A... ne me laisse pas tranquille. Il m'aime. Il s'épuise à m'apprivoiser, à me transformer, avec l'espoir généreux de m'enterrer plus tard dans le même cimetière que lui. Sûr de son pouvoir, il ne me lâche pas. Il veut une femme moderne et il l'aura. Il s'obstine comme je le faisais autrefois vis-à-vis de mon esclavage. Je sais qu'il va échouer comme moi. Il va tomber là où je me suis redressée.
Quatrième de couverture
Critique:Élisabeth Benoit nous raconte:
« (...)Immobile son tout dernier, est à couper le souffle.
Extrait:
«Mais peut-être le bonheur serait-il toujours à portée de la main si l'on arrêtait de le chercher avec empressement, de le poursuivre à contre-courant, de le harceler, de le marchander au prix de quelque sacrifice. Peut-être S... autrefois avait-il raison quand il refusait un bonheur absolu. Pour un domestique, la meilleure solution n'était-elle pas justement d'admettre sa condition, d'assumer son rôle et la légitimité propre à son espèce? Sans tenter d'être autre. En terrassant le mal de l'insatisfaction. En se conservant au mieux sous un ciel qui de toute évidence lui était peu favorable. En se laissant flotter parmi les vagues sans prétendre détourner le sens du courant ni aspirer à quelque rive lointaitne, la durée de sa vie présente étant bien trop courte pour des ambitions de ce genre. Dans les existences suivantes où il n'aurait pas complètement perdu la mémoire, où la vie aurait continué sans changement radical, même s'il était devenu homme libre et de pofession honorable, il se serait rendu compte que la terre propice était encore inaccessible, qu'elle auait toujours ces allures de rêve évanescent. Si S... était alors malheureux -- sur ce point je ne suis sûre de rien, ma pensée ayant été perpétuellement centrée sur moi-même, sur mon propre nombril -- , cela aurait été moins à cause de ce qu'il était qu'à cause du moment où il se serait mis à imaginer ce qu'il aurait pu être. Cette réalité, je ne l'avais pas comprise à l'époque. J'espérais que notre rapport pourrait aboutir à quelque chose de concevable pour une intelligence normale. Je voulais un mariage. Je cherchais en lui un homme ordinaire, à l'exemple du prince et du général. J'aurais voulu qu'il me témoignât de l'ardeur autant que de la discrétion, de l'audace autant que de la tendresse. Qu'il devînt, justement grâce à ses malheurs, un être parfait, à la fois délicat et enthousiaste, le meilleur de tous les hommes. Je lui avais imposé mon idéal. Au fond, je trouvais, sans oser l'avouer que, en tant que mon domestique et cadeau offet par le prince, S... était une espèce de sous-humain, une sorte de matière brute prometteuse, un demi-enfant dans l'attente d'un maître capable de le gouverner, de le perfectionner, de le rendre heureux. Je me croyais en mesure de critiquer sa manière d'être, de le façonner à mon goût en abusant de son obéissance et de sa probable inclination pour moi. J'étais son tyran. Je l'avais assassiné bien avant de le trahir et de le livrer au fer.» pp. 86-88
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biographique de Ying Chen
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