Contes d'asphalte

Publié aux Éditions JCL, 2001, 522 pages.
Roman à saveur historique


Description :

Contes d'asphalte, comme tous les livres de la série, est en réalité constitué de deux romans réunis en un seul volume. La première partie se déroule entre 1947 et 1949, alors que Carole Tremblay, fille de Roméo et intellectuelle toujours insatisfaite, est employée comme enseignante d'une école primaire du quartier Sainte-Marguerite. C'est là qu'elle rencontre Romuald Comeau, simple ouvrier, qui lui apportera enfin la paix du cœur, qui aidera aussi Roméo à redonner un sens à sa vie. Dans la seconde partie, de 1955 à 1963, Martin Comeau, premier fils de Carole et de Romuald, vit sereinement une grande enfance remplie d'aventures urbaines, où déborde sa très grande imagination. Il a des relations de complicité chaleureuse avec son grand-père Roméo.

Contes d'asphalte est le premier roman de la série à mettre en vedette un personnage qui a réellement existé : le curé Louis-Joseph Chamberland, responsable d'une fantastique œuvre humanitaire : une coopérative d'habitation ouvrière, dans le quartier Sainte-Marguerite de Trois-Rivières. La première partie est avant tout une superbe histoire d'amour et une grande leçon d'humanité, d'altruisme et de désir de dépassement.
La seconde partie est un extraordinaire hommage à la naïveté de l'enfance, teinté de tendresse et d'un humour rafraîchissant. Rires et larmes assurés !



PREMIER EXTRAIT :

Le jour de la rentrée scolaire, Carole se lève très tôt afin d'éviter la suggestion de son père Roméo de la reconduire à l'école. Carole a le goût d'être seule, de ne pas l'entendre faire ses recommandations. Elle monte dans le second autobus de la journée, certaine qu'il sera à peu près vide. Une fine pluie arrose mélancoliquement cette matinée grise de septembre. La voilà face à l'école silencieuse qui, dans peu de temps, sourira aux humeurs des écolières et reprendra vie pour les prochains mois, après un long « hivernement estival. » Lors des réunions du mois d'août, Carole a entendu les enseignantes se plaindre de la petitesse de la bâtisse, de l'inconfort de leur salle de détente, et mêmes des « petits monstres criards » à affronter en septembre. Carole s'était dit qu'il fallait être vraiment dépourvu de conscience professionnelle pour qualifier ainsi les enfants.
Carole entre dans l'école et entend de loin les Filles de Jésus s'activer dans la grande salle de récréation. Elles placent des tables. Carole s'offre pour les aider. « Non ! Non ! Reposez-vous, mademoiselle Tremblay ! » Carole soupire devant l'éternel sous-entendu à son infirmité. Elle marche vers une fenêtre et voit les premières fillettes arriver dans la cour. Elle se sent soudainement nerveuse. Une religieuse vient la chercher, pour lui désigner sa table, où seront appelées ses élèves. Les mères se présentent en connaissant déjà le nom et la réputation des maîtresses. « Qui est la nouvelle ? Elle paraît bien jeune. Elle n'est pas de la paroisse. Vous avez vu ? Elle marche avec une canne, la pauvre ! » de chuchoter les mamans. Sœur Angèle invite certains des enfants à se mettre en rang devant la table de Carole. La nouvelle enseignante se lève, met la main sur sa canne, sourit aux petites, qui reculent d'un pas en voyant que leur maîtresse est une infirme. Mais, d'un autre côté, elles sont enchantées de constater que leur première institutrice est jeune, qu'elle n'est pas une vieille fille grassouillette au visage de bouledogue. Après la prière du matin, les enseignantes se rendent à leur salle de classe avec leurs élèves.
« Suivez-moi, les enfants. Et regardez bien où est votre classe. Gardez le silence, s'il vous plaît » Les petites chuchotent, malgré la demande de Carole. Elle se retourne et les somme de se taire. Carole les place par ordre alphabétique, puis dispose les plus menues face à son bureau et les plus grandes dans le fond du local. Cette tâche terminée, Carole est prête à leur offrir le discours de bienvenue qu'elle mijote depuis deux mois. Mais elle ne peut compléter sa première phrase, interrompue par une fillette qui crie : « Maman ! J'veux plus ! » Quinze minutes plus tard, les enfants n'obéissent plus à sa consigne et tournent violemment les pages de leurs livres, à la recherche d'images. Une grande rousse réclame à hauts cris d'aller à la toilette. Ça ne fonctionne pas du tout comme Carole avait prévu ! Du tout !
Voici le temps de la récréation. Carole a un mal fou à les faire tenir en rang. Une religieuse arrive et dit à Carole de ne pas se fatiguer, qu'elle prendra soin des élèves pendant cette pause. À bout de nerfs, Carole lui ordonne de lui ficher la paix. De retour après quinze minutes, les petites ont le goût de continuer à jouer. Carole vient bien près d'exploser d'une colère pas très sage. Puis, elle leur annonce que monsieur le curé Chamberland va venir les voir. Alors, immédiatement, par enchantement, ces trente diablesses se transforment en anges blonds et purs, après avoir brièvement chuchoté leur excitation : « Monsieur le curé va venir ! Oui ! Monsieur le curé ! » À l'extérieur, le ciel s'obscurcit et un coup de tonnerre inattendu fait hurler et pleurer de peur une petite fille, qui ne vient pas à bout de se calmer. Carole se dit qu'on ne lui a pas enseigné une telle situation à l'École normale… Le soleil revient aussitôt que le curé Chamberland entre dans la classe, accompagné par sœur Angèle au large sourire, mais aux yeux un peu malicieux quand elle regarde furtivement Carole. Les enfants se lèvent à l'unisson pour saluer leur pasteur.

