TOME 3

LA NUITTE DE MALCOMM HUDD
Éditions du Jour, 1969
Éditions Trois-Pistoles,1995

Roman

Description:

Sa femme, Annabelle ayant tué son cheval parce qu'il le faisait entrer dans la maison, Malcomm Hudd se réfugie dans le ventre du Grand Morial où devenu alcoolique, il joue ce qui lui reste de vie dans la compagnie de Bob, le trafiquant, de son homme de main Ben-le-borgné et de Ricki, ouétrice et danseuse, pauvre fille perdue, amoureuse et tragique. De cette description de la vie nocturne du Grand Morial, Jacques Ferron a écrit.: «Le fait nouveau transformant les données du procès qui bouleverse les valeurs de notre littérature, un livre qui est le plus grand résumé de mon pays que je connaisse.»

EXTRAIT:

«Ils riaient tous de moi parce que je faisais entrer mon Goulatromba dedans ma maison, j'avais beau leur dire qu'il s'agissait de mon cheval et de ma maison il n'y avait en à faire je passais pour être un fou même si je ne vois toujours pas pourquoi les gens se moquaient parce que j'hébergeais chez moi mon cheval, il me semble que c'est normal, les gens ne devraient avoir aucune question à me poser là-dessus, ça ne les regarde pas, même si mon Annabelle a pris leur parti après m'avoir pourtant juré que j'étais le maître et qu'elle ne s'immiscerait jamais dedans ma vie, qu'elle me laisserait libre d'accueillir qui je voudrais chez moi du moment que je ne lui enlèverais pas sa chambre, celle du fond qu'elle a curieusement tapissée d'oiseaux bleus et décorée de grands rideaux de velours, je n'aurais pas dû me fier à Annabelle même si elle était la seule femme en qui j’avais confiance, je me disais, «tu la connais depuis si longtemps qu'elle n'oserait jamais rien faire contre toi», pourtant elle a tué raide mon Goulatromba d'un coup de la winchester que j'avais (malicieusement, croyais-je) cachée dessous le matelas, oh! si j'avais su!, pourquoi Annabelle ne m’a-t-elle jamais dit qu'elle savait manier la winchester et s’en servirait un jour contre mon Goulatromba, bête paisible, si propre et si intelligente avec ses grands yeux de biche calme, et dont les mouvements cadencés de sa queue tressée me faisaient venir les larmes aux yeux?, «(sois maudite Annabelle qui n'a même pas eu le courage de ton acte !, après avoir accompli ton ignoble crime, tu as pris tes jambes à ton cou et tu t'es sauvée dedans les bois!, oh!, c’était ce que tu avais de mieux à faire Annabelle car ma colère était fort coléreuse et je t'aurais certainement tuée si j’avais pu te mettre la main au collet!)», la mort dedans l'âme, j’ai vainement essayé de ramener Goulatromba, un déluge de sang qui lui coulait de la crinière me tacha les mains que j'essuyai après le rideau, (et derrière la fenêtre le grand cormier s'agitait à quelques pas de la porte de la maison un délire de feuilles que la brise de ce torride mois d’août retournait à l'envers comme des chenilles tombées au fond d’une jarre à biscuits), j'étais perdu sans Goulatromba, «(qu'est-ce que j'allais faire entre les quatre murs nus de la maison désormais vide?)»

 
pages 15-16
 
 
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