Vie sans suite
Publié aux Éditions Libre Expression, 1997.
Roman

Description:
«Un thriller qui tire à bout portant sur le confort, la bêtise et les éditeurs.
Voici un petit roman qu'on aborde sans grand enthousiasme: les premières pages nous déposent sur une plage du Yucatan où un écrivain québécois paumé et un Mexicain tout aussi paumé occupent leurs journées à boire. Bof... Mais on se prend à avoir hâte de retrouver ces personnages, ma foi attachants, à mesure que l'histoire prend forme. Car finalement l'écrivain paumé n'est pas complètement irrécupérable, son regard sur la vie est lucide et son désespoir ressemble parfois au nôtre. Un cadavre, une poursuite en voiture, une valise pleine de billets et le spectre de l'inceste entretiennent le suspense de ce thriller somme toute bien fait, drôle et tragique, qu'on termine presque à regret.»
( G.H., L'Actualité, 1 juillet 1998)
«L'important est... dans l'extrême inventivité de ce sacré conteur, dans son humour fantasque, dans sa façon d'enfoncer les personnages dans des situations sans issue et puis de les en sortir, dans la succession rapide des rebondissements.»
(Réginald Martel, La Presse, 6-4-97)
«Il y a du plaisir, pour qui aime les aventures farfelues, à lire François Barcelo. Sans compter l'ironie et la langue toujours coulante.»
(Anne-Marie Voisard, Le Soleil, 12-4-97 et Le Droit, 3-5-97)
«On s'amuse bien dans les bouquins de cet écrivain qui ne se prend pas au sérieux comme tant d'autres.»
(Raymond Bertin, Voir, 3-4-97)
«Un conteur extraordinaire, drôle comme un singe par surcroît.»
(Pierre Cayouette, Le Devoir, 27-4-97)
«Drôle et inquiétant, Vie sans suite, de François Barcelo, nous convie à un feu d'artifice d'ingéniosité, de fantaisie.»
(Gilles Crevier, Le Journal de Montréal, 3-5-97)
«Deux cents pages qui se lisent en un trait d'humour.»
(Hélène Le Beau, Elle Québec, juin 97)
«Son dernier roman se lit comme un très bon suspense, mais il est plus que cela. On y trouve une profondeur qui refuse de s'afficher.»
(Gilles Marcotte, L'Actualité, 15 juin 97)
EXTRAIT:
Lire le premier chapitre de Vie sans suite dans les pages de l'auteur François Barcelo.
Vendredi lilas
Sommes-nous à l'ombre? En tout cas, la 1umière qui perce à travers la toile de la tente est faible. Si nous ne sommes pas à l'ombre, c'est un jour nuageux qui se lève. Non, m'apprend ma montre. Il n'est pas encore six heures.
Conchita dort à côté de moi. Je me soulève Elle est découverte. Sa culotte couvre son derrière, petit, rond, prolongé par des cuisses fines. Je croyais qu'elle avait un corps de bébé ou presque. Pourtant non. Elle a, comme toutes les fillettes qui vont un jour devenir des filles, un corps de femme miniature. Surtout qu'elle est couchée sur le ventre et que, de ma tête appuyée sur mon épaule soulevée par mon coude, on ne peut pas voir qu'elle n'a pas de seins.
J'ai envie de la réveiller, parce que nous avons une longue route à faire aujourd'hui. Même avec les dix dollars reçus en cadeau, il vaut mieux atteindre la frontière avant la nuit. De l'autre côté, il y a des stations-service qui acceptent les cartes de crédit.
Avant de me lever, je veux réfléchir un peu au sort de Conchita. Et au mien. Au nôtre. Mais je suis incapable de me laisser retomber sur le dos. Pour cela, il faudrait que je détache mes yeux de ce corps. Et je n'en ai pas envie. Pas tout de suite.
Il n'y a plus qu'une centaine de kilomètres qui nous sépare de Brownsville et des États-Unis. Nous traversons une petite ville dont je ne connais pas le nom. Aussi bien manger ici. Ce ne sera pas nécessairement deux fois meilleur que de l'autre côté de la frontière. Mais sûrement deux fois moins cher........
Je suis un peu vieux pour être le père d'une fillette de six ans. Et ma bagnole est trop ancienne pour que je ne sois pas un type un peu louche, de la même manière que les voitures es trop luxueuses attirent la suspicion. Aux douanes de tous ne les pays du monde, il faut avoir un véhicule de prix moyen, vieux de deux à quatre ans. Et des vêtements propres. Pas de voiture trop neuve, pas de bijoux trop voyants, pas de vêtements de nouveau riche qui vous font passer pour un nouveau riche qui a fait fortune dans le commerce de substances illicites. Moi, je tombe dans l'excès contraire. Si nous passions la douane un samedi ou un dimanche à une heure de pointe, le douanier ne ferait pas attention à moi, qui n'ai ni une allure de trafiquant ni une tête d'immigrant illégal. Mais j'ai fait la bêtise de passer la frontière à quatre heures un vendredi après-midi. De l'autre côté, des centaines de Mexicains font la queue pour rentrer chez eux en week-end. De ce côté, il n'y a que moi. Mon douanier a tout son temps. Me soupçonne-t-il de quelque trafic d'enfant? Peut-être ai-je enlevé cette fillette pour la revendre comme denrée sexuelle ou comme bonne à quelque riche couple d'Américains de fortune douteuse?
-What's your name ? demande-t-il enfin à Conchita.
-My name is Elisa, répond Conchita d'une voix claire.
Une chance que c'est elle qu'il regarde, car il manque l'expression de surprise d'un homme qui voyage avec une fillette qu'il croit mexicaine et muette et qui s'aperçoit qu'elle est au moins unpeu américaine et tout à fait douée de la parole.
-Vous pouvez y aller, fait le douanier.
Nous parcourons quelques centaines de mètres avant que je regarde Conchita alias Elisa. Elle est très fière de son coup. Elle s'est donné un rôle et l'a tenu tant qu'elle a pu. Et quand elle a senti que nous aurions des ennuis si on la prenait pour une Mexicaine, elle est devenue une petite Américaine. Instantanément.
pages 68-72