Pays inconnu / Paese sconosciuto
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Préface :
Ce nouveau recueil de poésie de Lisa Carducci est la confession ouverte d'une longue histoire d'amour ininterrompue. Mais c'est une poésie trompeusement intimiste : à travers les émotions (joies et souffrances), qui jaillissent du rapport amoureux, l'auteur poursuit la connaissance - ou mieux, « sa » connaissance - de lieux étonnants, de situations inattendues et diverses.
Que l'amant appartienne à « un autre monde », sûrement à un autre pays, on s'en doute. Déjà le titre « Pays inconnu », captivant et original en soi, jette une lumière nette et sans équivoque sur le contenu de l'œuvre.
Il s'agit d'une poésie charnelle, où cependant la sincère et totale matérialité des sens est poétiquement transfigurée, élevant les règles plates et crues typiques de toute passion, ou jeu d'amour, au niveau sublime, créateur et en même temps magique où l'homme se sent partie unique et indivisible de cette terra mater dont nous sommes tous les fils, de cette nature dans laquelle « rien ne se perd, rien ne se crée ».
Nous relevons une longue série de signaux emblématiques qui nous indiquent justement cette subtile métaphore, qui n'est rien d'autre que l'anxiété de vivre, l'urgence de s'identifier totalement aux habitudes les plus enracinées de la personne aimée, de les partager concrètement, enfin, comme sa façon de penser et d'être.
Lisa Carducci s'adresse constamment à l'amant en utilisant des expressions qui rappellent cette idée de la terre et l'union indissoluble entre les lieux où se déroule la scène et l'aspect physique du rapport. Nous lisons : le cocon de tes bras ; sur le socle de ton corps ; au pays de ton corps ; l'écorce de ton sexe. En outre, dans ce sens, les fréquentes références à l'activité artistique (la sculpture) sont significatives : « mes mains exercent / un métier d'argile / à même ta chair nue // de mon extase / naît un homme ».
Entre abandons et attentes, réflexions et craintes, espoirs et certitudes, la relation poursuit son développement particulier que nous pourrions définir de type dialectique : l'amour, justement parce que passionné, n'exclut pas de la part de l'auteur le désir instinctif de ne pas se lier complètement. Furtivement, la volonté demeure - et peut-être l'exigence - de ne pas céder à la passion de manière absolue, car cela pourrait comporter aussi (non seulement, mais aussi), un « égarement » de la personnalité, de sa propre « identité culturelle ». Avec une intuition et une hésitation proprement féminines, Lisa Carducci craint une « sujétion » aux raisons de l'autre. Du reste, « la mémoire sera un album / vierge » : trop différents semblent les mondes d'origine des deux amants-protagonistes, difformes leurs expériences, éloignées leurs cultures.
Il en est ainsi (qui sait ?!), et ne pourrait en être autrement. Et pourtant, l'amour, « ce » singulier et fascinant amour - reconstitué d'une style sec, limpide et immédiat - et « radiographié » pour nous avec une sincérité désarmante sous toutes ses variantes et facettes - réussit malgré tout à survivre, une fois l'étincelle allumée : le « délit de mémoire » sera vaincu « sans équivoque / au pays inconnu ».
La magie de la poésie consiste aussi en ceci : parfois, connaître un homme peut suffire à comprendre un pays, et comprendre une nation signifie « entrer » dans le cœur d'un homme.
Parce que l'amour, qu'on le veuille charnel, rationnel et/ou spirituel, reste encore le principal instrument de compréhension, d'intégration et de cohésion entre des êtres et des cultures si lointaines en apparence.
Francesco De Napoli
Cassino, janvier 2002
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