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE : Le rude passage de la théorie de l'École normale à la réalité d'une véritable classe d'enfants de première année ! Carole l'intellectuelle, à son premier jour comme enseignante, a un mal fou à se faire entendre, particulièrement parce que tout le monde remarque qu'elle se déplace avec une canne. Seul le bon curé Chamberland, avec sa douce emprise sur les petits cœurs des fillettes, réussit à ramener un peu de calme. Carole réussira à faire de ses élèves des alliées dévouées, mais sera sans cesse en bute contre l'autorité de la sœur directrice, tout en ayant un curieux appui de la part du curé Chamberland.



DEUXIÈME EXTRAIT :

Mon épée dans une main, ma hache dans l'autre, je m'agenouille humblement devant le roi Jean Talon et lui promets de faire les plus grandes découvertes en son nom, d'évangéliser les Indiens, de rapporter dans mon canot d'écorce trois tonnes de peaux de castor. « Sire, je m'en vais de ce pas découvrir la Saskatchewan. » Son Altesse Jean Talon, ravie, pose sa main souveraine sur ma perruque blanche et me souhaite bonne chance.
Mon équipe est prête depuis longtemps. À mes côtés, les valeureux aventuriers Richard, Daniel et Junior, ainsi que sœur Yvette, une jésuite courageuse qui convertira les Peaux-Rouges à notre sainte religion. Nos canots sont remplis de l'essentiel : fusils, poudre, outils, cordages, couteaux, biscuits secs, eau fraîche et tablettes de chocolat. Je porte mon chapeau de castor Davy Croquette, des bottes étanches, des sous-vêtements chauds et le beau gilet vert et rouge que ma grand-maman Céline m'a tricoté. Nous avons avec nous quelques bons Indiens pacifiques, dirigés par leur chef Grand Therrien, un guide expert des régions inconnues. Nous, les Français canadiens, devons beaucoup à ces valeureux guerriers. Ils connaissent les forêts, les plantes médicinales, les pistes d'animaux, les racines comestibles et les ingénieux canots d'écorce. Mais leur apport primordial à notre culture est la tartine au sirop d'érable.
Comme la nature canadienne est belle et chatoyante ! En sortant de Montréal, nous tournons à droite, puis à gauche, puis à droite après le dernier village. Et nous voilà dans l'inconnu ! Nous pagayons en chantant : Envoyons d'l'avant nos gens, envoyons d'l'avant ! Ou encore : quand la radio joue cet air-là, je me souviens d'un certain sourire ! Le chef Grand Therrien fait son intéressant en nommant tous les arbres. Sœur Yvette prend tout en note pour son futur traité de botanique. Parfois, nous nous arrêtons pour allumer un feu et faire cuire nos œufs, et pour faire le point sur notre aventure. Mon compagnon Junior trace une carte de nos découvertes et Richard chasse quelques castors pour passer le temps. Après quelques jours, le long des grands lacs, nous arrivons à un lac plus haut, que je baptise, au nom du roi, Lac Supérieur, pour bien le distinguer de celui découvert la veille et que j'ai nommé Lac Inférieur. Nous devons maintenant faire du portage. Après un mois, l'esprit d'équipe est toujours solide et nous chantons gaiement : Vive la Canadienne, mon cœur vole etc.
Soudain, nous sentons les feuillages bouger. Nous voilà surveillés ! Bien sûr, nous sommes de braves coureurs des bois remplis de paix et désireux de donner des signes de notre bonne volonté. Mais nous devons quand même rester sur nos gardes, car les tribus indiennes, ne connaissant pas les bienfaits de la civilisation trifluvienne, sont parfois hostiles aux visages pâles, comme nous l'ont appris nos Saints Martyrs Canadiens massacrés par ces indigènes.
Les voici surgissant des broussailles ! Oh ! quel peuple primitif ! Pieds nus, vêtus de pagnes, une raie de cheveux au milieu du crâne, des plumes autour du cou, sans oublier leurs terribles arcs et flèches. Je m'avance vers celui qui semble être leur chef et dis en souriant : « Bonjour, je suis Martin Comeau, explorateur et coureur des bois au nom du roi Jean Talon. Nous allons à la découverte de la Saskatchewan. Avez-vous des peaux de castor à nous échanger ? On a de beaux colliers de pop-corn à vous donner en retour. On vient aussi vous convertir au petit Jésus. Vous verrez, le petit Jésus est bien bon, surtout dans le temps des fêtes ! »
Évidemment, le chef demeure de marbre, n'ayant rien compris à mon explication. Grand Therrien s'avance et fait des signes d'amitié avant de leur parler dans leur dialecte. « Visage pâle Comeau, ce sont des guerriers de la terrifiante tribu Gladu. Ils ne veulent pas de vos affaires et nous donnent une minute pour déguerpir de leur territoire sacré, sinon couic ! » Oh ! la tribu des Gladu ! J'ai beaucoup entendu parler de ce peuple inconnu. Ils ont la réputation d'être hypocrites et de ne pas tenir leur parole. Justement ! Ils nous attaquent après trente secondes, après nous avoir accordé une minute ! Quelle lâcheté ! Pas le temps de charger mon fusil à eau ! Me voilà prisonnier, alors que se sauvent à toutes jambes Richard, Daniel et sœur Yvette. « Ne nous inquiétez pas, sieur Comeau ! Nous retournons aux Trois-Rivières chercher du renfort ! » Pourvu qu'ils fassent vite…
Grand Therrien, mon compagnon Junior et moi-même sommes attachés à des poteaux et assistons à la danse de torture des Gladu. Je prie Jésus, pense à Sa Majesté et à mes bons parents, en essayant de ne pas songer aux supplices qui me guettent. Ils vont nous arracher les ongles, nous brûler les yeux, nous percer la peau, nous faire subir la bastonnade, nous lapider et, surtout, ils vont mettre des pétards à mèche au bout de mes souliers.

