TOME 19
DISCOURS DE SAMM
Éditions Trois-Pistoles, 1997
Roman-comédie
Discours de Samm est d'abord et avant tout un grand rêve d'amour, celui que le narrateur privilégié de Monsieur Melville a toujours eu pour Samm. D'origine montagnaise, tout à la fois infirmière et comédienne, c'est elle qui, cette fois, mène le jeu par l'envoûtement qu'elle exerce sur le narrateur, aussi bien à l'hôpital du Sacré-Coeur qu'à Radio-Canada, aussi bien rue Christophe-Colomb qu'aux Trois-Pistoles.
Dans cette troublante voyagerie baignée par les eaux de la rivière des Prairies et de la Boisbouscache, par Virginia Woolf et par une vieille station-wagon, des personnages de fable hantent l'espace de l'écriture: Leonard, l'amant juif de Samm; le réalisateur Eugène Galarneau; Pauline, la grande actrice rousse; Judith aux impénétrables yeux jaunes; Livia et Plurabelle, de même qu'un énigmatique corbeau noir.
« Nous ne dirons rien dautre, moi heureux parce quelle touche mon corps et que, face à tant de douceur, il ny a plus de mots qui peuvent venir. Je suis tout en sueur. Quand Samm fait mine de sen aller, je la retiens par le bras et je lui dis « Jaimerais vous savoir heureuse. » Elle dit : « Moi aussi, jaimerais te savoir heureux. Je reviendrai plus tard. »
Elle sen va et cest très triste tout à coup dans la chambre, trop de choses sétant retenues pendant que Samm était là, comme cette autre nuit dans le fumoir alors que jétais trop malade pour me rendre vraiment compte de ce qui se passait, toute lénergie de mon corps orientée vers ma mort impossible. Cest pourquoi je me lève dès que Samm nest plus dans la chambre. Je vais vers la fenêtre et regarde dehors. Cest le petit matin, avec le soleil qui fait sa trouée dans les nuages, dessinant plein de taches de couleur sur la rivière des Prairies. Ce que jai perdu dans le jeu que jai joué avec la mort, ce nest pas moi mais le désir, celui que, brusquement, jai eu pour cette infirmière, et qui , tout aussi brusquement, nest plus là. Aussi je me dirige vers la garde-robe, incapable que je me trouve maintenant de rester plus longtemps dans cette chambre dhôpital. Dans la garde-robe, il ny a que mon pyjama et les sandales que Judith ma mises dans les pieds avant que lambulance narrive. Comment nai-je pas pensé à ça ? Jenlève quand même la jaquette blanche, enfile le pyjama et les sandales, prends sur la table de chevet le livre dAmado, de même que les dessins brisés de Plurabelle et Livia, et je sors dans le corridor. Cest le petit matin et cest tout à fait tranquille, la grève possible à lhôpital appelant les infirmières partout, sauf dans les couloirs. Je peux donc me rendre jusquà lascenseur, faire ce détour par la salle durgence bondée, de sorte que personne ne sintéresse à moi, même quand, me sentant fatigué, je massois dans ce fauteuil roulant près dun garde de sécurité qui, derrière un petit pupitre, joue aux cartes. Et moi qui ne fume jamais, je lui demande une cigarette dont je ne sais pas quoi faire quand il me la donne. Alors je me lève, franchis les portes de lhôpital et me retrouve dehors, hélant un taxi. »
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