LE TROISIÈME ORCHESTRE
Description:

Benoît est un jeune adolescent surdoué qui vit seul entre une mère dépressive et une soeur frivole, dans le Limoilou des années cinquante. Sa fascination pour l’aviation et sa passion du piano lui permettent d’échapper à l’univers étouffant qui l’entoure. En pleine quête d’une identité, Benoît fera alors une rencontre marquante, celle de son premier meilleur ami, Hubert.
Commence alors une nouvelle vie pour Benoît, qui fera l’apprentissage de la musique, de l’amitié et de l’amour. Sur un ton qui va de la naïveté à la détresse et sur un mode qui oscille entre l’humour et la gravité, Benoît nous raconte ses émois et sa rapide initiation au monde des adultes. Le Troisième Orchestre est un récit initiatique plein de finesse, d’humour et de détours inattendus... (Quatrième de couverture)
EXTRAIT 1:
«Hubert m'appelle toujours Benoît, jamais Big Ben. On sort du collège ensemble à quatre heures, nos serviettes à la main, par le portique des externes, à l'angle de la Douzième Rue et de la Huitième Avenue. On a l'air de Mutt et Jeff : je dois lever la tête pour l'écouter ; lui doit pencher le torse, d'autant qu'il ne parle jamais très fort, comme si tout ce qu'il avait à dire tenait du secret. Souvent, au lieu de prendre le 5 sur la Quatrième Avenue pour monter à la haute ville où il habite, il suggère qu'on aille chez moi «expédier les affaires courantes», c'est-à-dire les devoirs. On a des expressions comme ça. Une sorte de code entre nous.
On s'est même donné un mot de passe, pour les cas où on ne pourrait pas se parler au téléphone en toute discrétion. La question, c'est : «Un mot commençant par sept?» Si la réponse n'est pas : «Corde à linge», ça veut dire que maman — ou ma soeur ou quelqu'un de chez lui — se trouve dans les parages et risque d'espionner notre conversation.
On a repiqué ça mot pour mot d'un groupe d'enfants qui jouaient aux lettres sur la neige, un après-midi qu'on avait choisi de couper par la ruelle de la Onzième. Hubert a trouvé que c'était tout simplement génial :» pages 30 et 31
EXTRAIT 2:
«J'aperçois alors le dos dénudé d'une jeune femme en robe de velours noir qui s'assied au violoncelle et s'accorde à son tour, en échangeant des plaisanteries avec les musiciens. Puis elle souhaite la bienvenue à ses hôtes et les invite à prendre place, avant de présenter le violoniste — un ancien camarade de conservatoire, un collègue hongrois «fraîchement rescapé du cauchemar de Budapest, vous êtes chez vous chez nous, mon cher Petöfi»— et, au piano, son ami le père Oscar Martineau, «que nous aimons tous». C'est alors seulement que j'émerge des limbes et que je comprends : la violoncelliste ne peutêtre que madame Ross — Marjorie — , la mère d'Hubert !
On la prendrait volontiers pour sa soeur aînée tellement elle fait jeune. Mais je n'ose pas vraiment regarder son visage : j'ai trop peur qu'elle me voie la regarder.
Pour l'instant, j'essaie seulement de me concentrer sur sa voix : comment une Américaine peut-elle si joliment parler le français, avec juste la touche d'accent qu'il faut pour, littéralement, vous dépayser à jamais?
Le ton est celui de la confidence, un peu comme chez Hubert. Le timbre est chantant et légèrement enroué. Pour tout dire, une sorte de mélodie jamais entendue, mais dont j'ai l'étrange sentiment de l'avoir toujours attendue.
Elle parle de Schubert — elle prononce «Chouberte» et ça sonne tellement bien — comme s'il était là, parmi nous, ce soir même. Elle dit que l'opus 100 à lui tout seul valait bien le coup... de mourir d'amour, ce qui fait sourire la petite assemblée, Toccatéfugue inclus.
— De syphilis, me souffle Hubert en m'apportant le porto.
Puis elle plante son instrument entre ses jambes écartées, place les doigts de sa main gauche en position sur les cordes, lève l'archet de la main droite et, d'un léger mouvement de la tête inclinée, donne au trio le signal du départ.
Maintenant qu'elle est tout entière à sa musique, je me permets de l'observer plus à loisir — mais toujours à la dérobée. C'est d'abord la souplesse et l'agilité de ses longs doigts sur le manche du violoncelle qui me fascinent et me troublent, surtout dans les vibratos. Et puis c'est sa bouche: pour peu que les accords se tendent ou se distendent, au gré de la mesure, ses lèvres rondes et charnues s'entrouvrent ou se referment, oscilllant du sourire à la moue. J'arrive mal à discerner ses yeux, qu'elle tient rivés à la partition, sauf dans des instants d'éclairs complices qu'elle échange avec les musiciens. Ce sont des éclairs verts sous de longs cils noirs. Noirs comme ses cheveux courts, coupés à la garçonne.
L'andante s'amorce sur une longue plainte en mineur d'abord chantée par le violoncelle, puis par le piano. Le motif que propose ensuite le violon semble plus léger, mais on n'a pas vraiment le temps de se laisser bercer : les trois instruments se déchaînent soudain avec une rare violence dans une avalanche d'accords diminués et de tensions irrésolues. Quand le thème principal revient, ça fait plus mal encore.
J'ignore si c'est le froid, le porto, «Chouberte», madame Ross — ou leur mélange explosif —, mais un étrange vertige s'empara subitement de moi. Du même coup, je me trouve pris d'une érection intempestive que j'essaie tant bien que mal de dissimuler sous les larges pans de mon veston. Ti-Guy m'a confié l'autre jour que ça lui arrivait parfois à la messe, pendant l'élévation, et qu'il ne faut pas s'en faire avec ça, qu'il suffit de croiser les jambes et de penser à autre chose.» pages 57 - 58 - 59
COMMENTAIRES SUR LE TROISIÈME ORCHESTRE
Ce qu’en dit Marie-Ève Gérin dans le Soleil :
« Le Troisième Orchestre est un de ces livres qu’on dévore à la manière d’un boulimique mais dont on tourne les pages à regret, anticipant la fin d’un monde. On en sort avec un sentiment de manque, comme celui qui nous habite lorsqu’on revient chez soi après un voyage riche en images et en émotions. Mais je suis moins triste depuis que Sylvain Lelièvre m’a dit vouloir répéter son expérience. »
Ce qu’en dit Marie-Claire Girard dans le Devoir:
« Le Troisième Orchestre est un roman plein de secrets, plein de mystères qui ne seront jamais éclaircis: à commencer par l’orchestre en question ( vous aurez plaisir à découvrir le pourquoi du titre ), ensuite à cause du personnage de Marjorie, la mère du meilleur ami de Benoît dont il tombe follement amoureux, comme on peut l’être à quatorze ou quinze ans. Mais il y a davantage: ces trois rues qui manquent dans le quartier qu’habite le narrateur, une chambre d’hôtel qui n’existe pas et aussi la présence de cette fabulatrice qu’est Sarah, qui ment peut-être, peut-être pas...»
Articles parus dans différents journaux à propos de ce roman
Le Soleil, 21 septembre 1996 p.D1
La Presse, 29 septembre 1996, p.B3
Le Devoir, 5 octobre 1996, p.D4
Le Journal de Montréal, 6 octobre 1996, p.51
Le Devoir, 16 novembre 1996, p.D3
L'Actualité, 1 novembre 1996, pp.106-107
Voir (Montréal), 24 octobre 1996, p.39
Autre
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