VILLE-DIEU

Roman  publié aux Éditions Libre Expression, 1982

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C'est le troisième roman de François Barcelo. Un roman remplit de personnages étonnants: Sylvane Laforest qui deviendra première ministre; Hubert Semper, fondateur de la Grande Compagnie de location de mouchoirs; Noël Lachard, qui reçoit à sa fête deux patins du pied gauche, ce qui ne l'empêchera pas de devenir une grande vedette de hockey.

Un livre à lire tantôt le sourire aux lèvres, tantôt la larme à l'oeil, tantôt les deux à la fois.

 

 

EXTRAIT:

Dès la deuxième élection à laquelle elle se présenta, Sylvane Laforest frôla de si près la victoire que cela força le Vieux Parti Gagnant à adopter lors de son dernier mandat une loi donnant aux femmes le droit de voter et le droit d'être élues, dans l'espoir que cela lui amènerait les votes des femmes et les meilleures candidates lors de l'élection suivante.

Cette remontée spectaculaire, Sylvane Laforest la devait-elle à son travail constant au niveau du comité des Tanneries   --elle avait été de toutes les manifestations et de toutes les luttes, s'étant infatigablement prononcée sur tous les sujets, rencontrant les gens dans leur cuisine, dans leur usine, dans les restaurants et même dans les tavernes (dont les propriétaires n'auraient pas osé la chasser, connaissant le sort de la taverne O'Brien quelques années plus tôt)?

Ou la devait-elle au programme politique qu'elle avait établi, et qui se résumait en trois points faciles à retenir et faciles à expliquer, et que connaissaient par coeur et comprenaient pratiquement tous les hommes, femmes et enfants du comité des Tanneries?

Ce programme en trois points, Sylvane Laforest l'avait établi en une soirée, lorsqu'elle s'était demandé quels objectifs politiques seraient les plus aptes à attirer le maximum d'électeurs, en repoussant le moins possible.

" Premièrement, éliminer la pauvreté. Deuxièmement, donner à tous et à toutes les mêmes chances à leur naissance. Troisièmement, une fois les deux premiers points obtenus, laisser à tous et à toutes la plus grande liberté possible. "

Ce programme en apparence simpliste devait résister à toutes les attaques, à toutes les critiques, à toutes les questions sournoises.

Prenons par exemple la question de la liberté du commerce, question cruciale à cette époque pour les nombreux petits commerçants du quartier des Tanneries, qui s'estimaient de plus en plus étouffés par les lois et règlements qui décrétaient leurs heures d'ouverture, leurs prix, leurs taxes, leur marge de profit... bref, qui enlevaient à ces petits commerçants, qui exerçaient ce métier par goût de ne pas avoir de patron, tous les plaisirs de la liberté.

Aux petits commerçants, Sylvane Laforest faisait valoir que son programme politique leur redonnerait le plaisir de faire du commerce : que tant que leurs activités n'auraient pas pour effet d'accroître la pauvreté de la population ou l'inégalité des gens à leur naissance, ils pourraient faire tout ce qu'ils voudraient -- fixer leurs prix, ouvrir quand ils voudraient, engager et congédier qui il leur plairait, etc. Et les petits commerçants applaudissaient et se juraient de voter pour « la petite » aux prochaines élections, même si elle n'avait aucune chance d'être élue.

Par contre, lorsqu'elle se retrouvait devant un public plus vaste, composé partiellement de commerçants mais surtout de clients de ces commerçants, Sylvane Laforest tenait un langage qui, sans être contradictoire, menait à des conclusions toutes différentes.

Par exemple, elle faisait valoir qu'un commerçant ne pourrait demander pour ses produits des prix excessifs, car cela appauvrirait ses clients; et que, de toute façon, rien ne lui servirait de s'enrichir excessivement, car il ne pourrait transmettre ses richesses à ses enfants, tous devant être égaux à la naissance. Et les pauvres gens applaudissaient et se juraient de voter pour « la petite », même si elle n'avait aucune chance d'être élue.

 

page 132- 133-134 

Oeuvres de François Barcelo
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Références sur François Barcelo