LES ÉMOIS D'UN MARCHAND DE CAFÉ
Publié aux Éditions Québec/Amérique, Montréal, 1999.

Description:

L'histoire singulière des bontés de Guillaume
Réjouissez-vous, ses émois ne font que commencer! Après s'être défoncé pour un embourbé, il s'attachera un peu trop à Caroline, une belle itinérante, et à bien d'autres dans le besoin. Quel sera le prix de tant de bienfaits? L'entreprise Délicaf où travaillent les deux garçons et la fille Tranchemontagne risque-t-elle la ruine? Que fera Antonin, le sombre fils aîné? Où s'en va donc le grand bienfaiteur? Vers la sérénité tant recherchée avec Amélia, la fidèle amie?

Quoi qu'il arrive, le bien nommé Tranchemontagne continuera ses beaux gestes. À vous d'aller voir où s'en va cette histoire singulière, ce récit bien ciselé.

Des personnages farfelus et attachants
Des personnages drolatiques vous attendent, comme le farfelu père Ferlatte, l'ancien professeur qui ne croit plus en Dieu. Il collectionne plutôt les cartes de visite. Pour soigner les maux de l'âme, rien ne vaut les choses simples, dit-il. Il y a aussi l'ami Marleau et ses mille cravates dont une du fameux Liberace! Et bien d'autres détails vous resteront en mémoire: les réapparitions inquiétantes du joufflu; la fessée aux framboises dont se souvient Guillaume en repensant aux tartes de son enfance. Ou ce M. Émile qui repasse fugitivement à la Binerie de la rue Mont-Royal. Vous aurez aussi la folle équipée de Guillaume rendu en pleine taïga, près de Fermont où il retrouvera Noémie une deuxième fille conçue dix-huit ans plus tôt dans un moment de « distraction ».

Un roman savoureux sur la bienfaisance
Les Émois d'un marchand de café font donc un roman savoureux, avec des personnages originaux et une action débordante d'inattendu. Le titre a beau rigoler un peu, le Tranchemontagne aux mains larges et à la voix forte finira par vous émouvoir, qu'il soit devant Caroline, Amélia, Noémie ou face à son destin. Et vous verrez ce chevalier de la bienfaisance prendre finalement sa place dans l'imposante galerie Beauchemin, poussant du coude Juliette Pomerleau pour s'installer aux côtés de Monsieur Émile et des autres.

En deux mots, un vrai plaisir de lecture. Du roman à son meilleur, où la charité devient une aventure comique et poignante, comme chez Cervantès ou parfois chez Balzac.

 

Extrait :

Eh bien! si... si je vous hébergeais pour la nuit? Cela vous donnerait un peu de temps pour chercher un logement, non? J'ai une très grande maison à Outremont, que j'habite seul depuis des années. Enfin, pas tout à fait seul, à vrai dire. J'ai une gouvernante qui s'occupe de mon interieur.. Je suis divorcé., crut-il bon d'ajouter et mes enfants sont man ès... enfin deux d'entre eux.
Il eut un sourire embarrassé:
J'espère que vous ne vous imaginez pas que je suis en train... euh... de vous draguer comme on dit?
Je n'y ai pas pensé une seconde, monsieur répondit-elle, avec un plissement d'oeil presque impertinent.
Il arriva chez lui dans un état d'exaltation qu'il n'avait pas connu depuis des années, étonné d'ailleurs par sa réaction, car le bon sens lui disait que l'arrivée de cette jeune femme et de son poupon ne pouvait lui apporter que des complications.
Elle sortit de l'auto et contempla, interdite, l'immense maison de deux étages au revêtement de bardeaux de cèdre grisâtres, puis les arbres centenaires...
- Vous êtes riche, vous!
- Un peu, répondit-il avec un petit rire satisfait. Mais j'ai dû travailler dur, vous savez. Et je continue.
- Qu'est-ce que vous faites?
- Je suis dans le café.

 

Critiques :

Les Émois d'un marchand de café a suffisamment «ému» un chroniqueur du Figaro littéraire pour être consacré, jeudi le 4 novenbre 1999, Livre de la semaine. Dans un article intitulé «Yves Beauchemin: Un Canadien au grand coeur», Éric Ollivier en parle comme du «Nouveau Roman tel qu'on n'en écrivait depuis longtemps, tel qu'on aimait en lire souvent, avant d'être condamné à la lecture-laboratoire qu'ont imposée un certain nombre de modistes, en solde aujourd'hui. Ce livre est une sorte de libération de tous les conformismes chics. Organisée par un écrivain audacieux. Et naïf...»

La Presse, dimanche 14 novembre 1999


Ce clin d'oeil d'Yves Beauchemin à Balzac, dans son nouveau roman Les Émois d'un marchand de café, n'est pas gratuit: la fin sublime, où au moment de mourir Guillaume Tanchemontagne, le marchand de café en question, cherche à persuader son fils Antonin qui a tenté de l'assassiner, qu'en fait il avait perdu la tête et que rien ne s'était réellement passé, cela, pour le délivrer du remords qui, autrement, emposoinnerait le restant de sa vie, a les accents du Père Goriot.
Mais hélas! si la deuxième moitié des Émois a la concentration d'un expresso bien tassé, où les prémisses d'une trop longue exposition déboulent enfin jusqu'à leur conclusion fatale, toute la première partie, interminable, prévisible et diluée, a trop souvent l'insipidité d'un allongé où l'eau aurait pris le dessus sur le divin élexir.

Bruno Dostie, La Presse, dimanche 17 octobre 1999


Ce n'est pas un hasard si Tranchemontagne a, comme Beauchemin, la fin cinquantaine; il y a un peu du romancier derrière l'homme d'affaires.
«C'est peut-être cette insatisfaction que j'ai vécue moi-même... À un moment donné tu te dis: "J'aimerais ça être meilleur". Mais on ne peut pas faire de bien sans amour sinon, ça devient de la philanthropie. Le vrai bien se fait dans l'amour. C'est peut-être la leçon qui se dégage du livre: les bonnes intentions ne suffisent pas à tout. L'argent non plus.»

Kathleen Lavoie, Le Soleil, samedi 9 octobre 1999

 

Oeuvres de Yves Beauchemin
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