Le Chemin des Écossais

Recueil de récits-nouvelles, 1990

Description :

Un recueil de 200 pages qui contient 15 récits-nouvelles-tableaux.

Les 12 premiers textes, s'inspirant de mes souvenirs d'enfance vécus à la grandeur de l'immense ferme familiale, répondent à l'appel de ma candeur enfantine: malgré la quarantaine bien frappée, elle me suppliait de retourner au pays de mes premiers émois et de reformer le cercle magique de l'enfance. Les trois derniers s'aboutent tout naturellement aux précédents: le treizième assiste stoïquement au déchirement du cocon; le quatorzième survole la huitaine d'années qui correspondent à la durée de mes études classiques; le quinzième circonscrit à lui seul mes vingt-cinq premières années dans l'enseignement. L'ensemble, vécu vraiment dans le sens complet du terme, représente pour moi une sorte de pèlerinage, presque un acte de piété envers mon enfance. Un écho irrépressible.

 

Extrait :

Enfin le départ! Les premiers milles passés, l'auto tournait carrément du côté du soleil levant. Seule maman était assez expressive à cette heure matinale pour s'émerveiller devant les charmes du jour tout neuf: «Le soleil a commencé à lancer ses rayons dorés! La belle journée que nous aurons!» Malgré le silence de papa, elle était certaine qu'il partageait son enthousiasme. Moi, je n'étais pas encore capable de m'émouvoir à ce point. Très tôt, l'air chaud, le bercement de l'auto et le bruissement des roues sur le pavé nous avaient plongés, nous les enfants, dans une torpeur agréable. Ou peut-être que nous dégustions par avance toutes les délices de la fête... Les villages défilaient, se succédaient à un rythme modéré et régulier: Sainte-Julie, Sainte-Anastasie, Dosquet, Saint-Flavien... Le vaste mouvement des autos et des piétons, convergeant vers l'un ou l'autre sanctuaire paroissial rappelait à papa qu'on était dimanche et, selon l'entente, l'auto faisait escale.

Mais le bonheur commençait peu après Laurier-Station quand l'auto sautait sur le ruban de béton qui tenait lieu de Transcanadienne à l'époque, si étroit que pour rencontrer d'autres rares voyageurs, pèlerins ou excursionnistes, mon père devait consentir à leur donner une moitié de bonne voie et s'accommoder de l'accotement. Bientôt, à Saint-Nicolas, un peu avant le bombardement de la grande ville, l'Auberge de la Colline pointait ses trois ou quatre clochetons comme un défi à l'énorme carcasse vert armée du pont de Québec. Et nous le traverserions! Et nous le traversions!

Notice biographique de Denys Bergeron
Oeuvres de Denys Bergeron
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