Prochain épisode

 

Nous empruntons à Clermont Doyon (dans le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, volume IV, p. 733) le résumé suivant de ce premier roman d’Aquin paru en 1965.

Ce roman, ce sont les «étapes fascinantes d’une histoire québécoise qui parle d’amour, de pays et de révolution. C’est la fable pathétique d’un névrosé hanté par le suicide, plus esthète que révolutionnaire, qui devient terroriste et amoureux le jour où il rencontre une certaine K. Il entreprend alors avec cette jeune femme et un certain groupe de patriotes felquistes de faire la révolution dans son pays. Après un laps de temps indéterminé et de sérieuses préparations, il reçoit l'ordre d’aller abattre, en Suisse, l’ennemi numéro un du parti. Hélas, il n’arrive qu’à blesser le mystérieux adversaire à triple identité qu’il a poursuivi et qu’il n’a jamais pu identifier puisque la seule personne qui pouvait le faire, après l’échec ou la réussite de sa mission, c’était K; et cette jeune femme ne l’a pas attendu. Défaite totale de cet homme qui, en perdant son amour, a tout perdu. De retour à Montréal, il est arrêté, jeté en prison et transféré en clinique psychiatrique où, depuis trois mois, il est dans l’attente de son procès; il revit son passé par le biais d’une fiction romanesque, afin de déceler la cause de son échec et de répondre à la question: qui suis-je? »

Oeuvre fascinante par ses dérèglements stylistiques, ses incohérences narratives et son héros dont l’histoire symbolise celle de tout un peuple. Sous les apparences d’une désarticulation un peu déroutante, ce roman est en réalité d’une construction très rigoureuse: le héros, prisonnier entre quatre murs et prisonnier de son histoire, essaie de reconstruire ses souvenirs éclatés, il essaie, dans le désordre de son esprit névrosé, de mettre de l’ordre dans des événements dont l’aboutissement est l’échec. Il se dit qu’il doit bien y avoir quelque chose qui lui a échappé quelque part pour aboutir ainsi à l’échec; il essaie frénétiquement d’établir des liens entre des événements désormais éclatés. Autrement dit, il désorganise l’ordre apparent des choses pour en trouver la signification cachée. En vain, car la question demeure toujours présente: qui suis-je?

«L’homme qui se découvre dans (ce roman) laisse voir symboliquement par quel processus doit passer toute une nation en mal d’identité, tout un peuple meurtri dans sa liberté jusqu’aux racines de l'appartenance.» (C. Doyon).

Extrait:
 

Comment ne pas citer les premières lignes de ce roman? Elles donnent le ton de ce qui suivra: il y a le sens caché des mots et des images, et leur sens caché. À relire après avoir terminé le roman.

«Cuba coule en flammes au milieu du lac Léman pendant que je descends au fond des choses. Encaissé dans mes phrases, je glisse, fantôme, dans les eaux névrosées du fleuve et je découvre, dans ma dérive, le dessous des surfaces et l’image renversée des Alpes. Entre l’anniversaire de la révolution cubaine et la date de mon procès, j’ai le temps de divaguer en paix, de déplier avec minutie mon livre inédit et d’étaler sur ce papier les mots clés qui ne me libéreront pas. J’écris sur une table de jeu, près d’une fenêtre qui me découvre un parc cintré par une grille coupante qui marque la frontière entre l’imprévisible et l’enfermé. Je ne sortirai pas d’ici avant échéance. Cela est écrit en plusieurs copies conformes et décrété selon des lois valides et par un magistrat royal irréfutable. Nulle distraction ne peut donc se substituer à l’horlogerie de mon obsession, ni me faire dévier de mon parcours écrit.»

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