TOME 7
UN RÊVE
QUÉBÉCOIS
Éditions du Jour, 1972
Éditions Trois-Pistoles, 1995
ROMAN
« Une des oeuvres les plus fortes de la littérature québécoise. »Robert Lévesque
« Le roman le plus horrifiant de la littérature québécoise. »Alain Dassylva
« Le roman le plus important des années 1970, au Québec. »Claude Jasmin
« Menacé dans sa seule et hypothétique possession, Joseph-David-Barthélémy Dupuis invente - ou exécute, cela importe peu des violences qui appartiennent au sadisme des pathologies sexuelles et qui font de ce livre un roman d'horreur qui n'a pas d'exemple, que je sache, dans la littérature québécoise. »Réginald Martel
Voilà ce que quelques critiques ont écrit au sujet d'Un rêve québécois. Dans cet ouvrage, l'auteur raconte le cauchemar hallucinant que vit Joseph-David-Barthélémy Dupuis, dans son petit appartement de Montréal-Nord où, victime de la dépossession, il assassine sa femme Jeanne-D'Arc tandis que, autour de lui, se déroulent les Événements d'octobre. Tout ici, comme le disait un chroniqueur, est sous le signe de la folie. La violence est une tentative de purification, peut-être une étrange aspiration à la sainteté, peut-être aussi la persistance d'un désir jamais assouvi de prendre prise sur une réalité sans cesse évanescente.
Cela arriva aussitôt qu'il mit le pied dans la rue des Récollets: alors il comprit que quelque chose dans le monde immédiat venait de changer brusquement. Un nuage faisant comme une aile d'ombre au-dessus de lui et tout de suite cette sensation d'oppression. Ses jambes lui faisaient mal. Osti d'pentures de g'noux! Il allongea délibérément le pied. Il enleva sa casquette. Ses cheveux crépus et frisés. Maudite sueur! Il s'épongea le front. Si j'avais un char au moins. Il s'imagina qu'il était au volant d'une vieille voiture décapotable et qu'il faisait le cow-boy dans les rues de Morial-Mort. Il avait mis des housses sur les sièges pour cacher les déchirures du cuir usé et les brûlures de cigarettes. Les pneus criaient sur l'asphalte, il bréquait violemment aux feux rouges et les moffleurs hollywoodiens faisaient un beau vacarme au débrayage. La queue de renard attachée à l'antenne était un trophée occulte, quelque étrange symbole de virilité. Il avait ouvert au maximum la radio, ça gueulait, ça gueulait joliment dans le haut-parleur installé dans la banquette arrière. Hé, j'agoussetu les popailles à ton goût, mon grand sacraman! Pis y en a-t-y d'la fesse à matin! La vérité était qu'elles étaient nombreuses, les filles, à marcher sur les trottoirs dans les accoutrements d'été - tu sais, les genres d'habillements qui te mettent toute à l'air sans rien mettre à l'air, ces p'tites affaires qui montrent le nombril, pis la manufacture à mongols.
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