L'or des fous
Publié aux Éditions Triptyque, 2004.
Roman

Lauréate du prix Prince-Maurice 2005, pour ce roman.
Description :

Deux enfants, patiemment, travaillent à libérer la pierre de son trésor, ils collectionnent les petits cubes de pyrite de fer qu'ils croient être de l'or. De plus, lors d'une fugue, le garçon découvre dans une mine désaffectée un autre trésor composé de pierres multicolores. Ainsi ils commencent à élaborer leur collection de pierres qui leur donnera l'illusion de se mettre à l'abri des agressions paternelles, car dans cette famille tout est prétexte à l'explosion du père, et les deux enfants du milieu en font les frais. De leur collection naîtront des histoires insolites, un vocabulaire hermétique pour s'isoler du reste de la famille. Mais surtout elle leur fournira des mots pour nommer et ainsi exorciser leur mal.
Ce roman sombre, écrit comme une tragédie, plonge le lecteur au cœur de la violence familiale. À travers certains épisodes de l'enfance et l'adolescence des deux jeunes, on suit leur parcours douloureux. Leur monde imaginaire parviendra-t-il à les sauver ? Tout ne serait-il qu'illusion, tel l'or des fous ?



Extrait :

« Avec des mots nouveaux, ils étudient aussi leur corps. Leurs veines sont des filons de cuivre, leurs dents du quartz, leurs ongles du mica. C'est elle la première qui demande à ce qu'il enlève ses vêtements. Elle veut revoir son dos, ses fesses, ses cuisses meurtris. Oh ! Oh ! Et elle va chercher la roche, celle que son frère affectionne par-dessus tout et qu'il n'a pas fini d'identifier. Elle y retrouve les bleus, les turquoise, mais surtout les mauves, les rouille, les bruns presque ocre. Ton dos est comme ta roche, tes fesses aussi… Elle est médusée. Elle désigne à son frère la partie rougeâtre sur la pierre, il dit Fer. Elle promène son doigt dans son dos tout le long de la partie rougeâtre et elle dit Fer. Elle lui montre le vert et il dit Cuivre. De ses paumes, elle prend la mesure des ecchymoses turquoise ou bleu-vert et elle répète Cuivre. Elle indique le jaune de la pierre, il dit Soufre. Sa main lisse la large bande jaunâtre qui descend sur ses côtes et elle chuchote Soufre. Puis, dans son poing, elle présente la roche entière et il dit Bornite. Elle se penche sur la plaie de sa cuisse recouverte d'une gale brune et richement colorée de ses ecchymoses tout autour, pose ses lèvres et murmure Bornite. Il ferme les yeux et il dit Encore. Pendant qu'elle promène ses doigts, ses mains, son souffle sur sa peau colorée, tout au long de son dos, de ses fesses, de ses cuisses, il revoit le faisceau de sa lampe balayer sa fresque là-bas dans la caverne et il murmure les noms après elle, comme un chapelet dédié à la beauté révélée du monde.

Ainsi commence le vocabulaire de leur corps. » (page 92)

Michel Gosselin dans le mensuel Visage de octobre dit à propos de ce roman : « Avec L'or des fous, Lise Blouin réussit à rendre la lecture de son roman presque insoutenable tant nous assistons impuissants à la tragédie qui se joue devant nos yeux. Comme les jeunes protagonistes, nous voudrions qu'ils s'échappent de cette enfance de violence, mais l'auteure approfondit sa problématique jusqu'aux portes d'une haine vengeresse. Roman immense tant par sa facture littéraire que par son propos empreint de vérité. Une œuvre bouleversante. »

(Visages, octobre 2004)

Suzanne Giguère dans Le Devoir écrit : « Deux cent soixante-cinq pages bien tassées, une histoire racontée « comme un ressort bandé dont personne n' aurait tenté d'enrayer le mécanisme ». Une écriture précise, hachée, emportée. La souffrance rugeuse et muette de deux enfants battus mise en images fortes. »

(Le Devoir, 15 et 16 janvier 2005)

Ce roman s'est mérité dès sa sortie le prix Alfred-Desrochers 2004 de l'Association des auteurs des Cantons-de-l'Est. Lors de la remise du prix, la présidente du jury déclare avoir l'honneur de décerner le prix à ce roman : « …pour la cohérence sans faille du récit et la maîtrise d'écriture dont son auteure a fait preuve ; pour le traitement à la fois délicat et sans complaisance du thème de la violence parentale et ce contraste soutenu entre la dureté du père et la tendre alliance du frère et de la sœur ; pour la formidable inventivité langagière de ces enfants de la misère et tous ces mots d'ailleurs venus bercer leur rage, leur impuissance ou leur désespoir ; pour la poésie qui coule entre ces pages comme une eau fraîche entre les rochers millénaires. »

Articles parus dans différents journaux ou revues à propos de ce roman :

 
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