Les fleurs de Lyse

Publié aux Éditions JCL, 2002, 511 pages.
Roman à saveur historique


Description :

Roméo Tremblay, paisible retraité, aborde les années 1960 avec la sérénité d'un grand-père désireux d'aider ses petits-fils dans leur entreprise musicale. Du groupe instrumental les Sandales, les jeunes gens deviennent une formation vocale, les Indésirables, avec l'arrivée d'un mystérieux chanteur surnommé Baraque Bordeleau. Personnage excessif, le jeune homme entretient avec Roméo une relation faite de secrets et de respect.
La carrière des Indésirables, au son d'un rock sans compromis, se rythme au flot des conseils sages de Roméo, qui devient le grand-père à gogo de la nouvelle génération. Mais les changements sociaux du Québec et la contre-culture américaine finissent par tuer les illusions de Roméo, de Baraque Bordeleau et de son meilleur ami, le guitariste Robert Gingras. Mais, comme dans un conte de fée psychédélique, la bonne étoile rock and roll viendra apporter un peu de sagesse à Robert, au moment où il s'apprête à envisage sa vie d'adulte.
Le début des années 1970 n'est guère encourageant pour Roméo, qui vient de perdre son épouse Céline. Son petit-fils Clément décide de récupérer à son compte l'ancien restaurant familial Le Petit Train, qu'il transforme en café pour étudiants, avec un nom bien de chez nous : La Pitoune. Clément engage Lyse, jeune cuisinière hors pair, fière québécoise et personnage hors du commun. Bien vite se greffe à la première clientèle de La Pitoune une faune hétéroclite de jeunes désœuvrés où l'on reconnaît un poète sans inspiration, un chansonnier régionaliste, un chômeur syndicaliste, un groupe folklorique, un directeur de théâtre improvisé, un ancien vendeur d'assurances qui vient de redécouvrir Dieu, sans oublier une grosse chatte baptisée Acide.
Roméo Tremblay n'est pas très à l'aise parmi ces chevelus radicaux, jusqu'à ce qu'ils lui viennent en aide pour faire reconnaître publiquement les peintures de sa défunte sœur Jeanne, artiste des années 1920. Alors, le vieillard Roméo « prend un coup de jeune » alors que les jeunes « prennent un coup de vieux », après l'élection du Parti québécois, en novembre 1976.
Avec Les Fleurs de Lyse, Mario Bergeron présente avec humour et ironie un portrait caricatural de la culture de la jeunesse des années 1960 et 1970.



PREMIER EXTRAIT :

« Après le nord de Montréal, nous parcourons les Cantons de l'Est à deux reprises, la région de Québec, et nous montons jusqu'à la Champatek de Chicoutimi. Nous nous produisons dans les endroits les plus improbables, les plus petits. Mais comment oublier Anse-Saint-Jean, où nous avons appris à jouer Satisfaction devant la juke-box de la salle de loisirs afin de l'interpréter le soir même, alors que Baraque ne savait pas du tout les paroles des couplets, les remplaçant par des aboiements. La fin de chacun de ces voyages mouvementés me rapprochait de Julie et de l'île Saint-Quentin, comme si nous avions établi un rituel pour tous ces retours qui se terminent contre le même arbre à nous embrasser, chaque baiser la faisant toujours chanter doucement.
C'est contre cet arbre, à la fin d'août, que Julie et moi sommes devenus discrètement plus intimes. Comme un enfant satisfait, j'ai eu le goût de poser ma tête contre sa poitrine et de sucer mon pouce. Amoureux, soudés, reliés, unis à la promesse folle que c'était pour toujours, nous avons parcouru la plage de l'île une dernière fois, moi et mes cheveux longs, elle et son blue-jeans. Tous les jeunes autour de nous semblaient tristes, presque les larmes aux yeux, après avoir vécu leurs seize ans comme nous : au soleil, les pieds dans la sable chaud, avec les transistors et le palmarès, les ballons, les vagues du fleuve. L'école nous attendait. Nous avons dit adieu à la plage, à l'été 1965, avec l'espoir de tout recommencer l'an prochain. »
(Pages 116 et 117)

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE :

Sans le savoir, au cours de l'été 1965, les Indésirables vivent leurs plus beaux moments comme musiciens, alors qu'ils se produisent dans des salles de loisirs de différentes plages du Québec. Le guitariste Robert et son amoureuse Julie ont pris l'habitude, à chacun des retours du groupe à Trois-Rivières, de se rendre à la plage de l'île Saint-Quentin, où leur amour grandit au son de la joie insouciante des autres adolescents de leur âge.. Cet extrait marque la fin de cet été 1965. Tout ce chapitre, « Nous, les jeunes », est en réalité une paraphrase du texte de la chanson Blue-jeans sur la plage, 45 tours à succès des Hou-Lops, et magnifique portrait de la jeunesse québécoise du milieu des années 1960.

