JULIETTE POMERLEAU

Publié aux Éditions Québec/Amérique, 1989.
Réédité aux Éditions Québec/Amérique, 1998

Prix des lectrices de la revue Elle 1990, lauréat..
Prix Jean-Giono 1990, lauréat.
Prix des arts Maximilien-Boucher 1990, lauréat.
Prix du public Salon du livre de Montréal 1989, lauréat.

Au printemps 1999, nous pourrons voir à l'écran, la série Juliette Pomerleau, adaptée du roman d'Yves Beauchemin. L'auteur de la trame sonore est le compositeur André Gagnon et les comédiens sont Macha Grenon et Benoît Brière.




Description:

Autant vous avertir tout de suite: malgré ses cent cinquante kilos, Juliette Pomerleau n'arrête pas une seconde. Elle a beau souffler comme une locomotive, rien ni personne ne peuvent l'empêcher d'aller jusqu'au bout de ses idées. - Sueur de coq! - nous dirait-elle, ce n'est pas parce qu'on est grosse qu'on est empâtée! - Je vous crois, corne de démon! répondrait son bon ami Alexandre Portelance. Hier, j'avais à peine posé le pied dans votre Subaru que déjà nous démarrions. J'ai failli en perdre mes bretelles!

Pourquoi le cacher? Avec Juliette, on ne s'ennuie pas. On tourne les pages aussi vite qu'elle enfile les coins de rues. Et si on rit souvent, on a parfois la larme à l'oeil. Car l'amour de Juliette pour les autres ressemble à elle-même: il est énorme. Voilà pourquoi on l'aime à la folie. Ses peines et ses soucis, on les fait siens. on la suit à la trace. On applaudit à ses succès. Et plus le roman avance, plus on s'attache à elle et à ses locataires. Et pourtant, quel drôle de tableau!

Outre son petit-neveu Denis, que Juliette a adopté, on y rencontre sa soeur Elvina (une affreuse toquée), un dentiste visionnaire, un photographe gaffeur, une folle à lier, un pseudo-détective, un libraire sadique, un merle à une patte, des milliers de poux, un spéculateur véreux et Bohuslav Martinek, compositeur et magicien malgré lui.

- Ma foi, c'est une ménagerie! - Pas du tout. Plutôt une grande famille, la plus curieuse qui soit. Et c'est aussi - pourquoi le cacher? - un roman inoubliable.

Extraits:

Dans le silence de la nuit tiédissante, le piano se mit à jouer doucement. Les notes s'égrenaient avec une solennité un peu mélancolique, s'échappant par la fenêtre grande ouverte. La petite cour obscure et déserte aux pavés encore tout chauds se remplit d'une atmosphère grave et recueillie. Soudain, des lentes vagues de la musique qui se succédaient paisiblement et allaient mourir aux abords de la rue, surgit comme un message énigmatique. Quelque chose d'important allait se produire. C'est alors que le violon se joignit au piano:

La douceur de son chant était si poignante que Juliette Pomerleau ouvrit les yeux, souleva sa tête moite de l'oreiller et regarda dehors. À travers le feuillage des framboisiers, on apercevait, au-dessus de la cour minuscule que formait le U de l'édifice, une fenêtre illuminée au premier étage où se découpaient deux silhouettes presque immobiles; l'une était asise et légèrement courbée, l'autre, debout, tenait un violon. «Monsieur Martinek vient de terminer sa sonate», pensa-t-elle.

Se tournant péniblement sur le dos, elle poussa un soupir et se mit à écouter, ravie.

page 15

 

Elle pénétra dans la cuisine, fit de la lumière. L'endroit ne contenait plus qu'une vieille chaise de bois peinte en rose, sur laquelle on avait posé un litre de lait entamé.

Un sombre pressentiment se formait en elle. Traversant la cuisine, puis une autre pièce également vide, elle entra dans une chambre à coucher. Là aussi le plafonnier brillait et le store était tiré. Il n'y avait pour tout meuble qu'une chaise berçante, un lit-cage et une table à langer. Deux grosses boîtes de carton avaient été déposées au milieu de la place. Elles contenaient des vêtements d'enfant. Juliette se pencha au-dessus du lit, puis recula, désemparée. Écarlate, les yeux contractés, les poings serrés, le bébé hurlait à se faire sortir les entrailles du ventre, sa couche à demi défaite, un biberon vide à ses pieds, dans une pénétrante odeur d'urine amplifiée par la chaleur d'une plinthe électrique réglée au maximum. Elle promena un regard éperdu autour d'elle;

- Mon Dieu, qu'est-ce qui se passe?

Ses yeux s'arrêtèrent sur la table à langer où reposait une enveloppe. Elle s'avança et la prit. Pour ma tante, avait-on écrit dessus.

Affolée par les hurlements du bébé, Juliette la déchira et apprit dans quel chaos sa nièce était tombée.

6 avril 1979

Ma tante,

Je sais que vous aller me juger très sévèrement. Je sais que j'agis très mal et que je mérite les plus grand blames. Vous êtes la seule personne qui pouvez m aidez, voilà pourquoi je me suis adressé à vous. L'enfant que vous avez devant vous, c'est le mien. Il est né à Chicoutimi le 8 mai de l'an passé; c'est un garçon, il s'appelle Denis et je l'ai fait baptisé dans la paroisse de la Cathédrale. je ne suis pas sûre qui est son père (oui, je sais bien ce que vous êtes en train de penser de moi, mais je n'y peux rien). De toutes façons, avec les hommes que j'ai connu, il est mieu sans père.

J'ai essayée jusqu'ici de m'en occuper de mom mieux, mais là, je n'en ai plus la force. Avant de devenir une mauvaise mère, je préfère le confier à quelqu'un d'autre. J'espère que se sera vous qui en prendrer soin (car je connais votre bon comr depuis tongtemp), sinon, je vous demanderais de surveiller la personne qui en aura soin.

Je vous laisse deux boites qui contiennent tout sonlinge. Dans la boite la plus grosse (dans un petit gilet de laine bleu), vous trouverez 205 $ c'est tout l'argent que je possède actuellement. je vous en enverrai d'autre ausitôt que possible. N'essayez pas de me rejoindre, vous ne pourrez pas. De toute façon, ma décision est prise, je ne reviendrai pas là-dessus, on ne peut pas refaire sa vie, pas moi, en tout cas.

Je sais, vous devez vous dire, elle aurait pu venir me le remettre elle-même dans mes bras, la sans coeur. Mais justement, je sais que vous ne me croirer pas, mais j'ai du coeur, trop de coeur. J'avais trop honte de vous voir, ce qui fait que j'ai mieux aimé vous parlé par lettre. Et je me suis dit que c'était mieux aussi que de laisser mon enfant à la police. Pardonnez-moi. Faite que mon enfant soit heureux, moi, je n'y arrivais pas.

Pardonnez moi encore une fois

Adèle

pages 132- 133

Note: lettre écrite telle que nous la retrouvons dans le roman.

Autre site parlant de Juliette Pomerleau

Oeuvres de Yves Beauchemin
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