VILLE-COEUR, c'est le duo d'une ville (Beijing) avec un coeur.
C'est la symphonie des lieux extérieurs et intérieurs. Le coeur
et la ville se font des confidences, discutent ou se chamaillent;
parfois l'un monologue tandis que l'autre fait la sourde oreille
ou écoute en silence. Et une année passe, d'août à juillet.
La ville se développe, les arbres grandissent, les fleurs se
fanent, la neige fond. Et le coeur fait de même:
il pousse des racines, saigne, sèche ou éclate.
VILLE-COEUR, en fait, c'est le concerto de la vie. Tout
simplement.
Le texte se présente en deux colonnes sur la même page:
PROLOGUE VILLE
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PROLOGUE COEUR
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dans ce monde de fossoyeurs le poète chante faux l'innombrable reste encore à dire
l'hécatombe
et brève |
il y avait un vice caché dans notre amour chatoyante écharpe d'iris un vice de forme responsable de
soudaine
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SEPTEMBRE (extrait)
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arracher les herbes mauvaises une fois l'an |
faut-il extirper les sentiments déjà trop tard |
le plafond se desquame regarder plus bas |
les pieds sur terre regarde toujours plus haut |
entre chine et légende colline parfumée de feuilles colorées |
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NOVEMBRE (extrait)
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banc public tourner les pages prétexte |
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baiser poignée de main avec les yeux |
le 26 pendant la nuit l'air devenu yaourt |
du pays natal les pommes de la certitude |
un train siffle on ne sait s'il a ou vient |
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Quant à CELA
ou Monologue d'hiver, c'est l'amour condamné
dès l'origine, le jeu où l'on est assuré de perdre, l'histoire
d'un long et pénible déchirement.
je dois partir
tu-je sais
ne reste plus
qu'à compter les jours
cela aura été
cela sera
cela est
Critique de Claudine Bertrand (Chronique radiophonique CISM, avril 1998)
Ville-Coeur et Cela, un double livre qui se présente sous forme de diade où l'extérieur et l'intérieur sont bien exploités. Un dialogue s'amorce entre la Ville et le Coeur qui battent au rythme des saisons, avec les arbres qui fleurissent ou se dépouillent. Puis l'on assiste à l'abattement d'un grand saule, signe d'un abattement plus profond encore. Non seulement c'est un procédé intéressant mais il est dicté par la situation amoureuse où le coeur est brisé en deux comme la ville. A la fin, le souhait de "retrouver" sa ville et son amoureux ne sera pas comblé.
Des scènes admirablement illustrées au long des mois de l'année sont évoquées par le poète qui déambule dans Beijing, la Ville recevant les confidences du Coeur. L'un et l'autre s'interpellent en un duo où l'amour éclate. Poèmes courts, sous forme de haïku qui disent la rupture et dont certains s'interrompent en chemin.
Quant au deuxième texte, Cela, il renforce l'image de la rupture où c'est le coeur de la femme qui s'ouvre à nous et confie son désarroi. C'est l'histoire de l'impossible amour surtout en raison des difficultés culturelles où l'amour semble condamné dès l'origine par la société "maudite" par la narratrice.
Cela est très émouvant, déchirant et poignant de vérité. Textes brefs et instantanés entre bruits et silences, entre présence et absence, amour et tristesse, désir et réalité. Le temps passe et mutile nos vies. Nos sens sont constamment mis en état d'alerte par ces différents tableaux qui s'ébauchent ligne à ligne en un style ou retenue et richesse se croisent avec subtilité.
Pour Lisa Carducci qui vit et travaille en Chine, la poésie est
certainement une activité capitale, car sa Ville-Coeur, écrite en forme de
calendrier, parcourt le pays immense sans quitter Beijing, passant par tous
les sentiments, toutes les surprises, tous les émerveillements et même les
déceptions. C'est passion. Comme Cela, en deuxième partie du recueil, une
longue plainte-confidence d'amour qui me touche infiniment plus que la
première.
Paul Van Melle (L'Inédit nouveau no 120, mars 1998, Belgique)
- Une très belle recension de Ville-Coeur faite par Marc Pelletier
dans Envol no 28.
« Poétesse confirmée aux nombreux recueils, LC nous annonce dès le premier vers la mise en route du poète dans
Prologue Ville où l'histoire connue dans Prologue Coeur, notre amour, devient universelle.
Suivent douze textes comme autant de mois, d'Août à Juillet. Ces textes, il faut que vous les lisiez et les dégustiez au
calme, avec la certitude de rentrer dans un monde protégé.
Illustré de quatre encres de Du Jinsu, ce texte porte en lui une langue fragile.
L'Épilogue Ville nous ramène à la nature et l'Épilogue Coeur, aux êtres.
Dans Cela, nous trouvons l'histoire d'une rencontre, d'un amour que l'on sent sans issue, condamné. Cet amour vit, se
réinvente, disparaît pour finir trans-mer, lointain et étranger.»
Thierry Clair-Victor dans la revue Jointure, Hiver 1999-Printemps 2000.

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