La Nouvelle du Haut St-Francois, le 5 mai 1982, écrit le roman se résume ainsi: " une femme étranglée et mutilée sexuellement. Le crime a-t-il été commis par un fou ou un sadique ? Les femmes du quartier ont peur. Parmi celles-ci, Louise, serveuse dans un restaurant. Elle vit avec ses deux chats, entourée de ses voisins: Roland, prisonnier d’une chaise roulante, dévoré par une vie secrète; Victor, un jeune professeur de maths aux idées plutôt nettes madame Gauthier, qui a la langue très bien pendue; Valérie Langlois, qui n’apprécie pas du tout qu’on passe dans "sa " cour. Autour de ces personnes quelque peu étranges s’ébauche une histoire à la fois loufoque et tragique. Les meurtres se succèdent, suscitant chez les occupants de l’immeuble la panique et la paranoïa certes, mais aussi de multiples stratagèmes puisque, paraît-il, l’invention naît du besoin "
Dans la série Audiolivre, nous pouvons trouver le texte intégral sur 4 cassettes totalisant 5 h 30 d'écoute. Le texte est lu par Albert Pallascio.
Bibliothèque nationale du Québec
EXTRAITS:
Le lendemain, Louise ne travaillait pas mais elle se leva quand même tôt. Elle alla acheter les journaux qui ne lui apprirent pas grand-chose de plus on poursuivait l'enquête, on croyait à un crime de sadique, l'autopsie avait révélé que la jeune femme avait été mutilée sexuellement après avoir été étranglée. Un éminent psychiatre déclarait que les mutilations infligées à la victime indiquaient qu'on avait affaire à un psychopathe ; un individu probablement impuissant que sa carence avait exacerbé. Le cas n'était pas sans rappeler celui de l'étrangleur de Boston. Cela ne voulait pas dire pour autant qu'il allait répéter son geste ; le meurtre pouvait être un instant de délire dans sa vie. Un instant unique. On signalait aussi qu'il était possible que l'auteur du meurtre de Jeanne Lesboens ait récidivé, deux ans plus tard, les mutilations étant étrangement similaires.
On ne l'avouait pas franchement mais les paris étaient ouverts ; certaines personnes croyaient que les autorités policières étaient beaucoup plus fortes qu'on ne le pensait et que le meurtrier serait arrêté sous peu, certaines personnes étaient persuadées que l'assassin coulerait des jours heureux sans être inquiété et certaines étaient sans opinion.
Parce qu'elle était d'humeur joyeuse ce matin-là, Louise décida de porter le quotidien à son voisin. Auparavant elle déjeuna. Le déjeuner était pour la jeune femme un moment privilégié : on pouvait en profiter pleinement parce qu'il n'était rien arrivé de fâcheux, encore, dans la journée.
C'était aussi un grand moment d'intimité avec Mozart et Rose qui déjeunaient avec elle. Beaucoup de chats aiment les omelettes au jambon et au fromage. Ils grimpaient sur la table de la cuisine et mangeaient à ses côtés en ronronnant. Louise aurait adoré ronronner, cela semblait si agréable. Elle miaulait pour se faire comprendre de ses chats mais elle ne réussissait pas à ronronner. N'est pas chat qui veut. Elle se fit le plaisir de ne pas laver la vaisselle tout de suite. Elle s'alluma une cigarette--ce qui lui arrivait rarement--, la fuma en buvant son café instantané, elle chercha psychopathe dans le dictionnaire et l'explication lui parut bien succincte. Elle éteignit sa cigarette, mit le cendrier dans l'évier de la cuisine, troqua ses pantoufles contre des souliers et sortit.
Son voisin parut plus qu'heureux de la voir. Il n'avait pas déjeuné mais il n'avait pas faim et prendrait seulement un café, Si elle voulait bien l'accompagner
« Pourquoi pas ? »fit Louise.
« Alors quelles nouvelles ?
--Rien. Ils savent pas ? Qu'est-ce que ça veut dire psychopathe ? »
Il haussa les sourcils
« C'est écrit dans le journal ?
--Ouais. Ça veut dire quoi ?
--Pourquoi tu me demandes ça ?
--J'sais pas, tu lis tellement, tu dois savoir ce que ça veut dire.
--C'est quelqu'un qui est atteint de troubles mentaux.
- Ah! »
Louise avait l'air déçu. Roland releva la tête, il avait parcouru l'article du quotidien.
«Je ne trouve pas ça lumineux comme explication. Je me demande même si l’entrevue avec le psychiatre n'est pas fictive. »
Louise était fort étonnée :
« Pourquoi ils l'auraient inventée ? »
Roland sourit.