DEUXIÈME EXTRAIT :

« Lyse a entre les mains une Marie magnifique qu'elle observe minutieusement. Roméo la reprend, puis explique à la cuisinière que son père était un grand artiste de la sculpture sur bois, pouvant créer des jouets miniatures ou des objets de grand format. Mais Joseph Tremblay n'a jamais exposé dans les galeries d'art. Il sculptait pour donner à ses enfants ou pour vendre dans son magasin général.
Les enfants de Roméo sont heureux de doucement agencer la crèche dans ce lieu si cher à leur cœur et à celui de leur père. Même Maurice, qui avait négligé et abandonné Le Petit Train, ne peut que se sentir fier du succès de l'entreprise du fils de son frère Christian. Ils entourent Roméo qui, sans le savoir, leur donne une bénédiction paternelle : « Mes enfants, vous rendez la vieillesse de votre père bien douce par votre présence et celle des petits que vous nous avez donnés, à Céline et à moi. Sachez que votre mère, tout là-haut, dans le ciel du bon Dieu, vous accompagne, comme autrefois, dans chacun de vos gestes en cette belle journée pour notre famille. Ayez aussi une pieuse pensée pour votre frère Gaston, décédé si cruellement il y a déjà si longtemps. Soyez heureux, mes bons enfants, et joyeux Noël. »
Les autres personnes âgées en ont autant à raconter. Elles arrivent à La Pitoune avec un trésor d'autrefois déniché dans un grenier, où il ne servait à rien, mais qui reprend vie sous les regards intrigués des enfants du quartier. Tout est tellement beau cette année à La Pitoune que même un photographe du journal Le Nouvelliste se présente pour immortaliser ces liens d'amitié et de respect entre plusieurs générations de Trifluviens, qui cherchent à marier en harmonie la tradition et le contemporain.
Personne à La Pitoune ne se doutait que tant de douceur allait brusquement s'assombrir par le suicide de leur ami Jésus Toupin, ce gentil cinglé dont tout le monde se moquait, tout en l'aimant beaucoup. C'est Dur, venant le chercher pour la fête du 24, qui a découvert le corps, avec sur la table de cuisine le message : « C'est trop difficile vivre loin de Dieu. Je dois absolument être près de Lui pour Noël. Pardonnez-moi, mes saints amis, et que le Seigneur vous protège. Nous nous reverrons au Paradis, où je vous attendrai près du Maître suprême. » Les jeunes de La Pitoune, atterrés, stupéfaits, silencieux, sentent au plus profond d'eux-mêmes cet héritage de leurs parents, cette force qui a maintenu francophone le peuple québécoise, et même s'ils refusent et condamnent ce legs, en ce jour de douleur, ils s'agenouillent devant la crèche de Joseph Tremblay, les yeux mouillés, joignant leurs mains devant l'enfant Jésus apporté par les amis de Roméo.»
(pages 471 et 472)

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE :

En décembre 1978, Roméo Tremblay, âgé de 82 ans, réunit ses enfants au café La Pitoune, afin de préparer la crèche de Noël, œuvre artisanale de son père Joseph. Les enfants et les personnes âgées du quartier se joignent à eux et aux jeunes habitués du lieu pour leur donner un coup de main. Mais la triste nouvelle du suicide d'un de leurs amis leur fait soudainement retrouver des racines oubliées. Ce passage, comme bien d'autres de la seconde partie des Fleurs de Lyse, se veut comme le pont entre différentes générations, en cette décennie 1970 de fierté québécoise.

CRITIQUES :

« Comme toujours, Mario Bergeron maîtrise son sujet avec doigté et précision ; il intègre subtilement les événements essentiels de l'époque. L'auteur étonne toujours grâce à un style limpide et un souci des détails pertinents qui retiennent l'attention du lecteur pendant cinq cents pages.»

(Alain Dassylva, Progrès-Dimanche, Chicoutimi, 7 juillet 2002)

«Tout un pan de la culture québécoise est livré dans ce roman de Mario Bergeron. Avec un fond d'histoire trifluvienne et québécoise très intéressant et rafraîchissant. Les caractéristiques attribuées à certains personnages les font sortir de l'ordinaire et ne peuvent provoquer que des rires chez les lecteurs.»

(Louise Michaud, Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 10 août 2002)

«Je reconnais que le romancier a un style vivant, que les descriptions de ses personnages sont bien réussies et que les effets de contrastes demeurent souvent de belles trouvailles.»

(Paul-François Sylvestre, L'Express, Toronto, 27 août 2002)

«La plus grande partie du roman raconte les pérégrinations, les espoirs, les joies et les aventures d'un groupe fictif : les Indésirables. On y suit cet orchestre peu reposant depuis l'apprentissage des premiers accords de Misirlou jusqu'au démembrement de la dernière incarnation du groupe. Un personnage étrange, sorti de nulle part, Baraque Bordealeau, viendra donner à leur odyssée un tour imprévu.»

(Richard Baillargeon, revue musicale Rendez-Vous, édition 2002)

«Cette histoire pourrait faire l'objet d'un bon téléroman. Les textes se lisent comme un scénario et il est facile d'imaginer les personnages évoluer au petit écran.»

(Josée Corriveau, Québécor, 24 octobre 2002)

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