TOME 4
POUR SALUER
VICTOR HUGO
Éditions du Jour, 1971
Éditions Trois-Pistoles, 1996
ESSAI
«C'est ici que je souhaiterais que tous nos étudiants en littérature prennent la peine de lire ce livre. Les professeurs de littérature savent que beaucoup d'étudiants rêvent de devenir écrivains. C'est leur affaire et personne ne pourra jamais leur donner le bon conseil qui les fera parvenir à leur but. Ils apprendront cependant une chose dans le livre de Victor-Lévy Beaulieu. C'est qu'on ne devient pas écrivain en désirant plus ou moins vaguement devenir écrivain. On le devient parce qu'on sent en soi qu'il n'en peut être autrement et que d'une façon ou l'autre, il faut finir par casser les coquilles. Beaulieu, dans cet hommage à Hugo, nous indique avec une franchise totale la route qu'il a suivie.»
Livres et auteurs québécois, 1971
Ce qui m'a tout de suite ébloui chez Hugo, c'est cet éclatement de la parole, c'est ce jaillissement du mot, c'est cette oeuvre colossale, ces milliers de phrases qui, une fois lues, m'incitèrent à écrire car, pour la première fois de ma vie, je me rendais compte qu'avec la laideur, la pauvreté, le blasphème et l'ignorance, il était possible de faire de la beauté. Et j'étais au fond de moi si désemparé que j'avais besoin de m'appuyer sur quelque chose de solide et de vaste; il fallait, pour que je me commence, quil y ait une ambition dêtre et dêtre beaucoup. Voilà donc le mythe de moi-même que jai toujours poursuivi en Hugo : il fallait être démesuré, éclater par tous les possibles, vivre toutes les errances et toutes les folies et tous les bonheurs. Et ne baisser les yeux devant rien, et dire toujours, et dire de plus en plus pour défoncer cette porte étroite derrière laquelle brille le mot retrouvé, le mot vivant, le mot Dieu. Et puis, je sentis tout de suite qu'il était peu important que Hugo n'oubliât jamais qu'il était Victor Hugo, qu'il jouât à l'ogre en se laissant aller à tous ses démons et à toutes ses outrances. Au contraire, je trouvais cela libérateur, il y avait tout à coup beaucoup de lumière à l'horizon. Il faut que j'ajoute que même aujourd'hui Hugo m'est inépuisable puisque je reviens toujours à lui, que j'y trouve ma vérité, cette vérité qui est mouvante comme ma vie, et qui fuit vers le silence, le silence de l'achevé, le silence froid de la mort. Cette mort qui est aussi la hantise de Hugo. Et la hantise de tous les hommes. C'est pourquoi il faut l'apprivoiser dit Hugo, cest pourquoi il faut apprendre à vivre avec elle :
à lheure où va luire pour moi
Ce grand jour de la mort qui se fait sur tout homme.