LE SECOND VIOLON
Publié aux Éditions Québec/Amérique, Montréal, 1996.

4e grand prix des lectrices de Elle-Québec 1996, finaliste.

Description:

On a quarante-cinq ans. On commence à perdre ses cheveux et à faire du ventre. On est marié, bon père de famille, chroniqueur des affaires municipales dans un quotidien de Montréal. Et un bon matin on se réveille avec le sentiment désagréable d'être devenu une nullité. Alors un désir fou éclate au fond de soi de crever le plafond, de s'extirper de la commune médiocrité et de montrer aux autres ce qu'on vaut réellement. C'est ce qui amènera Nicolas Rivard à vivre des aventures étranges où il fera l'expérience d'un Montréal inconnu, connaîtra les dénommés Moineau et Chien Chaud (sans compter l'ineffable Douillette), mettra le nez dans un scandale politique (au grand déplaisir d'un ministre véreux), tandis qu'une petite fille aux cheveux roux, venue d'on ne sait où, lui enverra de mystérieux messages. Tout se terminera aux Îles-de-la-Madeleine par une drôle de fête qui annoncera le début d'une nouvelle vie.

«Le second violon ici, c'est le personnage principal du roman. Nicolas Rivard est un journaliste quadragénaire qui rêvait de devenir un écrivain estimé; or, il en aurait été empêché par un ami d'enfance, François Durivage, un bon vivant devenu sans effort un romancier reconnu. En quoi le succès de celui-ci a-t-il pu porter ombrage aux ambitions de Rivard? On ne le saura pas. Envieux, jaloux, (au début du récit, il se compare à Salieri), Rivard, sitôt son ami mort, s'empresse de coucher avec la veuve comme pour s'approprier une part de la vie de Durivage. Par la suite, il acceptera, quoique avec réticence, d'être le biographe officiel de ce dernier. Le second violon, dès lors, s'efforcera-t-il de devenir le premier? C'est, en tout cas, la piste narrative dans laquelle le roman semble s'engager. Le héros du Second violon est bien un peu pâlot, mais pas plus que ne l'étaient ceux du Matou et de Juliette Pomerleau. Beauchemin, sachant faire beaucoup avec peu, agrémentera donc l'histoire de cet ambitieux sans envergure de quelques intrigues à rebondissements.» Lettres québécoises, no 84, hiver 1996

«Le romancier, a choisi pour personnage principal un journaliste. Écrivain raté, il pourrait être critique littéraire. Mais non. Nicolas Rivard, quarante-cinq ans environ, s'occupe d'affaires municipales dans un grand quotidien montréalais. Il a perdu le feu sacré depuis belle lurette, et d'autant plus que ses collègues ne semblent guère apprécier son travail. Le feu se rallumera ailleurs et autrement, si j'ose dire puisque voici notre reporter amoureux fou d'une femme, Moineau, qui pourrait être sa fille...Car, on s'en doute un peu, cette aventure fera le malheur de Rivard, le malheur de sa femme, le malheur de ses enfants. Bref, un gâchis total, que le romancier nous raconte assez sobrement et sans prendre parti.» Réginald Martel, La Presse du 10 mars 1996

 

L'écrivain dit:

«Le personnage de Rivard fonde le roman. C'est un anti-héros, à la fois ridicule et d'une certaine façon estimable, aux prises avec une insatisfaction parfois cruelle face à sa propre vie...»

Pourquoi Rivard? Pourquoi un journaliste? Comment vient l'idée de base d'un récit?

«Elle s'impose...Je ne choisis pas entre plusieurs histoires possibles, bien que je conserve des centaines de petits calepins noirs où je note des idées, des scènes, dont je me servirai ou alors qui ne seront jamais utilisées: la scène de la mort de l'écrivain François Durivage, par exemple, je l'avais rédigée en 1989 sans savoir qu'elle trouverait sa place dans Le Second Violon. D'autre part, je connais les hommes de cet âge (Beauchemin a 54 ans)! En fin, le métier de journaliste est proche de celui d'écrivain. ..»

Voici comment les choses se sont passées:

«J'ai écrit les premières cinq ou six lignes du roman à Prague en décembre 1990. J'ai vraiment commencé la rédaction en avril 1991. Cela s'est fait plus rapidement que pour Le Matou ou Juliette Pomerleau: je me suis eontenté cette fois d'un synopsis d'une dizaine de pages au lieu de 50 ou 60 pour les romans précédents. Je me suis fié davantage à mon expérience et à mon instinct.» Mario Roy, La Presse, 10 mars 1996

Extrait :

"Vers quatre heures, il prit une douche, se fit un shampoing, aspergea ses aisselles d'eau de Cologne, se brossa les dents, puis arpenta sa chambre tout nu pendant quelques minutes, en proie à un profond sentiment de bien-être physique que grugeait sournoisement le trac. Il s'habilla, installa la cinquième de Nielsen sur son lecteur laser, mit ses écouteurs, mais s'aperçut au bout d'un moment qu'il n'écoutait rien, toutes ses pensées tendues vers son rendez-vous.

Il descendit au bar, commanda une bière, lut le journal, puis alla se promener dans la rue Sainte-Anne. Après avoir flâné un moment dans une boutique d'art esquimau, il regarda sa montre, retourna à l'hôtel et fit appeler un taxi.

-Tu n'es pas venu en auto? s'étonnna Dorothée en ouvrant la porte.

-Ma femme en avait besoin.

-Bon mari! lança-t-elle avvec un clin d'oeil moqueur en le faisant entrer. C'est que tu as trois énormes boîtes de livres à transporter.

-Ça me fera du muscle.

Il avait déjà les aiselles toutes mouillées.

«Pourvu que mon eau de Cologne tienne le coup», se dit-il. Elle le précéda au salon, lui désigna un canapé, prit place dans un fauteuil et croisa la jambe, découvrant le début d'une cuisse superbe:

-Et alors? Tu as l'air un peu fatigué. Je te préviens, ajouta-t-elle tout de suite, le souper sera immangeable. J'ai voulu préparer un filet en croûte, mais mon four s'est détraqué. Quand je m'en suis aperçue, j'étais devant quelque chose qui ressemblait à du béton brun pâle. Enfin, on pourra se réchapper avec les légumes...Whisky?

-Je veux bien, oui

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Oeuvres de Yves Beauchemin
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