La Baie-James des «Pissenlit»

Édition Pierre Tisseyre, 2000
Roman
Illustrations de Élisabeth Eudes-Pascal
Pour les 8 à 12 ans

Description :

Les parents d'Émilie et de son frère Rémi vont passer la fin de semaine de Pâques à la Baie-James. Marie-Charlotte, leur gardienne habituelle, se blesse aux deux jambes. En catastrophe, les deux enfants sont accueillis par les nouveaux voisins, de vieilles connaissances de leurs parents, qu'ils n'ont jamais rencontrés : l'énorme madame Pisani et son époux maigrichon, chauve et... borgne.
Cette fin de semaine que les enfants appréhendaient, à cause de l'apparence extérieure du couple Pisani, se transforme en jeu passionnant : tout le monde participe à une reconstitution du développement du territoire de la Baie-James. Sans compter que madame «Pissenlit», comme l'appelle Rémi, est une excellente cuisinière.

Quatrième de couverture

 

EXTRAIT :

Chapitre 1

Un voyage
à la Baie-James

- Tu les connais, toi, les nouveaux voisins? me demande Marie-Charlotte en levant les yeux de son aquarelle.
- Pas vraiment, mais ils ne m'inspirent rien de bon. Des Italiens. La dame est énorme et toujours vêtue de noir. Maman lui parle souvent. Elle s'appelle madame Pisani. Maman la connaît depuis longtemps. Elle et son mari sont des amis de mes grands-parents qui habitent la Gaspésie.

Marie-Charlotte, c'est ma gardienne, enfin, je veux dire, notre gardienne, à mon petit frère et à moi. On ne croirait pas qu'elle vient d'avoir quatorze ans. Débrouillarde comme pas une et agile comme un chat, elle sait tout faire. Absolument tout, je vous dis!
Physiquement, nous sommes très différentes. Moi, je suis plutôt petite pour mes dix ans. Mes cheveux sont blonds et me descendent dans le dos. Ceux de Marie-Charlotte sont bruns, très courts et frisés. Elle a les yeux noirs. Les miens sont bleus.
Je m'arrête un moment pour examiner mon tableau, à l'aquarelle aussi, bien sûr: un paysage d'été plein de marguerites en fleurs.
- Quand tu verras le monsieur, Marie-Charlotte, prépare-toi à subir un choc. Il est très grand, maigrichon et complètement chauve. En plus, il a un oeil caché par un cercle de tissu noir, comme les pirates dans les dessins animés. Brrr !... Autant te le dire tout de suite: il n'est pas beau à voir. D'ailleurs, Rémi en a peur.
- Ah ! justement, j'allais l'oublier celui-là, dit-elle en regardant sa montre et en se levant précipitamment. Ta mère m'a demandé de le réveiller à quatorze heures. Il est moins cinq.
Mon charmant petit monstre de frère est adorable, mais il prend beaucoup, beaucoup de place dans la maison. Il n'a pas encore trois ans et demi et il sait déjà ce qu'il veut, croyez-moi! Quand il a une idée dans le cabochon, ne vous avisez pas d'essayer de lui en faire changer!
- Viens, mon beau petit Chechon! dit la gardienne, revenant dans la cuisine avec Rémi tout en-sommeillé, recroquevillé en petit tas dans ses bras.
Marie-Charlotte appelle tous les enfants mon beau petit Chechon. C'est une habitude. Allez savoir pourquoi.
- Aimerais-tu dessiner; toi aussi? demande-t-elle, sitôt son petit paquet installé sur une chaise.
- Oui! Oui! répond-il en allongeant aussitôt des doigts fouineurs vers la palette de couleurs.
Il dépose Nounours par terre. Mimi ne se sépare jamais de son compagnon en peluche. Sa fourrure est un peu... disons... usée. Maman dit que Nounours a fait la guerre...
Rémi est tout mignon avec ses cheveux blonds et aussi frisés que ceux de Marie-Charlotte. Mon petit frère est assez joufflu et il a des yeux foncés et vifs. Des yeux qui voient tout. Rien ne lui échappe. Un vrai radar!
La gardienne prend moins d'une minute pour étaler un vieux journal et quelques feuilles blanches devant mon frérot. Le sourire de Mimi en dit long sur sa satisfaction.
- Regarde comment on fait, poursuit-elle lentement en amplifiant ses gestes. On trempe le pinceau dou... cement dans le bocal d'eau, tout dou... cement. Ensuite, on le passe sur la pastille de la couleur que l'on veut utiliser; tu comprends? Allez! Vas-y! Essaie!
Un peu laborieusement, toute langue sortie et avec une grande concentration, Mimi s'exécute, non sans laisser quelques éclaboussures sur le journal. D'un grand trait, il trace un semblant de cercle jaune, un peu trop grand pour la feuille: un soleil. Marie-Charlotte lui suggère d'étendre de la couleur partout sur la feuille, pour que ce soit plus beau.
Maman dit souvent que Marie-Charlotte obtient tout ce qu'elle veut de mon petit frère. On en a la preuve une fois encore. Rémi ne prononce pas un mot pendant dix minutes au moins. D'habitude, il babille continuellement. Il marmonne, il chantonne, il crie, il hurle, il ronronne. Autrement dit, il est bruyant. Alors, dix minutes de silence, autant dire une éternité... Un exploit! Sans compter qu'il n'a rien cassé...
- Dis donc, Émilie, as-tu des nouvelles de Stéphanie depuis qu'elle a déménagé?
- Oui. On s'est parlé deux ou trois fois au téléphone. Elle me manque beaucoup. Mes parents l'ont invitée à passer la prochaine fin de semaine ici. J'aurais préféré cette semaine, mais ce n'était pas possible à cause de leur voyage à la Baie-James. Si tu veux mon avis, ce ne sont pas les nouveaux voisins qui vont me faire oublier Stéphanie. Ils ont l'air tellement... bizarres. Si maman n'avait pas gagné ce voyage, Stef serait venue passer le congé de Pâques ici, avec nous.
- Je sais, dit Marie-Charlotte. C'est moi qui vous garderai, ton frère et toi. Tes parents ont tout de même de la chance, ajoute-t-elle en prenant un air supérieur. Séjour à l'hôtel, visites guidées, voyage en avion sur Les Ailes de la Baie-James, s'il vous plait! Oui, très chanceux, tes parents, Si tu veux mon avis!
- Eh!... Charlotte! coupe Rémi, souriant jusque dans les yeux, regarde mon soleil!
- Excellent! s'exclame-t-elle avec emphase. Sauf pour un tout petit détail: ton soleil est vert!
Nous éclatons de rire toutes les deux. Puis Rémi s'esclaffe à son tour.
- Chouette! Ne t'en fais pas, mon beau petit Chechon, dit la gardienne. À partir de demain, on va avoir trois jours entiers pour t'apprendre l'aquarelle. Es-tu content?
- On applaudit! conclut mon petit frère d'une voix forte.
Joignant le geste à la parole, il commence à battre des mains, renversant maladroitement son verre d'eau sur la table et souillant son dessin.

Pages 9 à 16

 

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