VILLE COEUR, suivi de CELA

Publié aux Éditions Vermillon, Ottawa, 1997.

Description :

VILLE-COEUR, c'est le duo d'une ville (Beijing) avec un coeur. C'est la symphonie des lieux extérieurs et intérieurs. Le coeur et la ville se font des confidences, discutent ou se chamaillent; parfois l'un monologue tandis que l'autre fait la sourde oreille ou écoute en silence. Et une année passe, d'août à juillet. La ville se développe, les arbres grandissent, les fleurs se fanent, la neige fond. Et le coeur fait de même: il pousse des racines, saigne, sèche ou éclate. VILLE-COEUR, en fait, c'est le concerto de la vie. Tout simplement.

Le texte se présente en deux colonnes sur la même page:

PROLOGUE VILLE

PROLOGUE COEUR

dans ce monde de fossoyeurs
le poète chante faux
l'innombrable reste encore
à dire


l'hécatombe

et brève
il y avait un vice caché
dans notre amour
chatoyante écharpe d'iris
un vice de forme
responsable
de

soudaine

 

SEPTEMBRE (extrait)


arracher les herbes
mauvaises
une fois l'an
faut-il
extirper les sentiments
déjà trop tard
le plafond se desquame
regarder
plus bas
les pieds sur terre
regarde
toujours plus haut
entre chine et légende
colline parfumée
de feuilles colorées



 

NOVEMBRE (extrait)





banc public
tourner les pages
prétexte



baiser
poignée de main
avec les yeux
le 26
pendant la nuit
l'air devenu yaourt
du pays natal
les pommes
de la certitude
un train siffle
on ne sait
s'il a ou vient



Quant à CELA ou Monologue d'hiver, c'est l'amour condamné dès l'origine, le jeu où l'on est assuré de perdre, l'histoire d'un long et pénible déchirement.

je dois partir
tu-je sais
ne reste plus
qu'à compter les jours
cela aura été
cela sera
cela est

Critique de Claudine Bertrand (Chronique radiophonique CISM, avril 1998)

Ville-Coeur et Cela, un double livre qui se présente sous forme de diade où l'extérieur et l'intérieur sont bien exploités. Un dialogue s'amorce entre la Ville et le Coeur qui battent au rythme des saisons, avec les arbres qui fleurissent ou se dépouillent. Puis l'on assiste à l'abattement d'un grand saule, signe d'un abattement plus profond encore. Non seulement c'est un procédé intéressant mais il est dicté par la situation amoureuse où le coeur est brisé en deux comme la ville. A la fin, le souhait de "retrouver" sa ville et son amoureux ne sera pas comblé.

Des scènes admirablement illustrées au long des mois de l'année sont évoquées par le poète qui déambule dans Beijing, la Ville recevant les confidences du Coeur. L'un et l'autre s'interpellent en un duo où l'amour éclate. Poèmes courts, sous forme de haïku qui disent la rupture et dont certains s'interrompent en chemin.

Quant au deuxième texte, Cela, il renforce l'image de la rupture où c'est le coeur de la femme qui s'ouvre à nous et confie son désarroi. C'est l'histoire de l'impossible amour surtout en raison des difficultés culturelles où l'amour semble condamné dès l'origine par la société "maudite" par la narratrice.

Cela est très émouvant, déchirant et poignant de vérité. Textes brefs et instantanés entre bruits et silences, entre présence et absence, amour et tristesse, désir et réalité. Le temps passe et mutile nos vies. Nos sens sont constamment mis en état d'alerte par ces différents tableaux qui s'ébauchent ligne à ligne en un style ou retenue et richesse se croisent avec subtilité.

 


Pour Lisa Carducci qui vit et travaille en Chine, la poésie est certainement une activité capitale, car sa Ville-Coeur, écrite en forme de calendrier, parcourt le pays immense sans quitter Beijing, passant par tous les sentiments, toutes les surprises, tous les émerveillements et même les déceptions. C'est passion. Comme Cela, en deuxième partie du recueil, une longue plainte-confidence d'amour qui me touche infiniment plus que la première.

Paul Van Melle (L'Inédit nouveau no 120, mars 1998, Belgique)


 


« Poétesse confirmée aux nombreux recueils, LC nous annonce dès le premier vers la mise en route du poète dans Prologue Ville où l'histoire connue dans Prologue Coeur, notre amour, devient universelle.
Suivent douze textes comme autant de mois, d'Août à Juillet. Ces textes, il faut que vous les lisiez et les dégustiez au calme, avec la certitude de rentrer dans un monde protégé.
Illustré de quatre encres de Du Jinsu, ce texte porte en lui une langue fragile.
L'Épilogue Ville nous ramène à la nature et l'Épilogue Coeur, aux êtres.
Dans Cela, nous trouvons l'histoire d'une rencontre, d'un amour que l'on sent sans issue, condamné. Cet amour vit, se réinvente, disparaît pour finir trans-mer, lointain et étranger.»

Thierry Clair-Victor dans la revue Jointure, Hiver 1999-Printemps 2000.

 
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