Massawippi

Publié aux Éditions Hexagone, 1992, 64 pages.

 

Description:

MASSAWIPPI renoue avec le poème-manifeste. Une immense colère emporte ce réquisitoire contre la confusion où s'engloutit le Québec. La révolte du poète porte sur l'ensemble des aspects du vécu, avec une maturité d'expression qui se manifeste dans la précision des accusations et l'étendue des références historiques, sociales et culturelles.

Dans ce poème, qui parle assez fort pour percer le mur de l'indifférence, France Boisvert dit son insoumission aux choix politiques qu'on propose à la génération née avec la Révolution tranquille. Refus du statu quo fédéralo-canadianiste et de la
« souveraineté-dissociation »; illustration des lieux où se répandent la militarisation, la déculturation et l'intolérance; dénonciation du système d'enseignement et de la perte de la langue française: ce poème montre les signes distincts d'un pays qui se désintègre.

Quatrième de couverture


Extrait:

Le français au secondaire

« Bardée d'enthousiasme j'ai tenu tête
fait tous les cours requis passé les tests
devenue métal par volonté de feu
et quand un poste s'est ouvert
j'ai défoncé la porte close.

Trente ans premier emploi
des lumières courent au ciel
plus bas le temps s'élance
au-delà des siècles
ces galaxies verticales
j'ai vaincu l'inertie par l'envol
mille miettes de parures d'or
ma tête pleine de plumes colorées
l'âme millésimée de bouquet éclatant
j'ai un destin rouge apache
j'enseigne le français au secondaire
hasard amérindien.

Ici au Québec dix ans à l'aube de l'an 2 000
dans La Presse de Montréal du 24 février 1990
1 375 142 analphabètes de seize ans et plus
et à mot couvert dans les écoles
on sait 40% de décrocheurs de seize ans et moins
la langue se perd.

Ne reste que la pulsion des parlures
or le sens sommeille sous les signes
se trace dans la courbure des pharynx
et sur les ailes du nez
ses traits jusque-là farouches et fiers
le fragment s'écaille doucement
rouges lambeaux des peaux fanées
roulés par le vent des Appalaches
qui balaie de son souffle les cités perdues.
(...)
qui sommes-nous
francophones sans le français
dans l'anglais des autres
ici maintenant plus tard. » (p. 46)

« Lord Durham, nous n'étions pas un peuple inculte.
Analphabète fonctionnel, peut-être.
Inculte, jamais.
(...)
« Quand la balance des prescriptions ploie
sous l'avalanche des diagnostics
la maladie dépasse la capacité d 'une population
à redevenir en santé mentale
on appelle cela burn-out brûler s'éteindre
c'est selon question de tempérament
cela varie dit-on
mourir à petit feu
la braise à l'envers cela paraît moins
prend plus de temps
personne ne crie aux armes à la famine
tout reste sous contrôle de l'Empire
les médecines douces et dures fluctuent
on n'en finit plus de payer
de se faire piler sur les pieds
l'argent coule la langue s'assèche. » (p. 51)

« En attendant l'éveil
les oiseaux mirent leur vol gracieux
la surface s'imprègne de leurs ailes rondes
un lac n'est jamais seul et fol cet amour
tu ne mourras plus nous serons deux
ensemble. » (p. 62)

Oeuvres de France Boisvert
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