L'excès s'étale dans la plus grande jubilation, porté par une écriture qui participe de l'esprit fin de siècle. Chez Hugues Corriveau, la forme est plus qu'un jeu ou une structure apparente : elle reste une partie intrinsèque de l'acte artistique et de l'art de raconter.

Extrait :

«Elle fixe cette femme qui de tout son ventre est enceinte, pleine de son enfant à naître. L'innocence de sa marche est une provocation. Elle s'approche et cherche. Elle examine la rondeur, éprouve de loin les coups marqués, les violences calmes du foetus. Et elle va le lui dire. Elle s'avance et prononce doucement : «Ne sortez pas. Ils vont vous voler votre ventre. Allons, ne sortez pas... ne sortez plus... ne sortez plus... ne sortez...»
Critique :

«Je ne saurais dire où exactement Corriveau s'est fait les dents, mais dans ses nouvelles récentes, compilées dans son deuxième recueil, Courants dangereux, comme dans son premier, il joue dans le registre du noir le plus noir. On ne fait pas de littérature avec de bons sentiments, semble-t-il suggérer. En effet, car de sa plume incisive il tranche dans le vif du sujet, et cela, dans tous les sens du terme.
Finalement, l'aspect spectaculaire, morbide et violent apparaît comme un masque sous lequel se cache la véritable entreprise de Corriveau : l'expérimentation textuelle, discursive. [...] On imagine facilement que cette dangereuse écriture va nous poursuivre le jour et la nuit, pour le meilleur et pour le pire. Rares sont les livres qui ont cette destinée dans nos consciences. (Michel Lord, «Quelques coups de scalpel bien assenés». Lettres québécoises, no 75, automne 1994).

Attention, tu dors debout

Nouvelles
Éditions L'Instant même, Québec, 1996

Description :

L'univers des adultes est bien étouffant pour les enfants de ces dix-sept nouvelles, qui tentent d'échapper au mal, au désarroi, à la souffrance, à l'inconnu. Ils rêvent, ces petits, qu'ils peuvent s'envoler, échapper au fardeau de vivre. Alors ils réinventent le désert, ils hument l'écorce, ils miment des vols de bernaches, ils tracent en rêve le chemin qui mène jusqu'à Noël. Et ils grandissent. Si Corriveau avait abordé le thème de l'enfance dans un roman, La Maison rouge du bord de mer, et dans un recueil de poésie, L'Enfance, c'est en nouvelles, cette fois, qu'il poursuit sa quête comme s'il voulait dans cette traversée des genres se rendre plus palpables les sensations vives qui lui en restent.

Extrait :

«Ils décidèrent d'être amoureux fous l'un de l'autre. Ils s'aimèrent. Voilà, ils mirent leurs lèvres les unes contre les autres. C'était bien peu de chose contre l'ouragan de peur qui les terrorisait. Le mal, sous les bruits de la guerre, disparut, sauta comme une mine de plomb, un linceul d'ouate sur la mousse des fougères.»
Critique :
«M. Corriveau qui aime construire un recueil de nouvelles autour d'un seul thème, comme ce fut le cas dans Autour des gares, s'est imposé cette fois moins de contraintes. L'univers mental des enfants, ou ce qu'on peut en deviner, est peut-être vaste et varié au point de rendre négligeable la condition même qui le fait naître.
Sans doute cet art allusif et élusif, dont la qualité stylistique est incontestable, est-il celui qu'a choisi délibérément l'écrivain pour éviter les pièges de la banalité que l'enfance, vue de loin, tend si facilement.» (Réginald Martel, «L'art allusif et élusif de Corriveau». La Presse, no 336, dimanche 29 septembre 1996).

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Oeuvres de Hugues Corriveau