Après une traversée houleuse sur le Fleuve Bleu, Li Tsing-tao, réécrivaine fraîchement diplômée, découvre Tien-Tsin, ville sous globe de verre et parfait emblême de la quadrature du cercle. De son côté, le batelier Kouah Pan-long, las du roulis, met pied à terre une fois pour toutes.
Dans cet Empire du Milieu où ils se trouvent, la vie est gaie mais rigoureuse. Le mandarinat règne encore sur les lettres, et c'est dans un climat zen qu'on y préside à tout commerce amoureux. Du reste, dans ce pays hiérarchisé, le mariage ne représente-t-il pas la consécration administrative par excellence?
Avec ce conte plutôt insolite et excentrique, écrit en vers libres où alternent tercets et quatrains que rythme le couple yin et yang célébrant leurs noces, France Boisvert continue d'innover et de faire entendre la voix la plus singulière de la littérature actuelle.
Quatrième de couverture

« Je suis la soeur du Vent
à la bouche rouge perlée d'écume.
J'ai les yeux émeraude luisant de khôl.
Je marche ma vie sur papier,
dis sans relâche les mots,
prononce toutes les syllabes.
Je laisse les sons m'enluminer,
à l'instar des vieux chants familiers
où l'ombre détourne sa propre vie. » (p. 28)
Le mandarinat dans l'Empire du Milieu
« Les mots que l'on imprime
ne signent pas l'éternité.
La vérité n'a pas d'auteur.
Repli secret de l'envers,
à la fois plurielle et multiple,
l'ombre émerge de l'insécable.
Chacun est roseau pensé.
Rapporteur d'angle réduit.
Objet d'horizon limite.
Ce qui sert d'horizon s'use.
C'est la voie du périssable.
Ce qui n'a pas de voie périt aussi.
Les mots perdent la raison.
Hasard des références déliées.
La langue est un péril constant. » (p. 77)