CRIS ET PALPITATIONS

Publié aux Éditions Humanitas, Montréal, 1989.

Description :

C'est la poésie du quotidien, celui des grandes villes où les émotions sont encore possibles uniquement par la magie des mots. "Le poème est le résidu de la raison criblée de lumière et de son", dit Lisa Carducci en exergue, et elle dédie son livre "À ce que Dieu m'a donné de meilleur: les Mots, l'Amour, le Monde" qui en constituent les trois parties.

Aucun poème n'est titré.

Dans Les Mots, p. 24, on peut lire:

très largement libre
beaucoup trop
avec des veines trop étroites
pour tant de sang
qui déferle comme fleuve
où tant d'images
flottent
comme trop de petits bateaux

 

Dans L'Amour, p. 43:

Ce gardénia
humble et franc
ouvre son sourire
au matin de juillet
doux et blanc
au fond du jardin
il fête en silence
sous mon regard complice
ton anniversaire

 

Et enfin dans Le Monde, p. 85:

Derrière la muraille
derrière l'armure de la peur
une fleur sans soleil
chaque matin
tente de s'épanouir

 

Critiques :

Épineux de parler de Cris et palpitations où se déploie, comme en aplats, une poésie de l'apesanteur et de l'aperçu, une intimité toute en ajours dont l'ouverture se trame de glissements ténus nous livrant, désorientés, à un substrat sans résistance, sans aspérités.

Nane Couzier, Le Littéraire de Laval



Sur la couverture, le jour brisé s'ouvre sur une femme jeune et très belle dans son extrême déchirure. Au verso, une autre femme au sourire impénétrable semble triompher de l'espace et du temps traversés, car "derrière la muraille" du désarroi, elle nous dit qu'il est "l'heure de recommencer".

Une portée de maux sur fond de nostalgie laisse s'écouler une source nourrie d'espoir. Une sonorité ludique, visualisée, teintée de simplicité chante et module "les mots, l'amour, le monde", comme une symphonie inachevée.

Une force, une ardeur tranquille anime la poésie de cette auteure qui à chaque page intensifie l'émotion. Le sentiment blessé qu'elle nous fait partager nous est offert sans agressivité. Dans l'ombre fugitive de l'être aimé s'exprime une souffrance intime. Solitaire, elle assume sans amertume le sourd malaise avec noblesse et courage; et la vie intense qui surgit en elle l'emporte toujours bien plus loin que la mort, "entre brunante et aube", dans des villes ensoleillées où à chaque détour surgit du souvenir le chagrin tantôt à vif, tantôt adouci de joie passagère. C'est l'omniprésence de l'amour dans l'absence de "l'autre". "Je chante les chansons / que pleure mon amour". Parfois tragique, un monde de beauté explose pour exprimer ses contradictions:

Ton rire
comme pluie de fleurs jaunes
dans mes cheveux sauvages

Ton rire
comme avalanche de papillons
dans la liquide pénombre"

 
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Oeuvres de Lisa Carducci