Publié aux Éditions
Les Quinze, 1981.
Roman Quinze / prose entière
Réédité aux éditions de l'Hexagone, 1988
dans la collection Typo
Description:
Voici des
douzaines de personnages et des millions de figurants, dans une superproduction romanesque
pleine de batailles sanglantes, de rebondissements imprévus, de coïncidences
incroyables, d'humour et de tendresse: Agénor l'extraterrestre, réfugié au siècle
dernier dans un village du Nord, Agénor le paysan, venu de l'Ancien continent et
haïssant les hommes et les rivières, Agénor le jeune prodige qui joue du piano sans
avoir apris et devient soldat, un quatrième Agénor encore, dont on ne sait rien
puisqu'il naît à la dernière page, mais aussi et surtour Marie-Clarina, la femme forte
et attachante, Désirée, l'éminemment désirable, Mélodie D'Amour, aussi jolie que son
nom, et tant d'autres.
(quatrième de
couverture)
«Une épopée... où le mélodrame ne cède le pas aux détails érotiques que
pour proposer un éclat de rire.»
(Jacques Godbout)
EXTRAIT:
Marie-Clarina avait fait ses achats rapidement au
magasin général de Sinéglou. C'est là qu'elle avait trouvé tout ce qu'il lui fallait.
Elle avait même achetéé du tapioca, après s'être bien fait expliquer le mode de
cuisson. elle n'en avait jamais mangé et se disait qu'elle pouvait bien se permettre une
petite gâterie de temps à autre.
Son sac était lourdement chargé et lui pesait de
plus en plus. Elle avait déjà franchi les trois premiers rangs de collines entre
Sinéglou et Sainte-Robille et s'engageait enfin dans la partie du sentier qui gravissait
lentement la dernière colline. Elle fit une pause, souleva avec ses pouces les courroies
de toile de son sac pour amoindrir le poids qui reposait sur ses épaules, poussa un long
soupir et reprit sa marche vers le sommet de la colline.
Puis, à un détour du sentier, elle vit un
spectacle étonnant. Bottines Noires était assis sur son sac à dos, une bouteille
presque vide posée à ses pieds, et parlait tout seul.
-Je le sais, j'ai bu, marmonnait-il, mais ce n'est
pas une raison pour me faire des accroires pareils.
«Ça y est, pensa Marie-Clarina, il est devenu
fou.»
En effet, Bottines Noires n'était pas un ivrogne
ordinaire. Il divaguait rarement et pouvait boire ses deux bouteilles de genièvre sans
tituber. Tout au plus ses propos devenaient-ils parfois un peu plus lents que d'ordinaire.
Ce qui n'avait aucune importance car personne n'était pressé à Sainte-Robille. Mais
jamais il n'avait tenu des propos plus incohérents que ceux de ses concitoyens.
-On est fatigué, Bottines Noires? demanda
Marie-Clarina en continuant d'approcher.
-Regarde, fit Bottines Noires.
C'est à ce moment que Marie-Clarina vit le petit
animal. Il était en face de Bottines Noires, de l'autre côté du sentier, et avait
adopté, sur une grosse pierre, une position qui ressemble beaucoup à la façon dont les
humains s'assoient.
Marie-Clarina n'avait jamais vu un animal pareil.
Pour commencer, l'animal était vert. Pas du vert
glauque que Marie-Clarina avait déjà vu sur une tortue. Mais d'un vert assez clair et
brillant qui rappelait celui du plancher du balcon du maire de Sinéglou.