NOTE DE L'AUTEUR SUR CE PASSAGE :Martin Comeau, âgé de dix ans, fait toujours preuve d'une grande imagination lorsqu'il joue avec ses amis Richard, Junior, Daniel et le Grand Therrien, ainsi qu'avec sa sœur Yvette. Dans cette séquence, il joue à l'histoire du Canada avec la bande à Gladu, son ennemi du quartier. Évidemment, à dix ans, il prend certaines libertés fantaisistes avec l'histoire de la Nouvelle-France… Mais cela fait partie de son caractère et de son charme !



CRITIQUES :

Nous avons droit à toutes sortes de trouvailles qui font sourire.

Paul-François sylvestre, , Journal L'Express (Toronto) 26 juin 2001

Des personnages qui nous font revivre leur époque avec force de détails intéressants.

Louise Turgeon, Journal Planète-Québec, 2 juillet 2001

Je dois vous dire que c'est rare qu'un livre me fait sourire et même me fait éclater de rire. Il y a beaucoup de naïveté charmante dans ce livre. Je vous dis merci de nous avoir fait retrouver tous ces souvenirs d'enfance.

Louise Hamel, Radio-Cananda F-M, 16 juillet 2001

La joie de vivre et une constante aptitude au bonheur règnent dans les superbes relations du fils Martin avec son grand-père.

Laurent Laplante, Revue littéraire Nuit Blanche, automne 2001

Dans Contes d'asphalte, l'univers des contes unit le grand-père au petit-fils. curieux et imaginatif, Martin prolonge l'oeuvre de son aïeul.

Geneviève Morin, Revue québec français, automne 2001

L'auteur sait bien nous transmettre l'ambiance de vie à ce moment du siècle. Un livre que je conseillerais à nos jeunes afin qu'ils apprennent ce que leurs grands-parents ont vécu. Une belle leçon d'histoire transmise à travers un beau récit d'amour.

Louise Bergeron, Journal Le Bulletin régional, septembre 2001

Les personnages de Mario Bergeron sont vivants et on a l'impression de bien les connaître en s'infiltrant dans leurs vies. C'est un peu comme si on regardait un album de famille.

Josée Corriveau, Journal Québécois Canoé, 23 janvier 2002

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