Publié aux Éditions Médiaspaul, 1999.
Description:
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Pourquoi avons-nous arrêté de prêter à des rites remplis de symboles qui nous révélaient notre inconscient et nourrissaient notre vie spirituelle? Personnellemt, je refusais le sacré que l'on me présentait, car il provoquait une division dans mon être: d'un côté, le corps, de l'autre, l'esprit. Le rituel de l'écriture m'a réunie. Écrire me reliait à ma source intérieure et favorisait la réconciliation avec les moments chaotiques de la vie.
Toucher le divin en Soi Mes recherches sur l'évolution de l'écriture autobiographique à travers les siècles et sur la perte du sens du sacré dans les rituels m'ont amenée à rédiger ces récits. Je m'intéresse surtout au rituel le plus désacralisé de notre époque: le rituel de l'amour. Si nos rites religieux négligeaient notre corps, en revanche, nos rituels amoureux ignorent notre âme. Ma quête, à la fois humaine et spirituelle, se nourrit du désir de toucher le divin en Soi.
Extrait:
L'été en février
Pour contrer la dépression habituelle de février, je suggère à mon mari de prendre l'avion, d'évacuer l'hiver du revers de la main et de retrouver l'été pendant deux semaines. Je le supplie de tenter ce «rituel» toujours miraculeux. Comme les agences n'ont plus rien à vendre, il ne nous reste plus qu'à nous rendre en Floride en auto.
Nous revenons désenchantés de notre séjour au bord de la mer. Des vacances manquées. Un rituel qui n'a jamais touché l'âme. Nous avons pourtant fait beaucoup d'activités ensemble. Nous avons joué au tennis sans nous sentir ragaillardis. Nous nous sommes gavés de soleil sans nous réchauffer. Nous nous sommes reposés sans retrouver notre énergie. Nous avons visité de beaux endroits sans avoir été éblouis. Nous avons dégusté de bons mets sans nous nourrir. Mon fils s'est cassé un coude en rouli-roulant. J'ai refusé d'y voir un signe quelconque. Ce n'était qu'une coïcidence. On allait en prendre soin, voilà tout. Il a été opéré à Fort Lauderdale, où il a passé la nuit à l'hôpital. J'en ai profité pour approcher mon mari. Il n'aime pas la femme que je deviens, dit-il. Ma carrière le dérange. D'une part, il me blâme de ne pas gagner assez d'argent et, d'autre part, de trop travailler. Il repousse non seulement la main que je lui tends, mais toute ma personne.
Sous le choc, je paralyse. Aux prises avec la douleur, je serre les dents. J'ignore que j'emmagasine ainsi toute ma peine. Je fais comme s'il m'aimait encore. Je vague à mes obligations comme s'il ne m'avait pas blessée, comme s'il n'avait rien dit. Dans l'entaille, mon sang se fige toujours. C'est mon moyen de défense. Plus tard, je le laisserai couler goutte à goutte sur la page blanche et je me rendrai compte des proportions de la coupure. J'encaisse la douleur à petites doses dans mon journal. Mon coeur crie:«Je n'ai pas envie d'aimer après la journée de travail, le lavage, la préparation des repas, les devoirs scolaires et les exercices de piano.» J'ai la maison à ranger, les comptes à payer, la salle de bains à désinfecter. Lorsque je m'arrête, il est neuf heures. Monsieur, lui, a dégusté un repas chaud, a lu un livre, a écouté de la musique. J'ai soif d'être bien accueillie moi aussi. Je me meurs d'être aimée. Ça l'énerve que j'écrive mon journal. Il ne me demandera jamais de le lire.
Allons-nous surmonter cette étape, me demandai-je, en traversant la ville de New York où nous avons vécu nos premiers ébats amoureux? Mon mari finit par ouvrir la bouche. Pages 159-160
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