Éditions de Mortagne, Boucherville, 1985
Description :
«Marcelyne Claudais raconte aussi dans ses romans la culpabilité des femmes qui se sentent responsables non seulement de ceux auxquels elles ont donné vie, mais de ceux également qui sont leurs aînés. Dans ce deuxième roman, il y a l'attente du couple âgé, leur fille qui essaie d'y répondre et le perpétuel échec de ses tentatives. (...) C'est une autre facette de la vie qu'on traite rarement avec autant de sincérité. »
Alice Parizeau, La Presse, 28 avril 1986.
Extrait :
-Vas-tu revenir dimanche prochain?
-Non, maman, pas dimanche, je pourrai pas!
-Fais comme tu voudras, je te force pas...je force jamais personne! En tous cas, si tu peux venir, tu viendras, nous autres on sortira pas, hein Gaston?
Et Gaston a acquiescé, comme il le fait chaque fois qu'Anita, ma mère, le prend à témoin. Il ne la contredit jamais, pour éviter la chicane.
Je descend les marches du perron lentement, me retournant de temps à autre, sachant très bien qu'Anita, appuyée au chambranle de la porte, me fera signe de la main jusqu'à ce que ma silhouette disparaisse de sa vue. Je la regarde une dernière fois en lui envoyant un baiser.
-Oublie pas, si tu viens pas, tu m'appelleras!
-Mais, je te le répète, maman, je ne viendra pas!
-En tout cas, gêne-toi pas, nous autres on va t'attendre; je te l'ai dit, on sort pas!...
Passer un dimanche, sauter un dimanche, profiter de ma journée de congé pour faire ce qui me plaît sans me sentir terriblement coupable de ne pas aller rendre une petite visite dominicale à ma chère mère!...
J'étais partie bien décidée à ne pas me laisser prendre au piège, mais je comptais sans cette fichue mauvaise conscience qu'Anita arrive à nous donner, insidieusement... Et voilà que je me retrouve aujourd'hui à sa porte, piétinant sur place, attendant impatiemment que la reine des abeilles daigne m'ouvrir sa ruche. (p 9-10)