Ce roman, ce sont les «étapes fascinantes dune histoire québécoise qui parle damour, de pays et de révolution. Cest la fable pathétique dun névrosé hanté par le suicide, plus esthète que révolutionnaire, qui devient terroriste et amoureux le jour où il rencontre une certaine K. Il entreprend alors avec cette jeune femme et un certain groupe de patriotes felquistes de faire la révolution dans son pays. Après un laps de temps indéterminé et de sérieuses préparations, il reçoit l'ordre daller abattre, en Suisse, lennemi numéro un du parti. Hélas, il narrive quà blesser le mystérieux adversaire à triple identité quil a poursuivi et quil na jamais pu identifier puisque la seule personne qui pouvait le faire, après léchec ou la réussite de sa mission, cétait K; et cette jeune femme ne la pas attendu. Défaite totale de cet homme qui, en perdant son amour, a tout perdu. De retour à Montréal, il est arrêté, jeté en prison et transféré en clinique psychiatrique où, depuis trois mois, il est dans lattente de son procès; il revit son passé par le biais dune fiction romanesque, afin de déceler la cause de son échec et de répondre à la question: qui suis-je? »
Oeuvre fascinante par ses dérèglements stylistiques, ses incohérences narratives et son héros dont lhistoire symbolise celle de tout un peuple. Sous les apparences dune désarticulation un peu déroutante, ce roman est en réalité dune construction très rigoureuse: le héros, prisonnier entre quatre murs et prisonnier de son histoire, essaie de reconstruire ses souvenirs éclatés, il essaie, dans le désordre de son esprit névrosé, de mettre de lordre dans des événements dont laboutissement est léchec. Il se dit quil doit bien y avoir quelque chose qui lui a échappé quelque part pour aboutir ainsi à léchec; il essaie frénétiquement détablir des liens entre des événements désormais éclatés. Autrement dit, il désorganise lordre apparent des choses pour en trouver la signification cachée. En vain, car la question demeure toujours présente: qui suis-je?
«Lhomme qui se découvre dans (ce roman) laisse voir symboliquement par quel processus doit passer toute une nation en mal didentité, tout un peuple meurtri dans sa liberté jusquaux racines de l'appartenance.» (C. Doyon).
Comment ne pas citer les premières lignes de ce roman? Elles donnent le ton de ce qui suivra: il y a le sens caché des mots et des images, et leur sens caché. À relire après avoir terminé le roman.
«Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses. Encaissé dans mes phrases, je glisse, fantôme, dans les eaux névrosées du fleuve et je découvre, dans ma dérive, le dessous des surfaces et limage renversée des Alpes. Entre lanniversaire de la révolution cubaine et la date de mon procès, jai le temps de divaguer en paix, de déplier avec minutie mon livre inédit et détaler sur ce papier les mots clés qui ne me libéreront pas. Jécris sur une table de jeu, près dune fenêtre qui me découvre un parc cintré par une grille coupante qui marque la frontière entre limprévisible et lenfermé. Je ne sortirai pas dici avant échéance. Cela est écrit en plusieurs copies conformes et décrété selon des lois valides et par un magistrat royal irréfutable. Nulle distraction ne peut donc se substituer à lhorlogerie de mon obsession, ni me faire dévier de mon parcours écrit.»