« Ne m'écoute pas, je dis n’importe quoi »
(pages 33 à 35)
Roland avait suivi Nadia lorsqu’elle avait quitté le bar. C'était une chance qu'il se soit souvenu du bar qu’elle fréquentait : L’Épiderme. Elle lui avait assez cassé les oreilles le jour où il l'avait rencontrée alors qu'elle accompagnait Louise. Elle aimait danser ? Eh bien, elle danserait. Et ce qui ne gâchait rien, c'est qu'elle était blonde. Une peau souvent fragile que celle des blondes.
Il marcha derrière la jeune femme pendant quelques instants puis il la devança et s'arrêta net devant elle lorsqu'elle se trouva à la hauteur d'une entrée de cour, sombre et heureusement déserte. Il était une heure du matin. Il l'aborda en lui demandant si elle avait du feu. Il lisait une interrogation craintive sur son visage.
Il lui sourit longuement. Elle le regardait comme si elle ne le reconnaissait pas.
« Alors, tu ne te souviens pas de moi, Nadia ?
- Vous, vous devez vous tromper, balbutia-t-elle.
--Je ne me trompe jamais. Roland ne se trompe jamais.
- Ah Roland » Le visage de Nadia s'éclaircit « Mais tu es guéri ? Tu marches ?
J'en reviens pas
--Oui, c'est très agréable. Je suis bien sûr que tu vas comprendre que j 'ai envie de toi après tous ces mois de chasteté... »
Il la prit par les poignets en disant ces mots. Elle tenta de l'éviter mais il était plus rapide qu'elle.
« Lâche-moi !Lâche-moi ! Je suis trop fatiguée ce soir.
-Ce n'est pas grave, j'ai de l'énergie pour deux »
Il éclata de rire. Il la fixa droit dans les yeux et put y lire qu'elle avait enfin saisi qu'il s'agissait d'un viol. Elle allait crier lorsqu'il la frappa à la tempe. Elle s'écroula. Il
l'entraîna dans la cour et se jeta sur elle. Il lacéra les vêtements pour la dévêtir, empoigna brutalement ses seins et assouvit en elle un désir dément. Il ne résista pas à l'envie de lui taillader le visage et la poitrine. Il regrettait seulement de devoir faire vite.
Ce n’était pas aussi bien que ce qu’il faisait habituellement.
Quand Louise arriva au restaurant le lendemain, elle remarqua que Johanne avait l’air particulièrement surexcitée. Elle attendait Louise en tenant un journal ouvert devant elle. Elle était pâle :.
« Louise !Louise ! » Johanne criait : «Il a tué Nadia !»
Louise frémit :
« Nadia ? Où ?
- Juste à côté de la tabagie ! À une rue d’ici. Je pense que je vais croire Nadia ! Nadia ! C’est pas vrai !»
Johanne se mit à pleurer en tremblant. Louise ne dit rien. Il n'y avait rien à dire. Elle se sentait engourdie.
Elle prit le journal et lut.
« Tard dans la nuit, les policiers de la Sûreté du Québec ont découvert le corps d’une jeune femme de la région. Il s'agit de mademoiselle Nadia Trenneau, 23 ans, de la rue Jean, à Limoilou. La victime a été sauvagement assaillie ; le meurtrier l’aurait mutilée après l'avoir violée. Le vol ne semble pas le motif de l’agresion. Les enquêteurs songent évidemment au meurtre de Pierrette Beaulieu-Paré. S’agit-il du même assassin ?
Un fou criminel dans la ville ? »
S'agit-il du même assassin ?
(pages 43 à 45)
Critique:
Réginald Martel, dans la Presse du 2 juillet 1983 p.B 2 dit:
« Ce n’est pas d’abord la qualité de l’écriture, encore qu’elle soit plus qu’acceptable, qui fait la qualité de ce roman: c’est plutôt cette technique d’approche et de recul d’essai et d’erreur par laquelle Madame Chrystine Brouillet parvient à mettre en place tous les éléments de son puzzle, sans rien négliger de ce qui est essentiel, sans se perdre dans le détail inutile ( sauf pour le trait psychopathologique cité plus haut ). Le résultat, c’est que le lecteur a l’illusion de participer à la confection de l’oeuvre, en cherchant au fil des pages à interpréter les événements, à les prédire ou à les expliquer s’il y a lieu. Lire ainsi,... c’est lire avec plaisir. »

Oeuvres de Chrystine Brouillet
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