TOME 13
NÉVOQUE PLUS QUE
LE DÉSENCHANTEMENT DE TA TÉNÈBRE, MON SI PAUVRE ABEL
Éditions VLB, 1976
Éditions Trois-Pistoles, 1995
Lamentation

« Mes deux filles sauvages dans mes bras, pour passer devant cette bâtisse d'où, il y a trois jours, les lapins se sont enfuis, dans les bois maintenant, qui les feront devenir sauvages - et finir dans le ventre des grands renards argentés. Tantôt, on allumera le vieux poêle de Mattavinie, on s'y fera des toasts qu'on mangera sur la véranda, attendant la nuit. L'Aragon dit: « Ainsi se substituait au rêve un discours... Et je me prends à penser que c'est cela, mourir: devenir un discours, ou mieux un silence. »
Ma pauvre Blanche, et maintenant Ruth et maintenant Julienne, et depuis si longtemps le Melville. Faire taire ce qui d'eux crie en moi. Ruiner à jamais le rêve d'eux. Les faire devenir discours, c'est-à-dire mes lettres mortes pour qu'enfin je puisse me tout dire dans mes ailleurs. Désormais la page blanche et cela qui se dirait plus tard, peut-être dans les fins du Melville, peut-être, comment savoir par avance? »
Ainsi se termine N'évoque plus que le désenchantmwnt de ta ténèbres mon si pauvre Abel, le deuxième volet de la série dite des Voyageries de Victor-Lévy Beaulieu. Commencées avec Blanche forcée, les Voyageries visent à créer une oeuvre totalisante, explorant tous les modes du discours: prose, poésie, essai, récit, roman, lamentation et cantique.